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Manifeste du Tolérant : Lire ce que je veux, comme je veux

Et surtout, ce qu'il souhaite lire...

Par Nicolas Gary, le mercredi 27 juillet 2011 à 19:20:32 - 7 commentaires

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Comme dirait l'autre allumé de France Inter : « Je dis assez ! » Notre petit journal agite les passions, fait trembler les murs - papier à cigarette, ce n'est pas bien compliqué, comme dans le conte, il suffit de souffler. Plus quotidiennement, il relate en détail, dans une langue qui est la sienne, avec un ton personnel, ce qu'il croit important de retenir des univers du livre. Ici, là-bas, un peu plus loin encore et parfois tout au bout du monde. Un travail de surveillance constante, de vigilance permanente… Bref, un travail d'exigence.

Et avec mépris, dédain - rarement insolence, et ce serait pourtant de bonne guerre - plus simplement avec condescendance, voici que ce petit journal est taxé de « pro-numérique ». Une apostrophe bien incongrue, qui se voudrait insultante, alors même que l'industrie du livre tente autant que faire se peut de démontrer combien elle est engagée dans la voie du numérique, et de (se ?) prouver, par là même, sa modernité.

Donc voilà ActuaLitté taxé de pro-numérique, comme on dirait pestiféré, voire pire, manchot, moins que rien, va-nu-pieds… Ectoplasme, bachi-bouzouk et moule à gaufre ne sont pas loin.

Pro, anti et NSPP

Pro-numérique, cela signifierait, ou signifie, dans l'esprit de ceux qui l'emploient à notre endroit - et nous à leur envers - que ActuaLitté ne soutient que la création numérique, ne lit que numériquement, n'achète donc que par ce biais, méprise les acteurs du papier, et j'en passe, et j'en oublie.

En fait, cela revient à dire plus simplement que ActuaLitté ne parle que de numérique. Ce qui est évidemment faux. Mais pas dommageable. Un peu, mais pas trop.


Tract diffusé à l'occasion du Salon du Livre
Paris 2010


Ce qui devient dommageable, c'est qu'il ne soit prêté attention qu'aux articles portant sur ce sujet. De là à croire que seuls ceux-ci valent le temps que nous prenons à les trouver et les écrire, il n'y aurait qu'un pas. Pourtant, évoquer les faits juridiques de l'édition, parler de telle ou telle manifestation, où l'on trouvera des auteurs et des livres, de chair, sang et papier, raconter les mutations et les développements des sociétés, ce n'est pas que parler de numérique. C'est parler de l'actualité.

Et l'actualité tourne aussi autour de la plus grande révolution que le livre n’ait jamais connue, on ne cessera de le répéter.

Alors, oui : la Rédaction optera plus facilement pour le test d'un lecteur de livres numériques, ou d'une tablette, que pour un reportage en librairie, sur les habitudes et comportements des consommateurs. Il serait erroné de croire que nous ne faisons pas du tout l'un, au profit exclusif de l'autre. L'été passé, tout un cycle de reportages a été consacré à des libraires « spéciaux » : bilan des courses, si les dossiers furent suivis, ils n'ont pas intéressé outre mesure. ActuaLitté se remet en question : est-ce le traitement ? Est-ce le sujet ? Est-ce la tonalité ? Un peu des trois ? Ou du désintérêt pour les questions qui agitent les libraires de la part des lecteurs ?

Tiens donc...

Tiens voilà du boudin - tu boudes ?

C'est que… l'iniatiative lancée par la presse, qui a décidé d'offrir pour 500.000 euros de campagne publicitaire, en soutien à la librairie démontre qu'il y a urgence… à communiquer sur ce métier. Pour rattraper les acheteurs qui désertent les boutiques, et basculent facilement sur Amazon et d'autres, à leurs risques et périls.

Mais en oubliant de contacter des pure-player, pour cette occasion, qui entretient la dichotomie entre les deux supports ? Qui maintient un fossé ? Intéressante question, non, alors que tous les groupes de presse se creusent les méninges pour tenter de trouver des solutions économiques sur le net...

Idem pour ce libraire du XVIIe arrondissement parisien, qui venait crier son défaitisme et son pessimisme : on ne veut plus de lui, on préfère les écrans.

Mais mon lapin, ta boutique, voilà 10 ans que tu aurais dû la déménager, pour de plus verts horizons. Le bonheur est dans le pré : trouve donc le tien, mais ne sape pas le moral des autres avec des histoires de fantômes et de mort du livre. Laisse donc ça au Figaro qui a besoin de rassurer ses annonceurs : 'Je suis de votre côté, n'ayez crainte'.

