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Pacte diabolique : l'agent vend les ebooks d'auteurs sans l'éditeur

Y'a du bon dans toute chose, mais chaque médaille à son revers. (C'est beau, ça, non ?)

Par Nicolas Gary, le vendredi 23 juillet 2010 à 20:01:54 - 0 commentaire

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L'information tombée hier mérite vraiment que l'on y revienne : pour faire simple, plusieurs auteurs, tous bichonnés par l'agence Wylie, au rang desquels on compte Philip Roth, John Updike, Norman Mailer, Salman Rushdie ou encore Oran Pamuk, viennent de signer un accord avec Amazon. Le cyberlibraire va ainsi vendre en exclusivité, et sans passer par aucun éditeur, une vingtaine de livres, dont l'agence a négocié directement les droits. (en savoir un peu plus)

Ce qui fait que les Apple, Barnes & Noble et consorts n'ont plus que leurs yeux pour pleurer : ils n'auront pas la possibilité de vendre lesdits ouvrages, l'agence ayant négocié les droits des versions numériques directement avec le marchand en ligne. (Mise à jour : les ouvrages seront en exclusivité durant deux ans)

Pas content, on coupe les ponts

Évidemment, la maison d'édition a immédiatement réagi, et Random House, annonce son porte-parole, Stuart Applebaum, prend les mesures qui s'imposent : « La décision de l'Agence Wylie de vendre des ebooks exclusivement à Amazon, pour des titres qui font l'objet d'attention chez Random House, sape nos engagements de longue date et les investissements dans ces auteurs, et place finalement l'agence comme un concurrent direct. »

En somme, on coupe les ponts avec les agents de ces auteurs, pour concurrence déloyale. Ou presque.

Sauf que le risque était couru d'avance : la question des droits numériques pèse lourd dans la balance, depuis des mois, et pourtant, les auteurs concernés sont de grosses pointures. Yves Frémion, ancien président du Conseil permanent des écrivains, illustrateurs et auteurs de l'écrit et du livre nous avait fourni la clef de cette situation en janvier dernier.
« Il me semble normal que l'auteur gagne autant avec un livre numérique qu'avec un livre papier. Et je ne parle pas du tout de toucher le même pourcentage, mais bien la même somme. » .../...
« On finira par signer avec des acteurs en fonction des droits, parce qu'ils seront spécialisés, qui dans les adaptations en film, qui pour les droits étrangers, qui pour le numérique, et ainsi de suite. Les auteurs devraient prendre conscience qu'ils n'ont plus à céder leurs droits à des acteurs qui sont incapables de les exercer. Pourquoi donner ses droits numériques à un éditeur qui ne réalise pas ce type de livres ? »

Bim, l'affaire n'a pas raté, et évidemment, c'est outre-Atlantique que les hostilités sont déclenchées.

Random House dans la ligne de mire depuis un bail

Car le bras de fer oppose aujourd'hui un éditeur qui hébergeait en son sein plusieurs auteurs, lesquels ont considéré ne pas gagner assez avec les versions numériques, et décidé qu'ils pouvaient se passer d'un intermédiaire coûteux. Sauf que ce n'est pas la première fois que pareille mésaventure, arrive à Random House : fin avril, les ayants droit de William Styron décrétaient tout bonnement que la maison était incapable d'exploiter correctement les droits numériques, et quittait alors l'éditeur.

Surtout que la maison s'était déjà fait taper sur les doigts à plusieurs reprises - la dernière en date était en décembre 2009 - alors que les droits accordés sur les versions numériques faisaient gronder auteurs et agents. La règle des fameux 25 % reversés aux auteurs avait fait rage : certes en pourcentage cela représente un plus, mais lorsque le livre numérique est vendu bien moins cher, la perte pour l'auteur est tout aussi désagréable.

Bon pour les auteurs... moins pour les lecteurs

Revenons à l'Agence Wylie, qui a donc frappé très fort : si ses confrères soulignent un certain courage, d'autres n'hésitent pas à saluer cette audace, parlant d'un acte visionnaire. Risqué, certes, pour un agent, mais audacieux, assurément. Les ventes numériques continuent de croître, et forcément un tel accord permet aux auteurs de gagner véritablement plus sur leurs ouvrages. D'autant que les ouvrages sont déjà édités, et tout prêts à être vendus : peut-être quelques retouches des auteurs, mais guère plus.

Mais au-delà de ce simple aspect financier, qui justement ne devrait pas autant tarauder de telles pointures de la littérature mondiale, qu'est-ce que les auteurs vont perdre ? Une diffusion aussi large que possible ? C'est certain. En privilégiant un acteur de la vente, on installe un canal unique de diffusion - perdant des ventes possibles au passage - mais surtout, on contraint le consommateur à privilégier un seul acteur. Et là-dessus, Amazon n'en est pas à son coup d'essai, réclamant régulièrement des exclusivités aux auteurs ou à leur agent.

Certes, Amazon a multiplié les plateformes sur lesquelles ont peut lire ses ebooks : les multiples applications disponibles pour à peu près tout ce qui a un écran (celle pour four micro-onde serait en finalisation...) permettent de ne pas être esclave du Kindle. Mais on reste prisonnier de l'écosystème Amazon. Et pour le lecteur, cette solution est d'autant plus désagréable que les livres Kindle sont fournis avec DRM, ce qui relance les questions qui vont avec.

Question de temps, c'est de l'argent

Alors, oui, cette exclusivité va probablement faire rentrer un peu plus d'argent dans les caisses des auteurs, mais durant combien de temps ? Le schéma de la longue traîne, particulièrement en vogue sur Internet, ne vise pas à favoriser les ventes de quelques auteurs, avec beaucoup de volume, mais de milliers d'auteurs, avec un volume faible. Quid des ventes de ces auteurs dans trois mois ? Six mois ? Un an ?

Enfin, il semble que Random House n'oublie pas un détail essentiel : la légalité de cette procédure. Sur ce point, une lettre a été envoyée à Amazon pour contester l'accord passé avec l'Agence, mais son contenu est encore assez flou. Nous devrions en apprendre plus dans les jours qui viennent...

Sources :



Par Nicolas Gary, le vendredi 23 juillet 2010 à 20:01:54 - 0 commentaire

Mots clés :
editeur - supprimer - amazon - ebook

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