Ragip Zarakolu, éditeur emprisonné pour insultes à la Turquie

Et la liberté d'expr...

Rédigé par Clément S., le samedi 21 juin 2008 à 09h43

Cinq mois de prison. Voilà la condamnation du Tribunal d'Istanbul contre Ragip Zarakolu, éditeur, qui a été reconnu coupable d'« insultes aux institutions de la République turque », le 17 juin dernier. En se basant sur l'article 301 du Code pénal, pourtant contesté par l'Europe et remis en question en ce qu'il oppresse la liberté d'expression, l'éditeur a pourtant été condamné.

Le cas Ragip, connu des autorités

Le 4 juin dernier, Ragip avait remporté le Prix international de la Liberté de publier que décerne Union internationale des éditeurs (UIE). Déjà, cible des autorités du pays, il avait subi des confiscations et destructions de livres par le passé, ainsi que d'autres peines de prison.

Pour Miklos Haratszi, représentant d’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), qui regroupe 56 États, le constat est grave. « Les gens sont toujours emprisonnés pour avoir publié des idées pacifiques », déplore-t-il. Selon lui, « la liberté de débat en Turquie ne grandira qu'à condition que le gouvernement cesse de chercher à le contrôler en permanence. L'Article 301 devrait tout bonnement supprimé ».

Le génocide arménien toujours en cause

Le livre incriminé est celui de l'Anglais George Jerjian, 'The Truth Will Set Us Free', traduit en 2005 en turc. Il raconte le massacre des Arméniens en 1915, durant l'Empire ottoman. La Turquie refuse de reconnaître cette période

Si la peine de l'éditeur est commuable en amende, ce dernier a refusé net de la payer. Il a décidé en revanche de faire appel. Un micmac judiciaire traîne en effet autour du jugement ; l'accusation aurait été placée sous l'ancien article 159, qui permet de ne pas faire appel au ministère de la Justice.

Lutter pour la liberté d'expression

Ragid s'attendait à une telle issue. « Mais ce combat est pour la vérité et il continuera. Je ne me sens pas coupable. Cette condamnation est réalisée pour l'histoire officielle et le négationnisme », ajoute-t-il. Miklos ajoute : « Quel que soit le différend juridique sur ce cas particulier, la publication d'un livre critique sur l'histoire du pays ne doit pas être considéré comme un crime dans une démocratie. » Les principes d'Helsinki, auxquels les pays membres de l'OSCE ont souscrit, Turquie y compris, prévoient en effet la libre circulation des informations et des idées.

L'International Publishers Association (IPA) ainsi que le Writers in Prison Committee of International PEN, ont fermement condamné cette décision. Ils ont d'autre part demandé que l'article 301 soit abrogé, regrettant qu'il y ait clairement « beaucoup à faire avant que la Turquie n'entre en conformité avec les recommandations internationales pour préserver la liberté d'expression ».



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COLPIN Didier

Samedi 21 jun 08
à 09 h 43


EUROPE ET TURQUIE

- Le « Non » au Traité constitutionnelle est encore dans toutes les mémoires. Mais est-ce pour autant l' « Europe » qui a été ainsi rejetée ? Non, tout le monde en convient ! l'a été une certaine vision, compréhension, conception de l'Europe. Le fameux « sens des mots », trop souvent source d'incompréhension, de confusion ?
Et au sein des causes de ce rejet figurent en bonne place la Turquie !

- Alors, ce pays, européen ou pas ?

- Remarquons que répondre par la positive, reviendrait à admettre que l'Iran et l'Irak ont une frontière commune avec le vieux continent... Tout de même estomaquant?

- Décortiquons, autant que faire ce peux en quelques lignes obligatoirement réductrices. Certains mettront en avant le fait que la Turquie est laïque, et que son alphabet est le latin ! Pourquoi donc ne pas l'accepter ?

