Le généralissime de Birmanie fait arrêter un poète
Pour une rime qui ne sonnait pas juste ou parce qu'il était sorti sans ses papiers d'identité ?
Alors que la Birmanie célèbre le 60e anniversaire, son indépendance, Saw Wai, risque de ne pas prendre part aux réjouissances. L'auteur est connu dans le pays pour son amour de la poésie, et mardi dernier elle lui a coûté plus cher que quelques vers.
Pour un poème contestataire rédigé sous couvert d'un texte écrit pour la Saint Valentin, Saw Wai a été arrêté. Lues dans leur intégralité, les huit lignes semblent plutôt sentimentales, racontant l'histoire d'un homme au coeur brisé. Mais si l'on se borne au premier mot de chaque vers, on tombe sur un acrostiche de bon aloi racontant que : « Le généralissime Than Shwe Senior est ivre de pouvoir. »
Le généralissime n'était pas poète
Et le généralissime en question qui mène la junte en Birmanie depuis 1992, goûte peu les procédés littéraires. Le journal qui avait ainsi publié ce texte a été retiré des kiosques à Rangoon. On se souvient qu'en septembre dernier, des moines bouddhistes avaient manifesté et trouvé la mort au cours de leur marche de protestation.
D'ordinaire, Saw Wai rédige des poèmes d'amour tout à fait inoffensifs, dans des magazines et des revues. Il fait également partie d'un collectif réunissant des acteurs et des artistes en lutte pour les orphelins atteints du Sida.Le texte ici, dit : « Vous devez être vraiment amoureux, follement, profondément, et alors vous pouvez appeler cela de l'amour fou. » Se finissant par : « Aux millions de personnes qui savent comment aimer, je vous en prie, frappez dans vos mains dorées et riez. »
Et il faut déjouer la traduction et la langue pour comprendre l'astuce : en somme, l'équivalent de million en birman est Than et le mot « doré » représente Shwe.
Depuis quelque temps, d'autres manifestations de contournement et de décalage tentent d'attaquer le Généralissime. Des moines auraient même réalisé un CD dans lequel on peut distinguer clairement, mais sous couvert de langage religieux : « Ceux qui tuent des moines vont en enfer. »
Rédigé par Clément S., le lundi 28 janvier 2008 à 09h24
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