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La Prisunic propose de mettre à mort les libraires

Ou, à défaut, de les soumettre définitivement aux volontés de Google, Amazon et Apple...

Par Nicolas Gary, le mercredi 16 février 2011 à 16:42:32 - 8 commentaires

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Les commentaires ne sont pas tendres. Le vote de la loi sur le Prix Unique du Livre Numérique n'aura jamais aussi bien mérité son sobriquet de Prisunic, mais plus encore de prix inique.

Interrogé par France Inter, le président du Syndicat des distributeurs de loisirs culturels, Jean-Luc Treutenaere, et directeur des produits éditoriaux chez Cultura, enfonce le clou sur les discussions. En effet, le SDLC avait estimé qu'en l'état la loi privilégiait les revendeurs situés hors du territoire français. Et pour cause...

Considérer que cette loi puisse introduire « une différence de traitement entre les libraires français et étrangers » est une attaque sauvage contre les sociétés du pays. (notre actualitté)
 
Que l'on se mette au clair : avec Prisunic, tout vendeur basé en France se verra imposer un prix unique pour les ebooks qu'il vendra. À la différence des vendeurs étrangers - rappelons qu'Amazon est situé au Luxembourg, et doit déjà sabrer le champagne - qui n'auront qu'une relation contractuelle, à travers le contrat de mandat. Une version contractuelle du prix unique, mais qui est établi en fonction d'une grille tarifaire et après négociation entre les acteurs, éditeurs et vendeurs.


Pour Jean-Luc Treutenaere, ce type de relation implique nécessairement que des rapports de force peuvent jouer. Et dès lors, avec les acteurs de grande envergure que sont Apple, Amazon et Google, il est possible que l'on assiste « à une best-sellerisation », voire une réduction de l'offre, qui pèsera sur les éditeurs et sur les auteurs.

La situation ne s'arrête cependant pas là : au sortir de la séance de l'Assemblée, plusieurs réactions convergeaient, évoquant, qui un projet complètement déséquilibré, en faveur des éditeurs, qui une imposture - jamais, contrairement à ce qu'Hervé Gaymard a pu dire, Hachette n'a imposé le contrat de mandat à Amazon ; c'est Apple qui l'a sorti de son chapeau pour prendre des parts de marché à Amazon, ni plus, ni moins.

Cuisine et dépendances

Ce qui est plus inquiétant, c'est que, soucieux de défendre la chaîne du livre, Hervé Gaymard vient d'ouvrir la porte à la mort pure et simple des librairies. Prends ta tête à deux mains mon cousin : les libraires nationaux, pour qui le prix unique sera imposé, devront nécessairement faire face à une concurrence déloyale, vis-à-vis des revendeurs étrangers. Explications.

Comment sera fixé le prix, dans le cadre du contrat de mandat ? Par des négociations commerciales. Qui, finalement, finiront par imposer, indirectement, le prix que les éditeurs fixeront pour la vente sur le territoire. En somme, Google, Apple et Amazon établiront le prix de vente. Ce qui est amusant, c'est que le contrat de mandat, contrairement la la loi PULN n'a jamais eu pour vocation de préserver la diversité culturelle.

Or, chose plus drôle encore, ces mêmes gros acteurs, tant redoutés, vont finalement vendre sur le territoire français. Eh oui. Pour être concret : 1001libraires.com sera soumis à la loi PULN, là où Amazon jouera sur un contrat de mandat. Tout cela est bel est bon. Mais voilà : si dans un an, le trio américain décide de casser les prix, en renégociant fortement les tarifs de vente, parce qu'ils ont le pouvoir commercial de l'imposer ?

Tonton, tu tousses ?

C'est bien là tout l'enjeu : les éditeurs auront-ils les reins assez solides pour tenir tête aux marchands qui leur diront que désormais, un ebook vendu par leur soin, dans le cadre du contrat de mandat, est facturé 9,99 € ?

Mieux : que pourra faire une plateforme française, ou un libraire, si Apple vend à 9,99 € son ebook alors que la loi PULN lui impose un ebook à 18,26 € (oui, 20 % de mois que le prix du papier...) ? Eh bien, sans l'accord de l'éditeur, il ne pourra pas pratiquer de remise, et donc pas s'aligner sur le prix de vente des trois marchands. Chose impensable : Amazon vendrait 9,99 € là où 1001libraires.com serait tenu à 18,26 ?

Dans cette hypothèse, les éditeurs devront alors plier et accepter d'accorder aux revendeurs situés sur le sol français de s'aligner sur les prix des trois  oligarques. Oui, très bien... mais de s'aligner sur les tarifs qu'imposeront finalement les Américains...

Pour l'heure, les différents acteurs concernés attendent le retour devant le Sénat de la loi, qui doit encore passer devant une commission. Et personne ne compte laisser passer la chose aussi facilement...

