Les expressions de Noël 4 : Tirer les rois
Certains sont élus par Dieu, d'autres sont décapités ou brulés par les hommes, d'autres encore sont élus tous les ans par...une fève.
Voilà les fêtes, c’est fini, mais nous à la rédaction, on a décidé de se faire encore un grand repas avec en dessert une bonne galette des rois. Et devinez qui a dû se cacher sous la table pour attribuer les parts ? Me voilà donc, installé sous la table dans une position relativement humiliante, et pas encore assez saoul pour ne pas m’en rendre compte, respirant les odeurs âcres qui émanent des chaussures de mes collègues.
C’est alors qu’un pan de la nappe se souleva pour laisser apparaître un œil géant, cerclé d'une chair verte, le tout, plutôt rabougri. En cette célébration d’Épiphanie, l’œil me parla…
- Expliquer l’expression tirer les rois, tu devras. Obéis à ton Seigneur sans attendre.
- Euh, mais ma part de galette, j’ai le temps de la manger quand même ?
- Non ! Va sans traîner et donne ta part à Nicolas.
Me voici donc, investi d’une lourde mission. Pourquoi donc tire-t-on les rois alors qu’il n’y a qu’une fève par galette et donc qu’un roi… et pourquoi utiliser le verbe tirer ?
Bon pour ce qui est de tirer l’explication est simple, il s’agit du verbe que l’on utilise depuis le XVIe siècle pour tout ce qui relève d’une sélection par le hasard ou le sort. Étonnant d’ailleurs de constater que ces deux notions aussi opposées que le hasard (quelque chose de complètement aléatoire et sans l’intervention d’aucune volonté) et le sort (une intervention de la volonté divine ou du destin) soit en fait si proches et si indissociées. On tire au hasard comme on tire au sort de manière indifférente.
En ce qui concerne cet étrange usage de mettre une fève dans un gâteau pour désigner un roi, il nous vient des Saturnales de la Rome antique. Maintenant la question est de savoir quel rapport existe entre les Saturnales et l’épiphanie.
L’épiphanie se fête le 06 janvier ou le premier dimanche de janvier. Avant le changement de calendrier des chrétiens on fêtait la nativité et l’épiphanie en même temps. Puis Noël fut déplacé au 25 décembre. Comme on ne voulait pas perdre la fête de l’apparition, on décida de fêter l’arrivée des rois mages dans l’étable qui a vu naître le petit Jésus, le jour de l’épiphanie.
Ensuite le glissement est simple, de cette tradition antique des Saturnales où on désignait un roi, à l’épiphanie fête chrétienne de l’arrivée des rois. Et la preuve de cet amalgame entre les deux fêtes est encore inscrite dans l’expression tirer les rois.
Après avoir fourni tout ce travail de recherche, je revins à la table où étaient réunis tous mes collègues espérant toujours pouvoir récupérer la part du pauvre. Hélas, du gâteau ne subsistait nulle miette. Sur ce Nicolas vint me voir. - Allez Mario, il y en aura d’autres des galettes. D’ailleurs à ce propos la fève se trouvait dans la part qui te revenait, alors la prochaine galette c’est toi qui la paies… Et comme c’est moi qui ai failli perdre une dent en croquant dans la fève, ne rêve pas je garde le titre de roi. Bon allez, assez rigolé, au boulot !
Ah si seulement j’avais été le roi, rien que cette fois-là ! Mais au fait, la galette, plutôt briochée ou frangipane ?
Rédigé par Mario, le jeudi 03 janvier 2008 à 16h20
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