- Notons d'abord que cette position indique que les frontières (ou leurs absences) ne sont pas que géographiques, elles peuvent également être culturelles.

-Commençons par les géographiques.
La formule de Gaule est connue : l'Europe s'étend de l'Oural à l'atlantique et s'arrête au Bosphore. Cohérent. Mais, en rapport avec notre question, il y a un « hic »? La Turquie se jette sur des deux rives du Bosphore, et les puissances victorieuses du premier conflit mondial qui ont redessinée, avec un trait de plume parfois malheureux, les frontières ont validé cet existant. Aussi, de quel côté faire pencher la balance ? Et si l'ont prenait tout simplement comme unité de mesure le km2 ? Où en trouvent-on le plus ? En Europe ou en Asie ?
Evident, non'

- Frontières culturelles.
Comme « nous », n'est-elle pas laïque, et si l'écriture est un des éléments constituant la culture d'un peuple, comment ne pas mettre en avant son alphabet, latin comme celui que « nous » utilisons ? Effectivement?
Mais tout cela n'est que greffon au devenir incertain' Un risque réel de rejet par la souche existe?
- Osons aborder à présent un sujet tabou, un sujet qui fâche, l'origine chrétienne de l'Europe, de ses valeurs, de sa culture ! Pourtant, est-ce plus choquant que de souligner le poids de l'Islam dans la culture des pays arabes ?
- A la façon d'une plaque photographique classique qui renvoi une image inversée, la laïcité turque est l'inverse de la notre (occultons le fait que la laïcité française n'est pas la laïcité anglaise etc.?) : l'histoire européenne du XX siècle ne manque pas d'exemples -pensons à l'Espagne de Franco- ou un pouvoir « fort » utilise la puissance de l'armée pour imposer une idéologie religieuse au mépris de la laïcité, alors qu'en Turquie, à partir des années 20, le pouvoir a utilisé la force de l'armée pour imposer la laïcité, au mépris de l'idéologie religieuse dominante? d'ailleurs le mot « laïque » est inconnu du vocabulaire arabe et le terme turc utilisé est emprunté au vocabulaire occidental' Car au delà du mot, le concept même véhiculé par « laïcité » est extérieur à l'Islam radical où le rejet de la foi (islamique) ne peut conduire l' « apostat » qu'à la mort physique ordonnée par un corps social qui en agissant ainsi se purifie? En français cela s'appelle un meurtre, un assassinat, tout comme le sont tout également les « crimes d'honneur », coutumiers en Turquie?
- Revenons en France. La sérénité et le recul que donne l'écoulement du temps, permet de dire que, paradoxalement, et au-delà des déchirements consécutifs à la loi de 1905 sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat, et à l'opposition des « culs bénis » et des « bouffeurs de curés », la laïcité est aussi fille de la célèbre parole christique « Rendez les choses de César à César et les choses de Dieu à Dieu »? Dans la même veine, pourquoi les « Droits de l'homme » peinent-ils tant à s'imposer et à prospérer en pays musulmans ? Car ils ont été conceptualisés sur le terreau fertile des valeurs chrétiennes, de l'humanisme chrétien, pour devenir l'expression d'un christianisme déchristianisé, d'une foi chrétienne désacralisée, laïcisée?
- Ouvrons une parenthèse. Ne confondons pas tolérance et laïcité.
Nous parlions à l'instant de « bouffeurs de curé », terme né à une époque ou le paysage religieux français métropolitain était majoritairement occupé par le catholicisme. Aujourd'hui existe toujours des « Talibans de la laïcité » qui prônent l'athéisme comme Vérité révélée et rêvent de marginaliser les citoyens qui ont pour défaut d'être croyants et de le dire !
Espagne mauresque : l'arrivée des arabes en Espagne au VIII° siècle mit fin à la persécution dont les juifs étaient victimes de la part des Wisigoths qui avaient abandonnés l'arianisme pour le catholicisme. Et pendant de nombreux siècles sous domination musulmane, l'Espagne a été une terre de paix et de tolérance pour les trois religions monothéistes ! Comme quoi, Islam n'est pas toujours synonyme de fanatisme et d'intolérance?
- Fermons la parenthèse.
- Quand-à l'alphabet latin, il est entré en Turquie à la même époque que la laïcité et lui aussi au forceps, l'Empire ottoman utilisant l'alphabet arabe, c'est-à-dire il y a moins d'un siècle. Alors que « chez nous », déjà avant les premiers écrits en « français » du XV° siècle, les lettrés qu'étaient les clercs, écrivaient évidement et depuis « toujours » en latin !

