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Une Moix d'honneur, pour Yann, pourfendeur du livre numérique
Et moix
Par Nicolas Gary, le jeudi 02 février 2012 à 13:39:44 - 14 commentaires
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Ce qui est difficile, avec les bas de plafond, comme disait le grand-père du Petit Spirou, c'est qu'il faut toujours se méfier. Et Yann Moix, si cela se pouvait, mériterait qu'on lui décernât la Moix d'honneur, en hommage à la Noix attribuée par le Canard, mais sans toutefois en mériter le prestige.
Qu'un farfelu comme Beigbeger parte en guerre contre le livre numérique, semble assez logique : le Bobo parisien classique, fils de pub et de luxure, qui en a marre des lignes sniffées sur les capots de voiture, se rachète une conduite de réactionnaire... bon, tant pis. De toute manière, son livre évoquant l'apocalypse numérique n'a pas marché.
Ou alors, faut-il y voir l'esprit d'un futur quinquagénaire complètement paranoïaque ?
Qu'importe. Aujourd'hui, c'est donc Yann Moix qui se voit décerner notre Moix d'honneur, pour des propos débordant d'intelligence vive et soudaine. Estimant que la vague Beigbeder a de l'avenir, l'auteur suisse tente, dans un billet publié chez BHL, La règle du jeu, de tordre le cou au livre numérique. Et avec brio, voyez plutôt :
Ce qui est plus troublant, c'est qu'un des arguments de vente soit quantitatif : un e-book contiendrait, contiendra, contient des millions d'ouvrages. La belle affaire. On ne mesure pas une civilisation à sa capacité de stockage.
Bon... liseuse, c'est moche, mais passe encore. Lecteur ebook, nous préférons, eReader, ce serait idéal... Mais que le bonhomme Moix confonde le contenu, l'ebook, c'est-à-dire le livre numérique, et le contenant, le lecteur d'ebooks, montre bien à quel point il maîtrise son sujet.

Eh, Yann Moix, crédit photo Wikipedia, c'est honni aussi ?
La suite donnera au choix envie de vomir, de rire, ou d'offrir à son prochain un lecteur ebook, pour qu'il puisse se rendre compte de la bêtise ambiante.
Si au moins, au moins, mais n'est-ce pas déjà trop demandé que le moins, à une personne qui ne le peut pas, et tente de donner le plus, à savoir pas grand-chose ? Si au moins, donc, Yann Moix évoquait les questions sérieuses, les enjeux réels, soulevés par de grands bonshommes comme Richard Stallman !
Les enjeux de confidentialité, de respect de la vie privée, les risques de détériorations des textes, les abus de position dominante, les conflits de formats, les DRM, les évolutions possibles en termes de création, autant de choses qui sont essentielles, car pragmatiques.
Mais a-t-il simplement lu Stallman, Yann ? Sûrement pas, et redémonstration :
Exactement comme il a peur de rester seul avec lui-même, il a la trouille de se retrouver tout seul en face d'un texte qui n'offre d'autre échappatoire, d'autre échappée que lui-même. Le lecteur, qui ne tient pas en place, a fini par mettre au point un texte qui lui-même ne tient pas en place. Un texte qui s'extraie de lui-même. Un texte qui démissionne de lui-même. Un texte qui quitte son navire. Un texte qui se vend à l'ennemi. Un texte collabo qui couche à la première occasion avec le plus petit divertissement venu. Les e-lecteurs ne sont pas des lecteurs : ce sont des liseurs. D'ailleurs, ils sont équipés d'une liseuse. Ce n'est pas simplement le livre qui disparaît avec l'e-book, c'est la littérature.
Ah, oui, la mort de la littérature... Cela faisait presque longtemps...
Quand le sage pointe la lune, seul le fou regarde son doigt. Mais quand c'est le doigt de Beigbeder, finalement, Moix ne voit plus que la crasse qui est sous l'ongle. Alors forcément...
Cet infini stockage, cette sauvegarde universelle et absolue, ce sauvetage permanent, cet archivage fou n'a aucun sens, si ce n'est souligner la maladie historiciste, historicisante, qui gangrène le monde moderne.