Sources :



Par Nicolas Gary, le mercredi 16 février 2011 à 16:42:32 - 8 commentaires

Mots clés :
amazon - libraires - puln - numérique

Réactions

Publié par Culture ?

 

Si j'ai bien tout compris, voilà un législateur qui soumettra les distributeurs de son pays à un prix unique fixé par l'éditeur français d'un ebook, lequel prix ne sera pas aligné sur le prix "librement" négocié entre ce même éditeur et un distributeur étranger -européen ou américain.

D'habitude, quand on adopte une loi franco-française, c'est pour favoriser l'économie nationale par rapport aux autres. Ou imposer qu'un ebook français soit vendu dans des conditions équitables par tous ceux qui le distribuent, où qu'ils soient établis.

Ici, on légifère pour que l'économie nationale ne soit pas compétitive et qu'un éditeur français d'un ebook soit autorisé à avoir des pratiques tarifaires discriminatoires à l'encontre des distributeurs français par rapport aux non français.

Wow, de quel cerveau ce machin sort-il ? Comment un parlementaire peut-il s'engager dans cette voie ? Comment le ministère de la Culture peut-il prétendre défendre :
- l'édition française en la laissant négocier seule face aux géants américains du web,
- la distribution française en lui interdisant par la loi d'être à armes égales avec les distributeurs étrangers (US, europe)
- la culture française en réduisant les catalogues d'ebooks à ce que Google, Amazon et Apple trouveront de plus rentable à vendre ?

J'ai pas très envie, moi, que l'offre d'ebooks tourne autour de Marc Lévy, Alain Ducasse et Valérie Damido.

Écrit le 16/02/2011 à 19:28

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Publié par Philvar

 

Vous oubliez le consommateur final : le cochon de payant ! Un e-book ou plutôt un e-livre à -20% du livre-papier ? C'est la mort programmée de l'e-livre ! Toujours une France en retard d'un siècle ! Le ^papier + l'imprimerie = 20 % d'un livre ? ça ne fait pas cher l'arbre !

Écrit le 17/02/2011 à 05:23

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Publié par karinepapillaud

 

si apple ou amazon vendent à 9,99 un livre dont le pri fixé équivaut au double, cela s'appelle du dumping et c'est réprimé par la loi française, non ? Par ailleurs, comment ces géants pourront ils maintenir des ventes à perte sinon comme prix d'appel ? QUel est leur intérêt à perdre durablement de l'argent ? (questions pour une petite remise à niveau perso)

Écrit le 17/02/2011 à 07:38

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Publié par Romain

 

Amazon vend déjà à perte en offrant les frais de port pour des livres de poche par exemple... En 2008, Amazon-livres sortait ainsi un bilan négatif de 4 millions d'euros en offrant les frais de port. Le seul intérêt d'Amazon à de telles pratiques (que la société n'applique QU'en France et Que pour les livres, alors qu'elle est présente dans d'autres pays européens et vend d'autres produits que le livre) est uniquement de monopoliser à moyen terme le marché du livre en France et de pouvoir effectivement dicter ses conditions commerciales aux éditeurs. Je dis ça, mais je dis rien.

Écrit le 17/02/2011 à 19:37

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Publié par Bzibzou

 

Bonjour,
quelqu'un peut-il m'aider dans l'interprétation de la loi ?
Quand on lit le texte de loi, ultra court (9 articles), il n'est pas fait mention des distributeurs. Sauf à considérer que les "personnes" dont fait mention l'article 3 sont les distributeurs (voir ici http://www.assemblee-nationale.fr/13/ta/ta0607.asp) />

Publié par karinepapillaud

 

Romain, offrir les frais de port, c'est un peu peanuts par rapport à l'agressivité des 9,99 $ aux US. Je sais bien que le but est de conquérir un marché comme leader. Mais pour l'instant Amazon intervient comme revendeur étranger sur le sol français. Si les règles étaient les mêmes pour tous sur le territoire, la concurrence entre revendeurs seraient plus dure et ils n'auraient jamais les moyens d'investir à perte assez longtemps pour gagner la partie. En revanche ce serait catastrophique pour les "petits" libraires si les ventes d'ebooks devenaient majoritaires sur celles du papier. Et au rythme où vont les éditeurs savonnent la planche, on risque bien plus de voir apparaître le piratage plutôt qu'un marché légal...

Écrit le 18/02/2011 à 08:59

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Publié par argali

 

Amazon vend beaucoup en Belgique. Or ici la TVA sur les livres est de 21% et en france de 6%. Avec une telle différence de PA PV, ils peuvent offrir les frais de port !

Écrit le 21/02/2011 à 18:57

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Publié par Bigcat

 

Vaut-il mieux vendre 10000 exemplaires à 9,90? ou 1000 à 18,90? ?
Pour ma part j'attends avec impatience l'offre Kindle en France. Et tant pis si la profession n'est pas capable de s'adapter !

Écrit le 01/03/2011 à 11:54

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