Surproduction littéraire : mais que font les éditeurs ?

Dans un temps où l’on dit que l’écrit se vend mal, qu’il connaît des difficultés, on publie toujours plus et pas toujours dans un 'plus' qualitatif…

Rédigé par Victor de Sepausy, le vendredi 02 mai 2008 à 18h22

Quand les manifestations autour du livre ne cessent de se développer, on a beaucoup de mal à croire que le marché du livre pourrait connaître des difficultés. Pourtant, ce qu'on appelle la chaîne du livre ne se porte pas si bien. Il suffit de parcourir les rayons d'une grande librairie pour prendre la mesure de la surproduction actuelle, étonnante dans un contexte de recul de la lecture.

Toujours plus de livres et toujours moins de bons livres…

«Si tous les gens qui écrivaient lisaient...»
, soupirait Gide. Un petit essai remarquable, Le Livre et l'Editeur, détaille en cinquante questions les mécanismes de cette «crise» récurrente. L'auteur, Eric Vigne, qui dirige une collection de sciences humaines chez Gallimard, sait de quoi il parle et il le fait avec brio.

Selon lui, une des causes de cette surproduction vient du fait que les libraires peuvent, pendant neuf mois, retourner leurs invendus à l'éditeur qui devient du coup leur débiteur, ce qu'il tend à contrer en offrant une nouvelle marchandise. Situation paradoxale: les livres qui n'ont pas de succès entraînent la mise sur le marché d'autres livres, vite fabriqués, qui n'en auront probablement pas plus.

Les livres tournent comme des collections de vêtements :

Cette rotation rapide entraîne forcément une baisse de qualité. Eric Vigne dénonce «l'édition sans édition», au sens anglais d'«editing», ce travail de collaboration entre l'auteur et son lecteur. Combien de livres mériteraient des corrections, des coupures, un plus grand travail formel.

Editer un livre demande du temps, des compétences, de l'expérience, du tact. Lecteurs professionnels, correcteurs attentifs, cela se paie. Ce surcoût, dans un tel contexte, beaucoup d'éditeurs l'évitent. Il faut pour cela les moyens d'une grande maison ou un engagement personnel énorme.

La sélection et la correction des manuscrits : du temps et de l’argent

Chez Gallimard, les manuscrits qui arrivent par centaines sont triés. Ceux qui ont évité la poubelle sont examinés par un comité qui attribue les plus intéressants, selon affinités, à des lecteurs, des écrivains souvent. Ils ne restent pas longtemps, c'est un travail fastidieux qui interfère avec leur propre écriture. Pascal Quignard, ainsi, a fini par s'en aller. Il est ensuite difficile d’instaurer un dialogue constructif avec l’auteur de façon à l’aider à améliorer son œuvre. Les coupes peuvent être refusées, incomprises et donc vexantes.

«L'éditeur n'est ni un pion, ni un prof. Il ne faut surtout pas avoir de conception normée de l'écriture», insiste Bernard Comment qui dirige au Seuil la prestigieuse collection Fiction & Cie. Entre 600 et 800 manuscrits arrivent chaque année et seuls un ou deux nouveaux noms sont retenus, après plusieurs étapes de lecture.

«Une fois la publication décidée, je lis le manuscrit ligne à ligne et je note tout ce qui est modifiable. Je n'ai pas à me substituer à l'auteur, ce n'est pas un atelier. Je dis : il y a un tiers en trop et je le laisse faire ses coupes. En général, les suggestions sont bien acceptées. Mais je comprends qu'on réagisse mal. Il y a aussi des œuvres qu'il est inutile de regarder au microscope, elles fonctionnent dans la masse, tant pis pour les détails. Et d'autres, comme celle d'Olivier Rolin qui sont parfaites d'emblée.»

Au sein des maisons plus petites, c’est l’éditeur qui, avec ces collaborateurs, prend les décisions. Il peut construire une politique éditoriale bien précise, personnelle.



Source : Le Temps



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Biliki

Vendredi 02 mai 08
à 11 h 21


Gallimard parle trop au nom des éditeurs mais il y a un nombre incalculable (et heureusement) de petits éditeurs qui font de l'excellent travail.

Je pense aux Editions Biliki par exemple.
http://www.biliki.com
Biliki

Vendredi 02 mai 08
à 11 h 22


Il y a une erreur sur le lien
http://www.biliki.com
Serge-André Guay

Vendredi 02 mai 08
à 17 h 57




Le marché du livre est saturé. En termes de marketing, on parle d'un marché qui est mûre. Mais il ne faut pas ici confondre surproduction littéraire et surproduction livresque. Autrement dit, la littérature est une chose, le livre en est une autre, fort différente. C'est la «littérature» industrielle qui est en difficulté.

Serge-André Guay, président
Fondation littéraire Fleur de Lys
http://manuscritdepot.com/internet-litteraire/actualite.54.htm
Serge-André Guay

Vendredi 02 mai 08
à 18 h 01


Erreur dans le lien: http://manuscritdepot.com/internet-litteraire/actualite.54.htm
copiez l'adresse jusqu'au .htm
Serge-André Guay

Vendredi 02 mai 08
à 18 h 22


Il aurait été appréciable pour la bonne information de vos lecteurs d'indiquer la source originale de publication de ces données : en ce qui concerne les chiffres de l'édition, il ne s'agit en effet ni d'un dossier d'Actualitté ni d'une étude de La Documentation Française, mais pour l'essentiel des chiffres tirés de l'enquête annuelle de branche du Syndicat National de l'Edition, que vous auriez pu citer.

Par ailleurs, je me permets de vous signaler que La Documentation Française a repris nos chiffres en y ajoutant quelques erreurs factuelles que vous avez reprises telles quelles puisque vous n'avez pas vérifié la source originale de la publication. Par exemple, vous reprenez le chiffre de l'étude indiquant 445 millions d'ouvrages vendus en 2007, alors que le chiffre correct issu de nos statistiques est de 486,6 millions.

Nous allons également signaler les erreurs au DEPS du Ministère de la Culture qui produit ce rapport sur les Chiffres-Clés de la Culture, mais nous nous permettons de vous les signaler en priorité pour la bonne information de vos lecteurs, et vous invitons à nous contacter si vous voulez les bons chiffres : http://www.sne.fr
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