Les jeunes lisent... toujours !
Une nouvelle enquête sur les pratiques de lecture des 19-23 ans révèle que les jeunes lisent mais leurs goûts littéraires n’ont plus grand-chose à voir avec ceux de leurs aînés.
Avec la concurrence accrue entre les médias, on serait tenté de penser que les jeunes n’ont plus le temps de lire. Voire qu'ils n'aiment plus les livres. Or, même si internet est très présent dans leur quotidien, les livres ne le sont pas moins. Seules les pratiques de lecture ont évolué. Le livre n’est pas encore devenu une espèce en voie de disparition chez les 19-23 ans.
Une évolution rapide des rapports entre le livre et le jeune public :
Pour Christine de Mazières, déléguée générale du Syndicat national de l'Edition, quatre critères caractériseraient cette tranche d'âge : passivité, sociabilité, rapidité et nouveauté. « En 1994, 59% des étudiants en lettres possédaient plus de 100 livres dans leur bibliothèque, écrit Stéphanie Vendryès, normalienne et auteur d'un rapport sur 'Les jeunes et la lecture'. Ils n'étaient plus que 48% en 2003. » Autrement dit, dans cet âge transitoire, on lit moins certes, mais on lit toujours.Filles et garçons : des goûts différents
Le temps passé à la lecture s’est amoindri. Mais ce qui a changé également, ce sont les auteurs à l’honneur chez ce public particulier. Les grands classiques sont très rarement cités. On leur préfère Marc Levy, Douglas Kennedy, Amélie Nothomb, Mary Higgins Clark ou Harry Potter. Les jeunes lectrices affectionnent tout particulièrement cette littérature qui donne à rêver, qui permet l’évasion. La « chick litt » (NdR : littérature de nana), qui rassemble la flopée de romans parus dans la lignée de Sex and the City, n'est pas en reste, notamment l'été.
Pour les garçons, la lecture, c’est avant tout un moyen de se cultiver, de rester en connexion avec l’actualité. Les livres politiques ou sociologiques sont nettement plus à l’honneur.
Selon un sondage de la Sofres paru en mars, les habitudes de lecture chez les Français se sont fortement modifiées depuis 1981. Le nombre de grands lecteurs, c'est-à-dire ceux qui lisent plus de 20 livres par an, est passé de 14% à 9%. En revanche, le nombre de petits lecteurs (de 1 à 5 livres chaque année) a considérablement augmenté, passant de 24% à 35%. Ainsi, les Français lisent. Mais différemment.
Internet et cinéma : deux vecteurs d’importance pour la diffusion des livres
Même si l’on rejette souvent la faute à l’arrivée des nouvelles technologies, celles-ci ne semblent pas y être pour grand-chose. Au contraire même. Internet permet une diffusion nouvelle du livre. Les blogueurs interviennent désormais pour donner leur avis et le web permet d’influer fortement sur les lectures du jeune public.Toutefois, ce qui démultiplie la diffusion d’une œuvre auprès des jeunes, c’est le cinéma, ou plutôt les adaptations cinématographiques d’ouvrages déjà publiés. On atteint alors des pics dans les ventes au niveau du livre en lui-même mais aussi pour tous les autres écrits par l’auteur qui a vu une de ses œuvres adaptée. Cela peut même aller plus loin et aider à la vente de livres portant sur le même sujet, la même période historique.
Les classiques prennent la poussière alors que les mangas ont le vent en poupe :
Ce qui semble pêcher le plus dans les pratiques de lecture des 19-23 ans, ce sont les classiques qui prennent la poussière plus que jamais. Souvent rangé sous le vocable peu reluisant à leurs yeux d’ouvrages trop scolaires, ils s’en désintéressent massivement. Rares sont les auteurs qui gardent une teinte de prestige et d’intérêt pour eux. On peut toutefois citer l’indétrônable 1984 de George Orwell ou L’Ecume des jours de Boris Vian. Ces livres apparaissent toujours d’une très grande modernité.
Depuis quelques années déjà, les BD et autres mangas se taillent une part importante dans les lectures du jeune public. Mais ces publications attirent aussi un public nettement plus âgé. Les jeunes lecteurs sont même plutôt exigeants quant à leurs choix en termes de BD ou de mangas. On retrouve là aussi leur volonté de décalage par rapport à des pratiques de lecture dites classiques.
Le livre un objet personnel :
Plus caractéristique encore de cette classe d’âge, c’est la communication autour des livres lus. Les commentaires ne se feront que dans le cadre de la sphère privée et ne la dépasseront que très rarement. Le livre fait partie du jardin secret de chacun. Et quand il s’agit d’offrir un cadeau, le livre est délaissé au profit d’un DVD car, choisir un livre pour un autre semble d’une difficulté trop grande. Les publications et les goûts sont tellement variés que l’on préfère laisser à chacun son entière liberté dans ce domaine.Internet : le média de l’écrit par excellence
Le livre n’a donc pas encore dit son dernier mot. Les jeunes sont bien loin de rompre avec l’écrit. Internet, qui devient leur média de prédilection, ne fonctionne que par la lecture et l’écriture. Si l’on comptabilisait dans la lecture toutes les pages que s’avalent ces jeunes adultes, on arriverait certainement à des chiffres très importants. Le rapport au texte reste donc permanent. On peut même parler d’un retour fort du texte. S’ils délaissent les documents imprimés, les journaux en général, les jeunes se rattrapent fortement sur internet.
Rédigé par Victor de Sepausy, le dimanche 11 mai 2008 à 19h19
Source : Nouvel Observateur
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Interventions
Sébastien
Intervenu le lundi 14 avril 2008 à 19h29
Excellent article qui permet de bousculer quelques idées reçues.
Hector
Intervenu le dimanche 11 mai 2008 à 19h19
Article copié de celui d'Eleone de la Grandière : "Et pourtant ils lisent..."
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très enrichissant, merci.