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Passé un seuil, la popularité dépossède les auteurs de la propriété de leur livre
Petite réflexion entre amis...
Par Nicolas Gary, le samedi 18 février 2012 à 10:00:59 - 3 commentaires
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On a eu tort, lorsque les prémisses de l'affaire Gallimard - Hemingway - Publie.net ont suscité les premières réactions sur le net. Twitter s'est emparé très rapidement de l'histoire, les réactions ont fusé, la presse a tenté de suivre, tout cela démarrait très vite, et très rapidement, est devenu confus. Une violation du droit d'auteur ? Un acte de contrefaçon ? Une réplique qui manquait singulièrement de tact, voire d'intelligence commerciale ?
Très rapidement, trop rapidement, on a cru à un nouvel affrontement de David contre Goliath. Julien Simon, cofondateur du Studio Walrus, éditeur numérique, a souhaité nous faire partager son impression sur ce qui s'est passé, en prenant le temps d'un peu de recul.
Je ne suis pas dans l'optique de dire que c'est mal ou que c'est bien.
C'est un problème très profond, qui remet en cause notre conception même du droit d'auteur. En fait, plus je réfléchis, plus je me dis que le problème vient du fait que ce sont deux visions du monde qui s'opposent. D'un côté les gardiens du temple qui, avec la loi de leur côté, invoquent la protection des oeuvres, de leurs auteurs et de leurs ayants droit. De l'autre, la génération internet, libre partage, Creative Commons, qui pense qu'une oeuvre vit avant tout par son partage massif, et que d'autres moyens doivent être trouvés pour la rétribution des auteurs.

Et qu'en aurait pensé Ernest ?
J'en parlais à l'instant avec SoBookOnline via Twitter. Au-delà d'un certain seuil de popularité, les auteurs sont dépossédés de la propriété de leur livre, si ce n'est légalement, au moins sentimentalement, par les lecteurs. Cela devient "leur" livre. C'est le cas du Vieil Homme et la Mer, classique s'il en est et qu'on imagine mal "appartenir" à quelqu'un. Et pourtant, la loi est claire : ce livre n'entre pas dans les "clous" du domaine public. Difficile à avaler, c'est certain, et par moi en premier. Il y a tant de livres que j'aime, qui font partie de l'imaginaire collectif sans pour autant être "à nous"... Si nous pouvions éditer tous les textes que nous aimons, cela serait trop beau.
En revanche, deux choses clochent.
D'abord, la longueur du temps d'exploitation : on sait bien que les ayants droit ont empoché largement de quoi vivre, et que l'éditeur s'est, quelquefois grassement, rétribué sur cette oeuvre. Inutile donc d'en rajouter : l'intérêt n'est pas celui du texte (qui ne demande qu'à vivre et à être partagé), mais celui de ceux qui tiennent les cordons de la bourse. Il ne faut pas nous asséner le contraire. Tout n'est que question d'argent, pour des oeuvres de cette ampleur.
Ensuite, la demande de "compensation" exprimée par Gallimard, maladroite et déplacée vu le contexte : avec 22 exemplaires vendus, on ne peut pas dire que ce soit un best-seller. Une simple demande de retrait aurait suffi. [NdR : entre temps, les éditions Gallimard, via Twitter ont assuré qu'elles n'avaient rien de demandé de compensation, quand François Bon a continué d'assurer le contraire]
Maintenant, il faut réfléchir à des manières alternatives de rétribuer les auteurs, leurs éditeurs et leurs ayants droit. En réduisant le temps d'entrée dans le domaine public d'abord, puis en proposant un mode de rétribution plus conséquent pour l'auteur : meilleures avances, meilleur pourcentage, ou alors fixer une somme donnée au dépôt du manuscrit et, si le succès est au rendez-vous et que les ventes dépassent un certain seuil, une nouvelle rétribution, éventuellement au pourcentage.
Et encore au-delà d'un certain seuil, où l'argent amassé serait devenu complètement délirant, essayer autre chose : donner à une fondation, une oeuvre de charité, etc. Qu'on ne puisse plus tirer un revenu au-delà d'une certaine somme. Après tout, le droit pour la propriété intellectuelle d'un brevet est de 10 ans, si je me souviens bien. Pourquoi est-ce que le droit d'auteur littéraire ne pourrait pas s'en inspirer ? Cela inciterait à plus d'inventivité, à plus de réactivité...
Bref. Tout est à inventer. Quand deux mondes s'entrechoquent, ça fait forcément des étincelles.
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Gallimard, Hemingway et Publie.net : le vainqueur ne gagne rien
La contrefaçon d'Hemingway n'est pas banale, estime Antoine Gallimard
Par Nicolas Gary, le samedi 18 février 2012 à 10:00:59 - 3 commentaires
Mots clés :
Hemingway -
droit d'auteur -
modèle économique -
oeuvres
Publié par alex
Je ne peux que être d'accord avec votre article.
cette affaire met en avant la durée excessive de la protection des œuvres. Il faudrait revenir à un durée limité à partir de la création de l'œuvre. Pourquoi pas entre 30 et 50 ans?