Mais pauvre fou, n'est-ce pas là la vocation de toute bibliothèque, depuis Alexandrie et avant et même bien après ? Stocker, pour donner aux générations futures, pour emmagasiner la connaissance, les savoirs et les offrir par la suite. Allons donc, mon cher Yann, vous vous êtes égaré en chemin... Ouvrez les yeux
Oh, et puis, comble du comble : Beigbeder et Moix ont, en plus des mêmes idées bien crades et bien crasses, le même éditeur. Grasset. Et tous vos livres sont disponibles dans ce putride format numérique que vous aborrez...
D'un autre côté, j'avais oublié : vous faites figure d'autorité au Figaro littéraire.
Qu'il doit être doux, d'être servile...
Par Nicolas Gary, le jeudi 02 février 2012 à 13:39:44 - 14 commentaires
Mots clés :
Yann Moix -
livre numérique -
tribune -
paranoïa
Publié par Café allongé
Liseuse c'est moche, eReader serait idéal ??? Vous en avez beaucoup des comme ça ?
Publié par chantal
ben liseuse, moi j'aime bien, ça appelle les oreillers,la douce lumière de la lampe de chevet... mais certainement aussi d'autres choses que je n'ai pas encore découvertes, vu que pour l'instant je trouve l'engin plutôt moche et trop grisâtre pour mon goût... Bientôt un peu de couleur paraît-il
Publié par LeFrenchFab
Bien d'accord pour dire que les problèmes les plus importants du livre électronique sont bien plutôt les DRM et la protection de la vie privée, que ces aboiements haineux face à un mode de diffusion dont l'auteur (des aboiements) ne comprend pas grand chose. la technique de Yann Moix fait plutôt sourire d'ailleurs. Pour souligner son propos il jette des mots comme s'ils étaient gros. Dans son contexte ainsi, prononcer bien haut, bien le mot "liseur" et tout à coup vous vous surprenez à grimacer, comme si vous aviez entendu "gros con". Voilà son propos: Yann Moix maltraite les gens qui ne sont pas comme lui. Quellel tristesse de voir tant de personnes intelligentes, ce qu'est Yann Moix sans nul doute, tomber dans le piège de la bataille obligatoire du papier contre l'électronique, des anciens contre les modernes, des supposés intellos incunables contre les déclarés ignares indécrottables...
Publié par Ternezo
Aïe, aïe, aïe...
Je n'aime pas Messieurs BEGBEIDER, MOIX et HENRI LEVY.
Mais votre article a des allures de brûlot avec un procédé que j'aime encore moins que les personnes citées ci-dessus.
Tout d'abord, le fait de confondre "e-book" et "liseuse", n'est pas grave. Ce n'est pas la honte, il faudrait un peu relativiser les choses lorsque l'on prend le rôle de juge comme vous le faites ici. Prétendre qu'une erreur, voire un raccourci, est signe de ne pas maîtriser un sujet est un autre insupportable raccourci que l'on nous offre dans tout "débat" politique télévisé ou radiophonique.
J'ajoute que reprocher cela quand on propose ensuite un anglicisme, c'est plutôt culotté, comme le dit Café allongé.
Je suis dubitatif à la lecture de votre réaction à l'avant-dernière citation "Exactement comme il a peur de rester seul avec lui-même[...]Ce n'est pas simplement le livre qui disparaît avec l'e-book, c'est la littérature."
Les citations ont ceci de magique qu'elles peuvent laisser croire à leur contraire.
La citation renvoie au fait qu'un texte numérique ne se suffirait plus à lui-même en tant oeuvre car il est désormais proposé avec du hors-texte (explications, notes, annexes, peu importe).
L'oeuvre se transforme donc en une autre chose, en l'occurrence en un produit différent qu'elle-même, à savoir autre chose qu'un texte que le lecteur doit faire l'effort de comprendre. C'est-à-dire en autre chose que de la littérature.
