Sherlock, 2 - Les coquelicots du Penjab, Convard, Adam, Le Hir

Amateurs de réconfort par l'opium, nous partons directement à la source de production...

Rédigé par Nicolas, le dimanche 23 novembre 2008 à 11h46

Après une entrée en matière plutôt sympathique, mais qui réclamait quelques ajustements dans Sherlock, Révélation, voici que les joyeux lurons Convard, Adam et Le Hir nous expédient directement en Inde avec ce second volume des aventures rock and roll du jeune Holmes. Toujours en one shot, avec le personnage de Holmes en ligne verte, que vaut ce nouvel épisode ?

Après une enquête menée sur la disparition des chats du voisinage, Sherlock va goûter dans le sous-sol d'un restaurant chinois aux merveilles de l'opium. Rien de tel pour se détendre d'une enquête rondement résolue. Mais voilà : un meurtre a lieu dans l'établissement et le jeune détective va devoir se rendre en Inde, mandaté par le propriétaire du restaurant, pour retrouver le coupable.

Frayant dans des milieux coloniaux où le pavot est le nerf de la guerre, le jeune Holmes voyagera jusqu'en éléphant pour découvrir les motifs qui ont poussé un nanti indien à venir commettre un acte aussi abject.

Si côté dessin, cela semble un peu plus affiné et précis, avec quelque chose de vraiment différent dans ce parti pris graphique, résolument la grande innovation se situe dans le scénario. Certes, on joue la carte de la facilité pour lancer l'intrigue avec cette affaire de restaurant chinois qui fait cuire des chats, mais dès que les dés sont lancés, attention, on va voyager...


Ce tome 2 présente vraiment tous les éléments de la bonne série en devenir, et en tout cas l'orientation prise est des plus appréciables. Le regard bleu émeraude du détective n'a pas fini de nous charmer. Excellent boulot messieurs, jusque dans le clin d'oeil de la dernière case de l'album. Édité par Glénat, l'album coûte cette fois 12,50 €. On apprécie le petit geste...




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Watson

Dimanche 23 nov 08
à 11 h 42


Mycrofts

Dimanche 23 nov 08
à 11 h 44


Le tome 1, je n'ai pas aimé. Mais alors pas du tout. Voilà pourquoi je ne lirai pas le tome 2 donc :

