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Hachette signe avec Attributor : protéger l'ebook... contre qui ?

Petites réflexions sympathiques et sabbatiques

Par Nicolas Gary, le dimanche 18 décembre 2011 à 10:15:08 - 4 commentaires

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Livres scannés ou fichiers numériques diffusés sur les réseaux, Hachette Livre a décidé d'y mettre fin en signant un accord avec la société Attributor, chargée de la surveillance du réseau. Une première en France, alors que le Syndicat des éditeurs a décidé de ne pas, pour l'heure, faire appel à Hadopi. 

 

Pierre Danet, directeur innovation chez Hachette Livre a pourtant bien expliqué la situation à ActuaLitté : Attributor se contente de chercher sur le net des traces de fichiers répondant aux critères donnés par l'éditeur, mais n'a aucun rôle juridique. Il dépend du groupe de lancer des procédures juridiques, si besoin, pour faire céder un contrefacteur, pressé de sonner trois fois. 

 

Dans cette perspective, Attributor intervient pour décharger les juristes et protéger le trésor de guerre du groupe : les auteurs, et leurs oeuvres. « En signant avec Attributor, nous faisons un geste vers les auteurs, pour leur garantir une sécurisation de leurs oeuvres et de leurs droits », expliquait-il

 

Les Indiens, les Appaches et les pirates 

 

Fort bien. Mais plutôt Fort Alamo, en fait. Si aujourd'hui, des centaines de notifications signalant des oeuvres contrefaites, ou illégalement mises à disposition sont envoyées, il faut un double regard. D'abord, cette signature avec Attributor est un excellent signal : le groupe a confiance en l'essor du livre numérique, et met les moyens pour défendre ses droits. La contrepartie coule de source : est-ce vraiment là que les moyens doivent être mis ?


 

En mars 2010, le directeur d'Attributor, Jim Pitkow, donnait déjà quelques détails sur les modes de fonctionnement de sa société. Les premiers sites alors visés étaient ceux qui utilisent 80 % ou plus, de contenu venant d'autres auteurs, plus de 10 fois fois par mois. Et si les contrevenants refusent de payer les droits pour l'utilisation de ces textes, Attributor est en droit de demander aux moteurs de recherche qu'ils désindexent les pages entrant en violation du droit d'auteur. 

 

Tout cela entre dans le cadre du Digital Millenium Copyright Act. Une loi qui n'a pas cours en France. Heureusement, celle-ci permet par exemple de pouvoir examiner l'ensemble des livres qu'un consommateur a empruntés dans une bibliothèque, dans le cadre d'une procédure juridique. Y compris une procédure de divorce... En Californie, le Reader Privacy Act assure une certaine protection contre ce type de dérive. Mais là encore, qu'a-t-on en France pour protéger le consommateur ?  

 

Si toutes les actions d'Attributor échouent, il leur est possible de demander à l'hébergeur de faire tomber le site tout simplement. 

 

Prenons un exemple : qu'en serait-il si un site publiait quelques métadonnées relatives à un ouvrage, plusieurs fois par jour ? Attributor enverra-t-il une notification pour signaler la présence de contenu ilégal ? L'intervention humaine dans le processus devrait normalement empêcher ce genre de ratage. Mais attendons de voir... 


Vendeur de peur ne saurait mentir ?

 

Il ne faudra jamais perdre de vue que le modèle économique d'Attributor ressemble à celui des fournisseurs de solutions de protection contre les virus et autres attaques : basé sur la peur. On vend donc à un éditeur de l'angoisse, en envoyant des notifications, qui sont de plus en plus importantes, et des conseils pour combattre ces vils pirates. Dans ce contexte, comment faire réellement confiance à une telle firme, qui a pour mission de convaincre que le piratage d'ebooks, c'est l'un des quatre cavaliers de l'Apocalypse ? Tiens donc... 

 

L'autre grand souci, c'est toujours cette idée qui consiste à considérer le consommateur comme un ennemi. Le genre de comportement que l'on retrouvait déjà dans le discours d'un David Shelley, éditeur chez Little, Brown. Les investissements dans la technologie, autant que l'expertise, pour venir à bout des pirates sont lourds. Des coûts qui ne sont pour autant pas dévoilés, mais qui se substituent aux investissements dans le développement de livres papier.