Il s'agit plutôt là d'un constat fort éclairé qui pourrait poser la question du statut de l'oeuvre par l'évolution de sa forme.
Je cite sa phrase, suivant votre citation : "Nous sommes entrés dans l'ère de la lecture liseuse, lisante. On ne lit plus pour s'évader, mais pour s'évader de la lecture elle-même."
Il n'y a là rien de choquant ou de stupide, bien au contraire.
Le point de vue est intellectuellement intéressant. Le texte dont on s'éloigne pour en lire des annexes conserve-t-il son pouvoir captivant du lecteur ? Le roman conserve-t-il son but intrinsèque ?
Voilà sa critique : "Il n'est pas question, ici, de défendre un fétichisme du livre imprimé, avec sa texture, son odeur, sa chair, etc. Je ne suis pas, je n'ai jamais été bibliophile." et enfin, "je parle de littérature et non pas de modalité de lecture"
Franchement, qu'avez-vous à reprocher à ce monsieur ?
Le comble est l'interpellation à la fin de votre chronique ("pauvre fou ?") qui me laisse penser, mon cher chroniqueur, que vous avez (peut-être) une bien belle opinion de vous-même pour vous arroger le droit d'user d'un tel langage en public.
J'ai également du mal à suivre votre raisonnement au sujet de la bibliothèque qui aurait la vocation de transmission aux générations futures.
Quelques lignes plus haut, vous nous renvoyez aux questions sérieuses posées par Monsieur STALLMANN.
Or il nous explique que votre fameuse bibliothèque d'Alexandrie peut être brûlée à distance par le vendeur de contenu...
Comme à chaque fois on va nous dire "oui mais il suffit d'encadrer l'offre par des lois qui nous protègent, blablabla".
C'est tout de même drôle, toutes ces lois que nous sommes obligés de mettre en place car les entreprises de l'e-Commerce n'arrivent pas à respecter nos droits les plus fondamentaux. Imagine-t-on une puce dans chaque livre en papier, permettant de le détruire à distance ? Non.
Alors pourquoi cela existe dans un livre numérique ? Parce qu'on peut le détruire sans tuer le porteur du livre ?
Les deux avis, celui de Monsieur MOIX et celui de Monsieur STALLMANN, fort complémentaires.
L'un évoque la littérature et l'autre la technologie, tous deux traitent de nos libertés.
Mais je suis peut-être aussi idiot que Yann MOIX, allez savoir.
Publié par Thomas Galley
Merci pour ce fou rire matinal :-) Franchement, tant qu'il reste des gens comme Moix pour sortir de bêtises pareilles, je n'ai pas peur de voir mes journées envahies par la mauvaise humeur. Et quand j'en ai assez, de ces propos qu'une éternelle rumination ne rend pas plus digestes, j'allume ma liseuse (!) et m'évade vers des contrées plus accueillantes ...
Publié par intertextualité
Moix fait probablement un "emprunt" à Nietzsche, pour lequel l'homme, malade de sa mémoire est incapable d'oublier, la littérature étant un symptôme de sa maladie. Un ami de JMS ?
Publié par Le Consul
Il y a quelque chose de touchant chez Yann Moix : cette capacité, cette obsession à se ridiculiser. Certes, son incurie, son incompétence et son pauvre style contribuent à l'hilarité général. Mais l'incroyable est qu'il en rajoute encore. Il devrait écrire sur ça : un type se mettant toujours en situation défavorable, en état de recevoir des roustes monumentales à cause de propos débiles, crétins, d'autant plus bêtes qu'ils sont tenus dans un genre oratoire immature. C'est dingue et stupéfiant ce masochisme chez lui.
Publié par Zelda
en réponse à Ternezo
Moi qui suis grande lectrice sur tous supports (sans excluse), j'allais répondre à ce brûlot comme vous dites justement (aussi excessif qu'inefficace !) mais à la lecture de votre commentaire je m'abstiens, car vous dites très exactement, de façon limpide et mesurée, ce que j'aurais souhaité exprimer. Je suis donc peut-être aussi idiote que Yan MOIX, moi aussi... En revanche vos propos sont très intelligents et salubres.