Le titre nous annonce une révélation. Moi, je pensais que c'était sur Sherlock Holmes. Eh bien, je crois plutôt que c'est sur la valeur des auteurs...
Visiblement, les aventures de Sherlock Holmes, aucun d'eux ne les a lues (ou ne s'en souvient). Cela ne les empêche pas de vouloir "ajouter" leur grain de sel à la geste holmésienne en inventant ce qui n'a pas encore été révélé sur les origines familiales de Sherlock Holmes par ce bon docteur Watson, ou Holmes lui-même.
Mais au lieu de nous proposer une version crédible, on a droit à un grand "n'importe quoi".
Un exemple : première case, on nous annonce que l'action se déroule en 1877 en Egypte (ce qui est confirmé quand on nous précise que Sherlock Holmes a 23 ans, si l'on estime que le détective est bien né en 1854). Sherlock reçoit une lettre lui annonçant le décès de sa mère et il rentre illico en Angleterre. Page 24, on découvre la pierre tombale de sa maman et on y lit qu'elle est décédée en... 1881 !
Bon, donc, je viens de le dire, la maman de Sherlock est morte. Mais pas celle de Holmes, car Sherlock ne s'appelle pas encore "Holmes", mais "Matthiews" (en fait, l'album va nous expliquer comment un Sherlock Matthiews devient un Sherlock Holmes).
On y apprend aussi qui est Moriarty et pourquoi il en veut à mort à Sherlock. Je ne vous révèle pas ce mystère, rassurez-vous, mais je me demande si le monde est prêt à découvrir une théorie aussi idiote...
Bref, le scénario ne tient pas debout et il n'apporte rien à la chronologie holmésienne. On se demande ce que les auteurs ont voulu démontrer ou prouver. Ce qui est évident, c'est leur inculture holmésienne et une imagination bien pauvre (vous comprendrez en lisant l'album, si vous en avez le courage). On fait sans doute mieux, aujourd'hui, dans les productions télé des séries Z du Kazakhstan.
Cette histoire "incroyable" est servie par des dialogues affligeants. Les personnages parlent comme au XXIe siècle, avec les formules et le vocabulaire d'aujourd'hui. Les différences de classes sociales ne sont pas marquées par un emploi de mots appropriés. Tout le monde parle de la même façon. Et il semble que la mode soit, dans ce coin de l'Angleterre, en cette année 1877/81, à utiliser le mot "galure" (ou "galurin") pour désigner un "chapeau". Tous les personnages l'utilisent, ou presque. De toute ma vie, je ne l'avais pas vu aussi souvent en si peu de pages...
Page 34, on découvre que Sherlock est une grande perche "aussi maligne qu'une couleuvre". D'habitude, selon l'expression consacrée, on est malin comme un singe, alors que l'on est feignant comme une couleuvre ! Ah, la culture...
Page 39, alors qu'il pleut des "chats et des chiens", un vieux serviteur de la maison Matthiews offre un cadeau au jeune Sherlock qui sort "sans cesse tête nue sous la pluie". Une deerstalker ! Et le domestique de préciser : "Je serais étonné que vous en trouviez une semblable chez Coldwell..."
Coldwell, c'est un chapelier de Southampton où, en 1877/81, on trouvait des deerstalkers sans problème puisque ce couvre-chef (ou galure...) était très à la mode à l'époque et depuis plusieurs années. Les auteurs doivent croire que cette casquette était très originale. Eh bien non ! Il n'y a bien que Sherlock Holmes à ne l'avoir jamais portée à son époque...
Enfin, parlons de la cocaïne. Poursuivant dans les clichés (auxquels se limite leur culture holmésienne, semble-t-il), les auteurs font du jeune Sherlock un "accro" à la cocaïne. Autant je me suis amusé des erreurs précédentes, autant je suis surpris, voire choqué, par la façon dont la drogue est présentée dans cette bande dessinée dont on peut imaginer qu'elle est lue par des enfants et des adolescents. Alors que le docteur Watson est révolté chaque fois qu'il évoque (assez rarement) le vice de son ami dans notre Canon, ici, les auteurs glissent régulièrement et gratuitement des réflexions du jeune homme qui est en manque pendant tout le récit : "Je grelotais et une sueur froide me coulait dans le dos. J'aurais donné mon âme pour un peu de cocaïne." Et il nous balance presque le nom de son fournisseur : "J'avais gardé des amitiés au laboratoire de chimie du St Bartolomew (avec une faute d'orthographe à Bartholomew...) Hospital... dont celle d'un préparateur qui me fournissait autrefois !" Heureusement, on ne le voit jamais se piquer. En haut de la page 48, on peut cependant supposer qu'il vient de le faire ou alors il doit son état à cette étrange cigarette tordue qu'il fume (en arrière-plan d'un gazogène qui a l'aspect d'un seltzogène... ah, les clichés...).
Les dernières cases sont un feu d'artifice avec un port de deerstalker et de macfarlane en plein coeur de Londres. Se promener ainsi accoutré dans Londres, quel péquenot, ce Sherlock... Holmes, nom choisi, précisent les auteurs, en souvenir de la musicienne Augusta Holmès : "La dernière fois que j'ai entendu maman jouer, il s'agissait d'un poème symphonique magnifique qui s'intitulait Les Argonautes, je crois..."
De cette confidence, nous pouvons déduire deux éléments.
Primo, que les auteurs n'ont vraiment aucune notion de leur chronologie puisque l'oeuvre Les Argonautes a été présentée au public en 1880, ce qui rend impossible que Sherlock puisse l'entendre jouée par sa mère avant 1877 et son séjour en Egypte, à moins que l'inscription sur la pierre tombale (1881) soit celle qui corrige l'erreur du début d'aventure (dans ce cas, Sherlock a 27 ans, ce qui ne correspond plus vraiment avec l'adolescent décrit dans tout l'album)...
Secundo, que l'on sait maintenant comment prononcer le mot "Holmes" : Holmès avec un "è" à la fin comme dans le nom de cette chère Augusta.
Watson

Dimanche 23 nov 08
à 11 h 46


Tome 2 : Les auteurs auraient-ils abusé des coquelicots du Penjab ? On pourrait le croire en découvrant un scénario qui ne tient pas la route et des clichés qui font froid dans le dos.
Dès le départ, j'ai été choqué par le cliché éculé (sinon raciste) du restaurateur chinois qui enlève des chats pour les servir dans son restaurant. Sherlock Holmes découvre le trafic mais se lie d'amitié avec lui à cause sa fumerie d'opium (clandestine!!)... Problème, Sherlock Holmes n'était pas du tout opiomane (voir TWIS).
Le jour où un des clients de la fumerie est assassiné, Sherlock Holmes est appelé à la rescousse. Devant le cadavre, où un énorme poignard sanguinolent est planté dans le torse, le détective, au meilleur de sa forme, déclare "Il n'y a pas de doute : cet homme est mort !" (on se rappellera le film "Without a Clue" avec la même scène, sauf que là on est pas dans une BD comique). Le tenancier décide de se débarrasser du corps avec l'aval du détective ! On nage en plein délire. Là encore un cliché sur le faciès des Sikhs (nez busqué etc). Mettons cela sur le compte des à-priori victoriens mais le doute plane.
Sherlock Holmes se charge de l'enquête et part au Penjab à la poursuite du meurtrier. Il parcours des villes et villages en McFarlane et deerstalker et passe, bien entendu, inaperçu ! D'ailleurs les auteurs n'ont apparemment jamais vu de deerstalker de leur vie car celle ci est représentée comme une sorte de "bob" en tweed...
La poursuite en Inde se fait très rapidement grâce à des approximations et des raccourcis qui tombent à pic. Il retrouve finalement le coupable et nous avons droit au récit de ce dernier... Une histoire improbable et inintéressante à ce stade de lecture où on a qu'une envie c'est de refermer la BD. La fin nous fait découvrir un nouveau personnage du Canon (Watson) que l'on devrait donc retrouver dans le tome 3.
 
dessin du jour AcuaLitté