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Éditorial : Boulimie de lectures ou anoréxie éditoriale ?
Dans la solitude des choix de lecture, il n'est pas coton de s'y retrouver et de tailler sa route sans un coupe-coupe affuté.
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Finalement, en alimentant le public de livres, de toujours plus de livres, le parallèle est certes osé, mais cette surenchère n'a-t-elle que des aspects négatifs ? La profusion symbolise une évidente liberté de choix, permettant à chacun de piocher çà et là ce qui lui conviendra le mieux. Encore que dans notre entourage, et au sein même de la rédaction, nous les comportements tendent souvent à s'orienter vers un genre, un style, et souvent une collection. Donc un éditeur.
L'an dernier ce sont presque 61.000 livres qui ont paru. Et durant le Salon du livre, nombre de maisons de taille encore raisonnable nous ont confié leur crainte face aux géants. Pour celle qui publie entre 15 et 20 livres par an — si, si, elles existent — les monstres qui en éditent une centaine, et plus si affinités, deviennent de véritables dangers. La visibilité, ce terme cher à notre époque publicitairo-consommative, des uns s'arrête parce que déborde celle des autres.
En conséquence, on multiplie les prix. Et l'on peut reprocher à ces derniers de ne plus avoir la valeur du temps jadis ; c'est cependant prendre le problème à l'envers. La pléthore de prix n'est que le reflet de la surabondance de livres publiés. Ainsi, on peut tenter de gagner quelques parts de visibilité en primant tel ou tel d'une récompense nouvelle, dans laquelle le lecteur inattentif à l'actualité se perdra irrémédiablement.
Mais revenons à ces petites maisons. Quel sort l'avenir leur réserve-t-elles ? Nous savons d'expérience assez funeste que tout ce qui ne croît pas dans le monde du commerce est soumis à une croisée des chemins classique : péricliter ou être absorbé par un puissant de passage qui jettera son dévolu sur une proie facile. Qui se débattra, si elle en a le courage, mais qui sera prise. Le cas d'Éditis pourrait abonder en ce sens, à une échelle démesurée. Enfin, dans le meilleur des cas, l'orientation et les choix éditoriaux passés seront respectés, et peut-être même ce rachat lui assurera-t-il un maintien et une pérennité enviables. Dans le pire des cas, on remanie tout et l'on lisse.
Multiplier les publications... quel avenir si implaccable. Être celui qui proposera le plus d'ouvrages toutes sections, tous genres confondus. Le journaliste, même un tant soit peu avisé, se retrouve démuni, autant que son confrère par alliance le libraire. Comment choisir les livres que l'on critiquera ? Sur quelle quatrième de couverture se baser ? Faire confiance à l'éditeur qui met en avant untel alors que bon... le précédent conseil ne valait pas vraiment le temps passé au téléphone à l'écouter. Piocher au hasard, en espérant tomber sur une perle ? Se fier aux postulants des prix littéraires ? Diable, que les alternatives pèsent.
Chez un libraire parisien : « Non, je ne lis pas plus d'un livre par semaine, je m'en remets aux articles que je peux trouver dans la presse ou sur internet. » Outre qu'il faudra revenir un jour prochain sur cette distinction, entre presses et internet, et sans faire de généralité du cas de mon bonhomme, cette spontanéité fait peur. On ne peut pas tout lire, c'est l'évidence. Et centraliser les livres critiqués n'aidera pas particulièrement l'acheteur, qui prendrait le temps de lire des résumés, là où seul le livre compte. Les argumentaires sont généralement peu intéressants, quand ils n'offrent pas qu'un simple extrait, aussi significatif qu'une bande-annonce de cinéma.
Enfin. Si nous partageons avec vous ces considérations, c'est que le mois d'avril va tourner ses derniers jours, et qu'il va falloir se pencher sur les parutions de mai. Et comme chaque mois, les choix vont être cornéliens. « Rodrigue as-tu du coeur »... à l'ouvrage ?
Par Nicolas, le lundi 28 avril 2008 à 09:00:00 - 0 commentaire
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