Publié par Zelda
Grande lectrice sur tous supports, je trouve tout de même votre "brûlot" bien excessif... et comme souvent dans ces cas-là totalement inefficace. Pensez-vous utile d'en arriver à l'insulte parce que certains ne partagent pas votre point de vue ? "Idées bien crades et bien crasses..." est une formule pas très heureuse qui n'apporte franchement rien au débat, ni à la littérature d'ailleurs.
Publié par Brisure
L'idée que notre société est capable de tout enregistrer, conserver et archiver est une illusion. Avec l'arrivée du numérique, et ce dans tous les domaines, les questions de la dématerialisation, des modes de conservation, de l'interopérabilité des supports d'archivage et de lecture, de la pérennité des formats (entre autres) sont des problèmes auquels on n'a pas encore de solution.Et même si on pouvait faire ça, la question économique se poserait alors. Tout archivage, même numérique, a un coût et fait donc l'objet d'une sélection. Rassurez-vous, Monsieur Moix, on n'a pas fini d'oublier...
Publié par Kilitout
Ca vous donne envie de vomir ? Ce n'était peut être pas la peine de le préciser, tant vous avez vomi votre haine de tout ce qui ne ressemble pas, de près ou de loin, à un technophile ; de tout ceux qui résistent encore, avec plus ou moins d'habileté rhétorique, au rouleau compresseur de la propagande e-pubarde. Je n'ai aucun goût particulier pour la prose de ces petits messieurs, mais au moins ont-ils le bon goût de savoir ne pas prendre les vessies de l'industrie électronique pour les lanternes de la pensée moderne. Ils vous donnent envie de vomir dîtes vous ! Et bien dégueulez tout votre saoul, mais s'il vous plait pensez à dégueuler sur vos "merveilleuses" machines à lire, stocker, ranger...et consommer tant de terres et de métaux rares, ce sera un excellent moyen de tester leur capacité de résistance en environnement hostile.
Publié par yt75
Bof, le livre numérique n'est en rien une vraie rupture, ce sont les mêmes qui vont écrire ce genre de choses, et qui se sont adonnés comme des petits cochons au viol du terme virtuel depuis 93 par là et courant années 2000.
«Des faibles se mettraient à penser sur la première lettre de l'alphabet, qui pourraient vite ruer dans la folie !» Rimbaud
ou :
« Notes.
Il a été démontré par la lettre — l'équivalent de la Fiction, et l'inanité de l'adaptation à l'Absolu de la Fiction d'un objet qui en ferait une convention absolue.
» Mallarmé.
Quand je lis ou relis vraiment je me fous du support, à condition qu'il n'y ait pas de bruit de ventilateur pénible.
Par contre c'est vrai que l'éblouissement actuel pour les machines, le fait que l'on trouve tout à fait normal que cela se développe à travers 3 ou 4 monstres est assez incroyable, sans parler de l'Alzheimer tweetero facebookien geekesque.
Mais oui chacun va se retrouver avec une bibliothèque plus "grosse", si tant est que la fin de l'explosion "énergie pas chère" depuis le début de la révolution industrielle, ne nous rattrape pas plus vite.
En tout cas il faudrait quelque chose comme ça :
http://iiscn.wordpress.com/2011/05/15/concepts-economie-numerique-draft/
et aussi pour ça :
http://iiscn.wordpress.com/2011/06/29/idenum-une-mauvaise-idee/
Sachant que notre époque cela reste avant tout cela :
http://iiscn.wordpress.com/2011/05/06/bataille-et-lenergie/
Publié par hermitecritique
Ma réponse à ces deux articles de Moix, écrite avant de lire votre article, mais on se rejoint :)
http://hermitecritique.wordpress.com/2012/02/15/quelques-idioties-signees-yann-moix-a-propos-des-liseuses-electroniques/
Publié par zara
Yann Moix dit ce qu'il veut. On peut aimer ou ne pas aimer l'e-book. Mais il faut respecter ce que pense les autres.
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