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Éditorial : J'y vais mais j'ai peur (la suite)
À J-5 avant le Salon du livre, votre serviteur s'offre un grand coup de stress et vous narre dans le détail ses angoisses.

C'est ça : J-5... Que diable allait-il faire dans une galère ? Une galère de livres qui ne fera même pas une simple escale. Non, là, ça va être carrément l'installation.

Hier j'avais au téléphone une attachée de presse d'une maison dont je ne ferai pas la promotion, étant donné qu'elle a refusé de sponsoriser mes paires de Ray-ban pour le Salon. De son côté, c'est le zen absolu, la plénitude, l'ataraxie, le « oui, ça va être physique, mais je m'en fous de toute façon j'ai un nouveau copain en plus ».

« Mais quel est ton secret pour être si détendue », m'enquis-je ? Pour toute réponse, j'eus un soupir à briser les murs hausmaniens de son immeuble, suivi peu après d'un « j'en sais rien ».

Ben moi je stresse. Pour plusieurs excellentes raisons, hein. La première c'est la qualité de ce que l'on va vous proposer : j'espère que nous saurons rendre au plus juste l'ambiance du Salon, les rencontres avec les auteurs, les petites exclusivités... bref, que l'on fera bien notre travail. Et pas la peine de me parler des massages de plante de pieds, ça ne change rien.

Ensuite, parce que Victor a décidé qu'il serait des nôtres et qu'on risque de perdre en fun ce que l'on gagnera en rigueur journalistique. Sympa, non ? Mais après tout, ces différents éléments ne sont que les nécessaires passages de notre boulot. Ce qui me file les chocottes à l'avance est bien plus terre-à-terre : rater le réveil, ce dont Mario s'est rendu spécialiste. Pas de soucis, cela dit, on a acheté un réveil façon Big Ben puissance 10.

Perso, j'arrête de dormir, c'est plus efficace. Et je me shoote au Guronzan. Mon truc ce serait plus de me planter de ligne de métro, par exemple, ou d'oublier mon numéro d'accréditation presse, ou de ne penser à mon appareil photo qu'une fois entré dans le Salon... Sympa, non ?

D'autant que Cécile nous abandonne lâchement, pour un week-end détente avec la famille. Remarquez, vu sa tête, c'était pas la plus relax non plus...

J'aurais beau établir une liste de toutes les choses à préparer, dans tous les cas, ça ne changera rien : j'en passerai à la trappe une bonne moitié. Et remarquez que je n'emploie pas un conditionnel. Nan. C'est du sûr et certain, ce que je vous dis. Mais pour exorciser, j'ai quand même fait une liste :

- 1) Amélie Nothomb fait un malaise cardiaque et je suis seul à pouvoir lui faire du bouche-à-bouche.
- 2) Werber me coince dans un endroit sombre et me raconte sa nouvelle passion pour les coléoptères.
- 3) Beigbeder me propose une ligne de cocaïne (pas pendant le boulot !)
- 4) Une bibliothèque s'effondre sur Victor et le tue alors que c'est lui qui a les clefs de la voiture de location. Et qu'il est le seul conducteur...
- 5) Mario retrouve une ex dans le Salon, avec poussette, couffin, biberon et couches...
- 6) En plein milieu d'u interview de Michael Crichton, ma mère, qui a voulu me faire la surprise débarque en hurlant : « Mon fiiiiiiiiiiiiiiils ! »
- 7) Variante plus improbable sur le même thème avec Christine Albabnel. Plus improbable encore avec Talisma Nasreen. Voire Shimon Peres...
- 8) Une épidémie de mouches noires tueuses s'abat sur le Salon et tue tout le monde (oui, j'ai vu les experts et j'ai amélioré leur scénario...)
- 9) Un illuminé sacrément fondu confond appel au boycott et appel à l'attentat suicide. Ne riez pas : je suis un grand angoissé ! Si j'avais juste été dépressif, j'aurais passé mon Capes.
- 10) Grève des fournisseurs de café du Salon : là, je déclenche la Troisième Guerre mondiale...

Et puis d'un autre côté, on fera le bilan lundi prochain. Ou mardi peut-être, parce que le lundi, je crois qu'on va tous dormir un grand coup avant de s'y remettre. Parce que si les journées seront plus que bien remplies, les soirées n'auront rien à leur envier. Le vendredi soir, c'est soirée livre autour de Bastille ; le samedi soir, une amie fête sa publication au temps qui passe, re-soirée, donc ; le dimanche soir, ce sont les trois ans de la maison Héloïse d'Ormesson. Pourvu que son père n'apprenne pas que je suis le géniteur de son petit-fils...

Donc, les articles, les comptes-rendus et le reste, j'ignore quand on va les rédiger. Ou plutôt, pour le dire comme Victor : « Avec le boulot qu'il va falloir abattre, les gars, je sais pas quand est-ce que l'on va dormir. » Sadique... Surtout qu'avec les moyens que nous a accordés la rédaction, autant dire que sur place, ça ne  va pas être Byzance.

Dans moins de 98 heures, on entre en piste. C'est fou comme la notion de temps est définitivement relative : vous pensez qu'Einstein était journaliste ?

Rédigé par Nicolas, le lundi 10 mars 2008 à 09h00

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