Du beau, du bon, Dubonnet (comprend qui peut)

La librairie se meurt ? Vive la librairie ! Vive les initiatives de Librest, difficiles et courageuses, à saluer, même si elles peuvent prêter à sourire. Vive la lettre d'information que nous envoie tel ou tel, pour nous rappeler que le week-end prochain, sont invités tels et tels auteurs, pour des dédicaces, des rencontres, des contacts, car l'on ne saurait vivre dans une monade numérique exclusivement. Merci, toi qui, voilà deux semaines, m'as fait acheter Fondation d'Asimov, autour duquel je tournais depuis des années sans oser…

Plus convaincant qu'un vendeur de voitures, et pourtant, ta commission n'avait rien à voir avec la vente effective d'une Porsche. Pour un peu, t'en as sûrement pas, de commission…

Par contre, que l'on ne nous demande pas d'applaudir 1001libraires. Ou tout ce qui ressemble de près ou de loin à une erreur stratégique de cette ampleur. Pas plus que la rédaction n'est favorable à des mesures de restrictions sur les ebooks, ou ne considère le prix de vente des livres numériques comme attractif.

Alors ActuaLitté pro-numérique, c'est une erreur.

Grave, comme disent les djeunz !

Rabelais, je l'aime, il l'aime, Thélème

On devrait le graver au fronton de la prochaine maquette du magazine - oui, parce qu'on prépare une nouvelle maquette, plus zolie, plus accueillante, et surtout avec de nouveaux services. Donc, un peu comme à l'abbaye de Thélème, on pouvait lire « Fais ce que voudras », ActuaLitté ferait volontiers sienne la devise : « Lis comme tu voudras ».

 

Ni pro-numérique, et moins encore anti-papier. Ce type de distinguo, c'est bon pour du tabloid qui ne s'assume pas. C'est de l'alternative binaire - ou manichéenne ? - pour pisse-copie au vinaigre. Le livre numérique, c'est une chance, pas une fatalité. Mais encore faut-il l'appréhender sans préjugé. Si ce format s'approche avec les crocs sortis et les incisives prêtes à déchiqueter, c'est pas gagné.

C'est certain, des problèmes pratiques se posent - comment rémunérer les auteurs sur les prêts de livres numériques, comme c'est actuellement le cas, grâce à la Sofia, pour les livres papier ? Comment un éditeur acceptera-t-il de prendre le risque de la publication s'il ne dispose pas des droits numériques et papier ?

Et comment un auteur pourrait confier l'exploitation de ses droits numériques à un acteur dont le métier a été de toujours vendre des livres en papier ? Une autre ? Comment un libraire pourrait-il gagner sa vie dans l'environnement numérique - écrire à la Rédaction pour avoir une réponse, un modèle économique possible, à la question. Et on ne parle pas d'une borne idiote posée dans un magasin...

Alea iacta est (le 'j' existait pas chez les Romains)

Alors voilà le mot d'ordre et que personne ne se trompe sur nos intentions. Nous parlerons toujours de ce qui fait l'actualité, de l'information, sous toutes ses formes, dans tous ses formats. Avec une seule et unique revendication.
Que chacun puisse lire comme il le souhaite, ce qu'il souhaite lire.
Et si cela pouvait se faire à des tarifs qui ne soient pas décourageant, alors tout serait pour le mieux dans le meilleur des mondes…

Compliqué ?

Sources :



Par Nicolas Gary, le mercredi 27 juillet 2011 à 19:20:32 - 7 commentaires

Mots clés :
lecture - ebook - papier - livre

Réactions

Publié par nicozach

 

je suis complètement d'accord avec cet article. Gros lecteur, passé depuis peu au livre numérique (pour le coté pratique lors des voyages par exemple), j'aime pouvoir lire ce que je veux, où je veux, et sur le support de mon choix. On ne demande pas la lune !

Écrit le 27/07/2011 à 12:15

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Publié par Golem

 

Bon, autant l'avouer tout de suite, j'ai bientôt 60 balais et je suis presbyte, mais alors là, presbyte.com, plus presbyte que moi t'es mort. Aucun lorgnon à verres progressifs n'y remédie. Depuis des années je triais mes livres en fonction de la taille des caractères. Il y avait le lisible et l'illisible. La Pléiade, par exemple, m'était définitivement inaccessible. Alors pour moi, la liseuse, c'est le paradis retrouvé. Je ne suis absolument pas attaché au support papier, ce qui m'importe, c'est le texte, tout le texte et rien que le texte. Comme disait Alfred (de Musset): "Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse!" Et c'est grisant d'avoir soudain tout Balzac, tout Zola, tout Proust, Victor Hugo, Jules Verne, Charles Dickens, etc., dans le creux de la main. Si les libraires pâtissent de cette révolution, c'est fâcheux, mais je ne vais pas renoncer à ma joie de lire confortablement pour soutenir l'abattage des arbres à papier. Vive le numérique, donc!