Juste une petite correction la durée standard d'un brevet est de 20 ans. Évoluant dans le domaine des sciences, la différence entre la durée d'un brevet et celle d'une œuvre protégée par le droit d'auteur me surprend. Dans certains cas cette durée peut paraitre bien courte par exemple pour le développement dans médicament prend 10 à 15 ans son exploitation commercial s'en retrouve réduite.
Publié par Égide
Contrairement à ce que vous affirmez, le problème de la réaction diffamatoire et hors de toute proportion à l'égard de Publie.net n'a pas à voir avec le fait que l'œuvre de Hemigway soit dans le domaine public ou non.
On le sait bien qu'elle ne l'est pas puisque l'auteur de "The old man and the sea" est mort en 1961.
Cela n'a pas à voir avec les droits premiers dont Gallimard est le titulaire pour ce qui concerne les versions en français, quelque soit le pays mais sous forme de livre papier, d'imprimé donc.
Nous ne savons pas si Gallimard détient les droits de cette œuvre sous tout support et en particulier en format numérique.
Gallimard affirme qu'il détient ces droit seconds, nous ne le croyons pas pour autant.
Après avoir accusé F. Bon de contrefaçon, ce qui est particulièrement grotesque et offensant, soit dit en passant il s'agit d'un délit passible de 3 ans de prison et de 175.000 € d'amende, ce qui n'est pas rien.
Gallimard doit faire la preuve sans équivoque qu'il détient ces droits seconds.
Le droit d'auteur est si abscons et rétif à toute interprétation et, entre autres, la vôtre qui fait lit à la thèse spécieuse de l'éditeur, qu'il faut une jurisprudence pour déterminer le vrai du droit d'auteur.
Par exemple, le droit ne dit pas combien de temps les droits d'auteur empêche que "The old man and the sea" ne tombe dans le domaine public.
2032 ou 2047 ?
Pour l'instant, à défaut de décision judiciaire même un expert juridique ne peut trancher en l'espèce. Les textes de loi sont contradictoire en cette occurrence.
Enfin prétendre que François Bon serait contre le droit d'auteur est d'une incroyable stupidité , une interprétation ubuesque.
Publié par B. Majour
"Après tout, le droit pour la propriété intellectuelle d'un brevet est de 10 ans, si je me souviens bien. Pourquoi est-ce que le droit d'auteur littéraire ne pourrait pas s'en inspirer ?"
Surtout pas !
Ce serait tuer la littérature.
Le droit d'auteur, tel qu'il est, permet la réutilisation immédiate (dès la sortie du livre) de la structure d'un roman, de la façon d'écrire, etc.
Moins de deux ou trois ans après la sortie de Harry Potter, on a vu naître des dizaines de romans avec un jeune magicien dans son école.
D'accord, il ne s'appelait pas Harry Potter et l'école n'était pas Poudlard. Mais ça louchait fortement sur ce genre d'aventures.
Un brevet sur Harry Potter empêcherait, à l'avenir, sur 10, voire 20 ans (renouvelable, comme pour les brevets), toute réutilisation d'une histoire parlant d'un jeune magicien dans son école.
C'est ainsi que fonctionnent les brevets. Toute ressemblance de forme ou de procédé, toute "inspiration de" est susceptible de contrefaçon.
En littérature, seule la recopie intégrale d'une oeuvre est une contrefaçon. La recopie de morceaux dans sa propre oeuvre devient du plagiat, mais il y a un degré de tolérance suivant les quantités réutilisées.
Toute "inspiration de" est permise. D'ailleurs, c'est ainsi que fonctionne le monde littéraire, par emprunts à d'autres oeuvres lues ou vues.
Avec le système des brevets, ce serait interdit... pour 20 ans !
Sauf à payer des royalties.
Sacrée erreur, non ?
Quant à la longueur d'exploitation, elle dépend surtout de l'auteur et de ses ayant droits.
Lorsque l'éditeur manque à ses devoirs d'exploitation, l'auteur peut récupérer ses droits avec un simple accusé de réception.
Dans le cas de François Bon, sa principale erreur a été de ne pas demander l'autorisation aux ayant droits. Et je ne parle pas de Gallimard (qui a utilisé un procédé déloyal), je parle des héritiers. Là, il aurait su ce qu'il en était, de tous les droits détenus par Gallimard.
Vous cherchiez une solution pour récupérer l'ancien (le nouveau de la littérature peut aussi s'accommoder des Creatives Commons) ?
Cette solution, c'est la politesse de demander l'autorisation.
Oui, la politesse.
Bien cordialement
B. Majour
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