 

« L'argent dépensé pour l'impression et le papier sera consacré à des spécialistes de la lutte contre le piratage, et c'est une équipe nombreuse. Les sites pirates prolifèrent et nous examinons l'intégralité du web et investissons également dans des logiciels. Les coûts grandissent progressivement et pourraient échapper à tout contrôle. Il y a aussi les frais de justice, quand les sites refusent de retirer les contenus [contrefait]. »

 

Ayez confiance... sans être trop regardants

 

On pourra aussi se référer à cet article de TeleRead présentant les résultats de recherche d'ebooks piratés, et faisant suite à la déclaration d'Attributor, ayant expliqué que la contrefaçon représentait déjà entre 1,5 et 3 millions de requêtes quotidiennes dans le monde... 

 

Les chiffres de mesure du piratage de livres numériques donnés par Attributor étaient basés sur des données générées par Google AdWords. Comprendre : AdWords vous explique que 100 millions de recherches contiennent le terme PDF chaque mois, et comme PDF pourrait être associé à la recherche d'une BD numérisée, par exemple, Attributor en déduit ensuite ce qu'il en veut. Et il en déduit que sur le chiffre annoncé par Google AdWords, 1 % serait donc des recherches de fichiers piratés. 

 

On comprend facilement à quel point ces données sont plus que fragiles. Et plus fragile encore la confiance que l'on peut mettre dans le discours d'Attributor. 

 

Si l'action pour la protection du droit d'auteur et de la propriété intellectuelle est impérative, on n'insistera jamais assez sur deux points. D'abord, un téléchargement n'a rien d'une vente perdue, mais cela, Hachette Livre nous a expliqué l'avoir bien compris. Ensuite, et surtout, puisque toute l'édition, à travers le monde, revendique une offre légale et attractive, il serait plus que temps que l'on mette en place une offre FINANCIEREMENT attractive en France. 

 

Ce qui coûtera sûrement moins cher que le recours à Attributor...

Sources :
Book Sprung
Newsosaur
Publishing perspectives

Par Nicolas Gary, le dimanche 18 décembre 2011 à 10:15:08 - 4 commentaires

Mots clés :
Hachette Livre - Attributor - piratage - ebooks

Réactions

Publié par Maneki

 

Bon papier.

Écrit le 17/12/2011 à 21:20

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Publié par gpeur

 

Pauvre France! Editeurs Français, donnez déjà aux lecteurs, la possibilité de les lire légalement vos bouquins et à des prix corrects avant de vous attaquer "aux sales pirates". Plus .... y'a pas!

Écrit le 18/12/2011 à 17:38

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Publié par plein les fouilles

 

Une remuneration juste et quitable couterait moins cher qu'Attributor, mais cela ne presente absolument aucun interet !!!

Car on ne peux pas s'en mettre plein les fouilles. Les seules qui peuvent quelque chose contre cette foire a la connerie, c'est les auteurs.

Inspiront nous du modele libre, et batissont un gestion de droit ensemble, sans faire appel aux editeurs.

Écrit le 18/12/2011 à 19:02

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Publié par Yvon

 

Hachette & consorts ont certainement fait tourner leurs calculettes pour voir si mettre leurs ouvrages à prix "psychologiquement" convenable (cad 50% à 70% du tarif papier) était rentable par rapport à leur modèle actuel.

Je ne peux les croire assez bêtes pour, avec qq années de retard, avoir les mêmes illusions que l'industrie du disque. Leurs enjeux pour les prochaines années sont de préserver tant que faire se peut leur position dominante, en rachetant en tant et en heure ceux qui auront essuyé les plâtres de nouveaux modèles économiques.

En attendant, ils freinent ce nouveau marché pas adapté à leur outillage industriel, et essayent de conserver ce qu'ils peuvent (ici, en tentant de rassurer leurs auteurs ?).

Écrit le 19/12/2011 à 14:52

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