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Décryptage : Barnes & Noble, Microsoft et le livre numérique

On fait table rase du passé, et on se rue vers l'avenir ?

Par Nicolas Gary,Le mardi 01 mai 2012 à 10:51:00 - 1 commentaire

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L'association avec Barnes & Noble de Microsoft prête à sourire. Le géant de Redmond, plus connu sous le nom de Microsoft, n'est pas tout à fait un premier venu dans le domaine du livre numérique. Historiquement, il a même joué un rôle qu'il ne faut pas négliger dans les tentatives de créer son propre format de livre numérique, le LIT. Mais il ne faut pas non plus oublier que Microsoft et B&N sont encore... en procès, pour violation de brevets.

 

Entre 98 et 2001, une multitude de formats a vu le jour, mais retenons de cette profusion l'OeB. Élaboré par l'Open eBooks, il est basé sur le format XML et destiné à normaliser le contenu, la structure et la présentation des livres numériques. Le format OeB est défini par l'OeBPS (Open eBook Publication Structure), dont la version 1.0 est disponible en septembre 1999. Téléchargeable gratuitement, l'OeBPS dispose d'une version ouverte et gratuite appartenant au domaine public.

 

Le format LIT de Microsoft

 

Microsoft lance en avril 2000 son propre PDA, le Pocket PC, tout comme son logiciel de lecture, le Microsoft Reader, un logiciel permettant la lecture de livres numériques au format LIT (abrégé du terme anglais « literature »), lui-même basé sur le format OeB.

 

La bibliothèque Book Search


 

Les caractéristiques du Microsoft Reader sont un affichage utilisant la technologie ClearType, le choix de la taille des caractères, la mémorisation des mots-clés pour des recherches ultérieures, et l'accès d'un clic au Merriam-Webster Dictionary.

 

Quatre mois plus tard, en août 2000, le Microsoft Reader est disponible pour toute plateforme Windows, et donc aussi bien pour ordinateur que pour PDA, sans oublier le Tablet PC un peu plus tard, lors de son lancement en novembre 2002.

 

Ce logiciel étant téléchargeable gratuitement, Microsoft facture les éditeurs et distributeurs pour l'utilisation de sa technologie DRM de gestion des droits numériques par le biais du Microsoft DAS Server (DAS: Digital Asset Server), et touche une commission sur la vente de chaque titre. Microsoft passe aussi des partenariats avec les grandes librairies en ligne Barnes & Noble.com en janvier 2000 et Amazon.com en août 2000 pour que celles-ci vendent des livres numériques lisibles sur le Microsoft Reader.

 

Le Windows CE, système d'exploitation du Pocket PC, est remplacé en octobre 2001 par le Pocket PC 2002 pour permettre la lecture des livres numériques sous droits. En 2002, la gamme Pocket PC permet la lecture sur trois logiciels : le Microsoft Reader bien sûr, le Mobipocket Reader et le Palm Reader, qui est le logiciel de lecture du Palm Pilot, lancé dès mars 1996 en tant que premier PDA du marché.

 

A Lire : L'ebook a 40 ans, 2000 : Un format standard pour le livre numérique

 

 

Plus près de nous, on peut se souvenir également que Microsoft est détenteur d'un brevet sur le feuilletage des pages d'un livre numérique, et que l'ordinateur reste encore l'un des outils de lecture les plus prisés pour la lecture. Steve Ballmer, directeur exécutif de Microsoft s'était fendu d'un commentaire amusant, en octobre 2009, assurant : « Nous avons déjà un outil pour la lecture. C'est le plus populaire au monde d'entre tous. C'est le PC. » (voir notre actualitté)

 

Plainte contre Barnes & Noble

 

Le format de livre numérique Microsoft Reader n'était déjà plus, en cette année 2009 qu'un quasi-souvenir, confirmé par le départ de Bill Hill, l'homme qui fut à l'origine des réflexions majeures autour du livre numérique dans la firme. Mais le géant avait également mis en place une gigantesque bibliothèque de livres numériques, Book Search, abandonnée en mai 2008, un projet de numérisation qu'il faut indirectement mettre en relation avec les accords passés entre le moteur de recherche Bing et la BnF.

 

Difficile, fort de ces différents éléments, de ne pas comprendre mieux la décision d'un accord avec la chaîne de librairies Barnes & Noble. Mais le plus intéressant, c'est cette plainte déposée en mars 2011, alors que Microsoft estime que le Nook viole des brevets lui appartenant, attendu que les lecteurs ebook et la tablette de la gamme Nook tournent sous Android. 

 

En 2010, Microsoft avait lancé la même procédure contre HTC, qui faisait tourner ses téléphones sous Android, et après un accord, les appareils ont pu être commercialisés sans peine. D'autres accords similaires avaient été passés avec des fabricants de mobiles. Tout cela était bel et bon, mais B&N n'avait évidemment pas signé ces accords avec Microsoft. Et en février 2012, la justice annonçait qu'elle allait trancher cette affaire... le 27 avril de cette même année. (voir notre actualitté)

 

Or, tout porte à croire que l'on n'a rien vu passer en matière de jugement, et que cet accord tombe à pic.

 

Les ennemis de mes ennemis...

 

Maintenant, d'autres points doivent être soulignés. D'abord, la disparition du format Microsoft Reader est clairement le fait de l'apparition du Kindle et de son écosystème complet, proposant tout à la fois un appareil de lecture (et une multitude de solutions de lectures hardware), lié à une librairie simple et accessible facilement. À ce titre, le vieil adage qui veut que ‘les ennemis de mes ennemis, sont mes amis', prend tout son sens. Les 300 millions $ que Microsoft va injecter dans la société nouvellement créée, Newco, avec 17,6 % de capital dans sa poche, peut prendre bien des visages. 

 

Surtout que pour Barnes & Noble, le développement du Nook devient coûteux, et la concurrence avec Amazon s'intensifiera plus fortement encore, avec la fin du contrat d'agence. L'effet de cette annonce, en Bourse, a eu un effet immédiat. Dans la journée, cette décision de capitalisation boursière a fait grimper à 1,2 milliard $ la valeur de la société. Le développement d'une application et d'un nouvel environnement autour du Nook, et avec les outils de Microsoft, peut faire grincer des dents quelques-unes des sociétés concernées. 

 

Finalement, Google ou Amazon, et plus encore peut-être, Apple, viennent de se découvrir un concurrent pour le moins insolite, mais doté d'une sérieuse capacité à faire évoluer les parts de marchés...

Pour approfondir



Réactions

Publié par Ludovic

 

À mon avis Barnes and Noble commet la même erreur que Nokia : introduire Microsoft dans la demeure.

Écrit le 02/05/2012 à 19:54

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