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Éditorial : La dernière clope de l'écrivain condamné
« C'est décidé j'assume, Déterminé j'arrête, Je ne fume plus une cigarette », Aldebert, La Complainte de l'ex-fumeur, (L'année du singe, octobre 2004)

« Ici, commence la grande nuit des mots
Ici le nom se détache de ce qu’il nomme
»
(Aragon, le Roman inachevé)

En 1956, Aragon fait son mea culpa de son passé communiste, retraçant d'un geste large, poétique et pusillanime son existence. Et quoique ce début de texte vous déroute, il parle du surréalisme, de leur écriture, du comment, mais surtout, du ... les bistrots.

Car il faut l'admettre, on ne rêve pas éveillé comme Desnos sans un stimulant. Dans les bars, où Crevel décochait une cigarette, suivi de près par René Char...



Car nul ne l'ignore depuis quelques jours, on ne fumera plus dans les bistrots, restaurants ou bars... de fait, on ne fumera plus nulle part. Partisans et détracteurs s'arracheront le filtre et se consumeront en querelles fumeuses, reste que c'est ainsi : No Smoking Area. Quoi qu'on fasse, n'est-ce pas M. Marso ?

Inutile alors de s'imaginer tous ces auteurs dont j'ai pris le parti d'égrener cet édito, qui auront allumé leur sèche, leur blonde, leur cibiche, leur tige, leur mégot ou leur clou de cercueil, comme disent nos cousins du Québec. Saurez-vous d'ailleurs les identifier ? Allez, juste pour le plaisir, j'offre un bouquin à déterminer aux dix premiers mails contenant les bonnes réponses...

Enfin, j'ai peine à me dire que désormais, plus aucun écrivain ne gribouillera sur sa page, dans un café, un verre devant la feuille, et un clope (ou une clope, d'ailleurs) dans la main, traquant l'inspiration dans les volutes de fumée.

Oh, certes, l'image est d'Épinal, dans les Vosges, bien sûr, et alimente en fantasmes les apprentis littérateurs, l'adolescent en quête de gloire littéraire voire les étudiants en Lettres... Et toute factice qu'elle serait, elle n'enrichit pas moins la rêverie liée à l'écriture. Aragon qui ne fumait pas, n'en aura pas moins réalisé une belle carrière et ils sont légion, parmi ses semblables qui n'auront pas allumé une de ces belles.



D'ailleurs, nous ne sommes que victimes, de ces images désormais interdites sur le petit écran. Un Gainsbourg qui enchaîne les Gitanes, ça a de la gueule, n'est-ce pas ? Une gueule passablement détruite sur la fin, mais les mythes ne se bâtissent pas sur de la poudre aux yeux ! Et Marcel Aymé rétorquerait qu'il est malsain de célébrer la destruction... Léon Tolstoï serait son chantre* et d'autres encore... Leur opposerait-on Laforgue, et son sonnet intitulé Cigarette ?

« Et pour tuer le temps, en attendant la mort
Je fume au nez des dieux de fines cigarettes. »

Allez, Nicolas, une génération saine et vigoureuse d'écrivains sortira de cette loi, ils prôneront des choses et d'autres, balayant de leur revers de manche, géants superbes de splendeur, l'image antique à laquelle tu t'accroches. Allant avec entrain dans des bistrots à l'air pur et vivifiant, ils ne fumeront pas, auront des poumons propres et neufs, et feront rêver des lecteurs par millions, avec leur bonne santé de fer... Ils draineront la jeunesse vers des lendemains qui chantent, où l'on n' a pas la langue lourde, chargée d'alcool et de tabac.
 
Je sais, je suis nostalgique, et un peu vieux schnock sur les bords... Mais comme auraient pu dire les membres de l'Académie française : « Fumer tue, mais ne pas fumer ne rend pas Immortel... »




*Pourquoi les hommes usent-ils de stupéfiants, Léon Tolstoï

Rédigé par Nicolas, le lundi 07 janvier 2008 à 09h00

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