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Entretien avec Salman Rusdie, The Enchantress of Florence

Et ici, on l'attend, on l'attend, mais on l'attend de pied ferme...

Par Jubop, le lundi 07 avril 2008 à 15:03:35 - 0 commentaire

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Et voilà Sire Salman Rushdie, poids lourd de la littérature, symbole politique à l’état brut, bizarrement libéré par son dernier livre. The Enchantress of Florence n’est assurément pas de ce monde, un roman qui est aussi un travail de recherche historique avec une longue bibliographie. On y passe avec délectation de harems aux bordels, sans oublier les courtisanes du Florence de la Renaissance à travers les excès de l’empire Mughal.

On dit Sir, yes Sir !

Adoubé par la Grande-Bretagne l’année dernière et toujours suivi par une fatwa iranienne suite à la publication des Versets Sataniques il y a 20 ans, Rushdie est devenu un monument de la liberté d’expression. Aujourd’hui cependant, il ne désire pas parler de l’actualité. Il préfère s’entretenir des affaires d’un homme de la Renaissance. « Je me sens moins impliqué politiquement que je n’ai pu l’être auparavant », déclare Rushdie.

Un dernier livre enchanteur ?

The Enchantress commence, comme bon nombre de grandes oeuvres de fictions, avec un étranger arrivant en ville. Son étranger est telle Schéhérazade, qui doit raconter son histoire pour éviter la mort, thème récurrent dans l’œuvre de Rushdie. Dans ce cas, la ville est Fatehpur Sikri, une ville palais d’Inde faite de grès rouge, protégé par une tour cloutée de défenses d’éléphant, la folie de l’empereur Mughal du 16e siècle, Akbar. Il fut l’exact contemporain d’Elizabeth I. « Chaque élève indien apprend l’histoire des six fameux grands Mughals, là où on enseigne aux Anglais les Tudors. »

Akbar est d’ailleurs toujours à l’heure actuelle un grand thème de Bollywood. « Une bonne partie des films les plus populaires de mon enfance parlaient d’Akbar et de sa reine Jodhabai. » Rushdie d’ailleurs fut comblé quand au gré de ses recherches il s’aperçut que, Jodhabai, la superbe reine hindoue, pouvait n’avoir été qu’un fragment de l’imagination de l’empereur et resté pourtant une figure importante de la cour. Il pourrait se laisser aller à toutes sortes de suppositions.

Étonnant, à n'en point douter

La bibliographie, on pourra le remarquer est très osé: des courtisanes de la Renaissance italienne et le Kama Sutra illustré, parmi d’autres. Rushdie rayonne : « En effet, je pense que c’est le livre le plus sexuellement explicite que j’ai jamais écrit. J’étais plutôt timide avant quand j’écrivais à propos de sexe. »

De l'historique Rusdiement remanié

Aucun doute là-dessus, les critiques seront troublés. Rushdie a l’intention néanmoins de lever le voile sur l’empire Mughal : « Jusqu’à que je l’étudie, je n’avais pas réalisé à quel point ce monde était tourné autour du sexe : repaires à opium, bordels, intoxication. Il existe des livres entiers dédiés aux onguents, des encyclopédies sur la chose, des potions de plaisirs. »

Ces recettes sont garanties historiquement authentiques. Après avoir été en pensionnat à Rugby, Rushdie étudia l’histoire à Cambridge, et en tant que romancier il sait exactement ce qu’il peut et ne peut pas inventer. « Les gens seraient surpris de savoir à quel point la part de vérité est importante, à quel point j’ai peu inventé. »

Réécriture, peinture et Machiavel

Rushdie a également le goût du palimpseste, une oeuvre d’art superposée à une autre. Dans The Enchantress, Akbar ordonne que le fameux atelier d’art de Fatehpur Sikri travaille sans fin à la création de portraits imaginaires de l’enchanteresse et héroïne Qara Köz. Rushdie donne vie au personnage et les magnifiques peintures de l’époque en font de même. Le palais tombe sous l’effet de cette femme extraordinaire, et le peintre s’éprend tellement de celle-ci qu’il disparaît dans l’une de ses toiles. Et Rushdie de commenter ce thème : « Une des choses que mes livres ont explorées, c’est la frontière entre le monde réel et imaginaire. Cette frontière pourrait bien être plus fine qu’on ne l’imagine. »

On peut s’étonner également de l’obsession étrange de Rushdie a pour Machiavel, qui a un rôle un splendide rôle de figurant dans la partie sur Florence. Elle montre un jeune Machiavel insouciant et un vieux bout en train après son exil par les Medicis. « On l’a tellement décrié », explique Rushdie. « Sournois, déviant… mais son portrait dans mon livre est différent. Le Prince est mal interprété, c’est une parodie de la littérature hagiographique de l’époque, une critique du pouvoir politique en Italie. »

Qu'on attend en France le plus vite possible

Dans ce nouveau livre, Rushdie s’est également éloigné de ce que le critique du New Yorker avait décrit comme « du réalisme hystérique », un niveau au-delà du réalisme magique qui essaie de faire passer le bruit de la vie contemporaine à travers de nombreuses intrigues folkloriques, des allégories, des coïncidences étranges et l’ironie. Des auteurs comme Pynchon, Zadie Smith, David Foster Wallace et Don DeLillo sont accusés avec Rushdie. « Si c’est ce qu’est le ‘réalisme hystérique’, alors je suis ravi de faire partie de cette équipe. »

Sources :
Times online



Par Jubop, le lundi 07 avril 2008 à 15:03:35 - 0 commentaire

Mots clés :
Rushdie - Salman - interview - Inde

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