
Dans le monde des races hybrides, mi-humaines, mi-autre chose, Tolkien avait su recycler ces arbres qui parlent et prennent part au conflit – mais dont le nom m’échappe pour le moment. À eux deux, Michael Ivorra et Séverine Pineaux ont su leur donner une nouvelle vie, conférant à Ysambre une magie et une existence bien loin des nymphes et autres créatures sylvestres.
Les Sylphes sont des êtres bien intentionnés, et ce qui frappe avant même la qualité des tableaux de Séverine, c’est la qualité toute particulière du livre, tant dans l’attention portée à la couverture que dans la souplesse des pages que l’on feuillette pour s’imprégner doucement de cet univers de bois. Et cela vient également de ces feuilles de calque qui ponctuent le livre, métamorphosant certains dessins. Ou encore les pages en canson, dont le grain rend le passage presque plus vivant, avec l’utilisation de l’encre de Chine ou du fusain : de toute beauté, et vraiment très agréable.
La chose ne manquera pas de faire sourire : l’histoire des Sylphes, créatures des bois, écrite sur du papier… transformation du bois. Mais bref. De nouveau, nous plongeons dans le roman graphique plus que dans la simple BD au découpage de cases classique. Ici, chaque page associe – presque – une illustration magnifique (ça, c’est tout le temps) à quelques lignes de texte riche d’émotions (on dirait par facilité, de poésie…).
L’humain et le sylvain se marient en permanence dans les dessins de Séverine, au point même que certaines fois, on croirait voir du Geiger sans ses penchants phallico-allienesques. Mais c’est un mariage abasourdissant, qui laisse rêveur à chaque page et n’aspire qu’à un commentaire : c’est magnifique.
J’avouerai même que j’en ai négligé le récit d’Ysambre, pour savourer plus amplement la qualité des illustrations. Pardon, c’est mal, et pourtant cette histoire semblait truffée de tout ce que j’aime, mais voilà, les réalisations de Séverine sont simplement envoûtantes. Elles ne prennent probablement tout leur sens que mises en relation avec les textes de Mickaël, qui les place dans leur contexte, mais… bof. Et après tout, le lecteur est libre de faire ce qu’il lui plaît et pas question de déroger à la règle.
J’ai pris ce livre pour un art-book, et l’ai savouré comme tel. Et l’introduction soudaine de nanotechnologies et d’hybrides humain-sylphe-nanorobots pousse plus loin encore la magie de ces dessins, véritables perles. Mieux, des chefs-d’œuvre. De toute beauté, et même à en couper le souffle et ce, jusque dans les croquis, prétendument rapidement exécutés, ou qui semblent plus s’intégrer à des observations retranscrites. Merci Séverine. Désolé Mickaël.