Écrit le 27/07/2011 à 14:47

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Publié par Coxigru

 

Un peu lassée de. Ette guerre inventée par des editeurs frileux , des libraires archaiques. Le lecteur comme vous l ecrivez si bien veit LIRE, papier ou numerique. Or dans cette polemique le lecteur est zappé par des professionnels (?) du livre qui tentent de prendre le lecteur pour une bille....Payer un " truc" drm aussi cher voire plus qu un livre papier c est nous prendre pour des billes, et nous pousser tres vite a delaisser l editeur ou le librairequi pratique ainsi, je selectionne oui, mes achats, en fonction de laliberté de lecture, et oui le libraire qui me conseille et qui trouve que l experience numeriQue est une belle chose, je lui reste fidele, et c est lui qu rafle la mise lorsque je veux acheter ce bouquin merveilleux qui n est pour le moment qu en papier! Quand a dire que vous n etes que numerique, c est a rire ou a pleurer! S ils savent lire (?) ils constatent...

Se plaindre et pleurer n a jamais ete une demarche marketing. Mais quand on a eu le monopole on ne sait plus bosser...

Messieurs qui decidez de ces budgets, faites un braimstorming intelligent plutot que des affi hes provocatrices. Cherchez a amener les non lecteurs a une curiosité vivante, proposez des amlternative qui menent aux decouvertes,innover dans vos propositions, adressez vous aux lecteurs de façon positive, donnez nous envie!

Écrit le 27/07/2011 à 16:55

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Publié par Coxigru

 

[quote:16557]Un peu lassée de. Ette guerre inventée par des editeurs frileux , des libraires archaiques. Le lecteur comme vous l ecrivez si bien veit LIRE, papier ou numerique. Or dans cette polemique le lecteur est zappé par des professionnels (?) du livre qui tentent de prendre le belle chose, je lui reste fidele, et acheter ce bouquin jamais ete une demarche marketing. Mais quand on a eu le monopole on ne sait .... proposez des amlternative qui menent aux decouvertes,innover dans vos propositions, adressez vous aux lecteurs de façon positive, donnez nous envie![/quote]

Bourré de fautes, désolée, ipad et moi nous assumons la non possibilité de relecture et le clavier aléatoire:(

Écrit le 27/07/2011 à 17:02

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Publié par Jiminy Panoz

 

Un peu pareil que tout le monde, et comme dit par Twitter : le numérique est l'argument facile pour crever en paix, c'est à dire sans se remettre en question.

La vie est un combat, le monde évolue, penser que l'on pourra profiter d'un système (avec passe-droits en l'occurrence) toute une vie est une bêtise sans nom. Rien n'est jamais acquis.

Du coup, au lieu d'une "destruction créative", il est plus facile de laisser libre cours à la critique et de faire exploser ses états d'âme sur des victimes toutes désignées. Or, tous les systèmes et civilisations qui ont refusé de se remettre en questions se sont tous écroulés, sans exception. C'est un principe inhérent à la vie et à l'existence : tout à une fin?

Écrit le 27/07/2011 à 19:58

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Publié par Ludovic

 

«(...) on prépare une nouvelle maquette, plus zolie, plus accueillante, et surtout avec de nouveaux services.»

Je ne répéterai pas que je suis passé au numérique (à cause de mes yeux, comme Golem, et comme lui je conserve mes Pléiades en tant qu'objet car je ne peux plus les lire) et que je préfère les tablettes (iPad pour ne pas la nommer) aux liseuses pour diverses raisons.

En ce qui concerne la maquette, s'il vous plaît n'en faites pas trop du côté des services mais surtout, je souhaite que le site reconnaisse Unicode.

Un lecteur fidèle (comme on disait jadis)

Écrit le 27/07/2011 à 22:14

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Publié par Togram

 

Egalement complètement d'accord avec l'article ! Je vous ai toujours senti privilégier la Lecture, plutôt que les moyens offerts pour lire, votre but étant de nous informer sur ces moyens...
Et, à propos de ces moyens, je voudrais évoquer les biblio(média)thèques! Voyez-vous, en quasi-retraite avec petit porte-monnaie et logement trop exigu pour raisonnablement accueillir d'autres volumes, grosse lectrice depuis toujours, j'assouvis ma passion avec le prêt de livres ! Et avec l'association des Amis de la médiathèque, je participe au choix des achats, profite des prêts de la médiathèque départementale, fais du portage de livres à domicile, échange sur mes coups de coeur sur le blog de l'association (où je vous cite souvent) et sur d'autres lieux de discussions, etc...
Tous les livres et les libraires (vous faites partie de mes préférés) pour 8 ? par an, le bonheur quoi !

Écrit le 28/07/2011 à 08:25

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