- Aussi, tant pour des raisons géographiques que culturelles, il me semble difficile de prétende que la Turquie puisse avoir vocation à intégrer l'Europe ou la communauté européenne, notions qui sont différentes (La Suisse appartient à la première mais pas à la seconde). Et, pour prétendre le contraire, que l'on ne mette pas en avant un quelconque partenariat économique ! l'Europe peut commercer si elle le souhaite avec l'Afrique du sud sans pour autant que ce pays entre dans l'Europe ! Identique pour la Turquie !

- Prétendrais-je que ce rejet affirmé, que cette position est vérité, réalité objective ? Non...

- Pour prendre conscience de la relativité des certitudes, également des certitudes géographiques, transportons-nous au temps de Rome.

- Si l'Empire romain prétendait à l'universalité, dans les faits, des frontières se sont imposées :
Au nord, l'Ecosse (le mur d'Hadrien).
A l'ouest, évidement l'atlantique.
Au nord/est le Rhin et le Danube.
Au sud l'Afrique noire (les pays de Maghreb étaient partie intégrante de l'Empire -neutralisons Carthage-)
Au sud/est le Tigre et l'Euphrate.
Cela pour souligner que si la géographie peut dire ce qu'est l'Europe, cette définition ne vaut que pour « aujourd'hui » (au sens de l'Histoire).
Si nous demandions à nos contemporains européens où se trouve le centre géographique de l'Europe, qui citerait la capitale de l'Italie ? Personne !
Mais l'Empire s'est construit autour de la Méditerranée avec en son centre cette ville, Rome, elle même située sur cette péninsule, cet appendice pénétrant ce « centre du monde » qu'était la « Grande mer », comme on l'appelait alors.
Toujours à cette époque, le civilisé, était logiquement de type méditerranéen, c'est-à-dire pas très grand, brun et basané. Et le barbare, lui était grand, blond et à la peau très blanche?
Relativité des concepts, disions-nous'
Et parmi ces barbares, il est des tribus germaniques qui allaient nous devenirs « chers » à nous français, celles des Francs'

- Le rapport avec notre sujet ? Dans le monde romain, la région nommée de nos jours Turquie ne posait pas de problème : elle appartenait à l'Empire, tant pour des raisons géographiques que culturelles ! Et elle n'était même pas en zone frontière ! Et le latin, comme ailleurs, y était aussi la langue officielle, administrative !
Mais cela était il y a « deux milles ans »?

- Certitudes, avez-vous un socle digne de ce nom ?

- Pour conclure, maniant le paradoxe, clin d'oeil à Edmond Wells et à son Encyclopédie du savoir absolu relatif, je dirais que la Turquie ne fait pas partie de l'Europe et qu'il s'agit là d'une position objective élaborée au sein d'un concept qui lui, ne l'est pas'
Cette affirmation découle d'une prise de conscience selon laquelle il n'y a pas une vision du monde mais plusieurs, indissociables de grilles de lecture, parfois inconscientes, qui sont autant de filtres. Et la pseudo objectivité de la de la stricte géographie s'efface devant le poids de la géopolitique qui elle-même s'efface devant celui de la géoculture, autant de réalités subjectives dans leurs valeurs.

COLPIN Didier
 
dessin du jour AcuaLitté