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Ebooks : les bibliothèques fatiguées du comportement de Hachette

Tripler le prix de vente des livres numériques... vous êtes sérieux ?

Par Nicolas Gary,Le samedi 15 septembre 2012 à 12:53:10 - 0 commentaire

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La décision que Hachette Book Group a prise, d'augmenter le prix de vente de ses livres numériques, pour les bibliothèques, n'est pas passée inaperçue. Dans un courrier de la société OverdDrive, qui fournit les établissements en ebooks, on apprenait que dès le 1er octobre, les 3500 titres du catalogue connaîtront une augmentation de 220 %, par rapport aux prix jusqu'à lors pratiqués. 

 

 

Ebook USB

chrishoward.author CC BY-NC 2.0

 

 

 

Sollicité par ActuaLitté, le groupe Hachette ne s'est pas encore exprimé sur la question, mais outre-Atlantique, l'American Library Association n'a pas raté le coche. Dénonçant cette politique tarifaire revue à la hausse, ce n'est rien de le dire, la présidente de l'ALA, Maureen Sulivan, a exprimé sa déception quant au choix du groupe. Déception d'autant plus grande que l'ALA, qui avait longuement discuté avec Hachette Book Group de ces questions, croyait réellement que l'éditeur proposerait des tarifs plus intéressants. 

 

 

 Fatigués de demi-mesures hésitantes

 

 

 

« Quand il a été annoncé que Hachette allait entrer dans le marché des ebooks pour les bibliothèques, en mai dernier, avec des expérimentations-pilotes, qui apporteraient une sélection de best-sellers à des millions de clients de ces établissements, l'ALA s'était enthousiasmée de cette nouvelle », se souvient la présidente. Un projet important pour appréhender concrètement les enjeux de ce marché, du côté de l'éditeur, tout en lui permettant « de concevoir la meilleure stratégie pour toucher un plus large public de lecteurs de livres numériques dans les bibliothèques ».

 

Ainsi, ce revirement est à contre-courant complet de ce qui était ressorti des tables rondes organisées avec les représentants de l'ALA. Loin de reconnaître que les bibliothèques puissent être des partenaires institutionnels et des clients pour les éditeurs, l'attitude de Hachette, qui va donc tripler le prix de vente, en période de crise, pour les établissements, est scandaleuse. Et plus encore, comment permettre aux bib' d'assurer leur fonction de pierre angulaire dans l'alphabétisation, auprès de tous les usagers qui les fréquentent ? 

 

Les seules réponses apportées par l'éditeur relèvent pour le moment d'un certain flou : il n'y aurait pas de limites sur le prêt des ouvrages - contrairement à HarperCollins qui a décrété qu'après 26 prêts, il fallait racheter l'ebook. Par ailleurs, Hachette assure qu'il continuera de travailler avec les prestataires pour « étudier différentes options possibles et rendre les ebooks de HBG accessibles aux lecteurs dans ce monde numérique qui évolue rapidement ». 

 

« Nous sommes fatigués de ces demi-mesures hésitantes et plus encore, de ces éditeurs qui refusent de vendre des titres numériques aux bibliothèques. Aujourd'hui, j'ai demandé au groupe de travail Digital Content & Libraries de l'ALA de développer des stratégies et des approches plus agressives pour que les bibliothèques de notre pays puissent relever ces défis », riposte la présidente. Et de souligner que les bib' doivent pouvoir acheter à des prix raisonnables des oeuvres que des millions de lecteurs souhaiteraient se procurer, sans dépendre des élucubrations de groupes d'édition.

 

 

De l'aristocratie numérique, à la démocratisation de la lecture ? 

 

 

On se souviendra également qu'Arnaud Nourry, durant le Salon du livre de Paris, en mars dernier, expliquait à ActuaLitté que le prêt de livres numériques n'était pas la priorité de l'éditeur. « Ces lieux ont pour vocation d'offrir à des gens qui n'ont pas les moyens financiers, un accès subventionné par la collectivité, au livre. Nous sommes très attachés aux bibliothèques, qui sont des clients très importants pour nos éditeurs, particulièrement en littérature. Alors, il faut vous retourner la question : est-ce que les acheteurs d'iPad ont besoin qu'on les aide à se procurer des livres numériques gratuitement ? Je ne suis pas certain que cela corresponde à la mission des bibliothèques.

 

Par définition, me semble-t-il, les gens qui ont acheté un Kindle ou un iPad, ont un pouvoir d'achat, là où les gens qui sont les usagers de ces lieux en manquent. La position de Hachette aujourd'hui, c'est que l'on ne vend pas aux bibliothèques, pour éviter d'avoir ces prix très hauts, considérant qu'il n'y a pas encore de nécessité. On changera un jour, quand on aura trouvé les formules, il y'en a plein d'autres, comme la licence qui octroierait une utilisation durant six mois. Encore une fois, les bibliothèques sont essentielles dans l'économie du livre, mais il est tout aussi essentiel que les gens achètent des livres. Si on commence à donner un accès libre et quasiment gratuit au lecteur pour des versions numériques, alors que le marché est à peine en train d'émerger, on va tuer le marché. »

 

 

 

Peu après, Vincent Monadé, directeur du MOTif, avait souligné que cette approche reflétait « une vision aristocratique de la médiathèque, oubliant le rôle social des établissements. Je doute que tous les usagers aient accès à un appareil de lecture. Si Hachette disait que l'environnement juridique pour le prêt d'ebooks n'est pas encore stabilisé pour que l'éditeur s'y lance, la réponse serait plus compréhensible. Il existe un flou juridique qui empêche de prêter facilement des livres numériques, c'est évident ».

 

Mais en marge du Salon, plusieurs bibliothécaires nous ont rapporté leur colère. « Aristocratique ? Oui, mais pas simplement. C'est une vision utilitariste des bibliothèques qui est indécente. Est-ce que l'on empêche aux personnes qui ont acheté leur appartement d'accéder à des bibliothèques, sous prétexte qu'ils ont les moyens de s'acheter un logement, et donc les moyens financiers de s'acheter des livres ?

 

Monsieur Nourry se trompe lourdement : l'accès gratuit, en prêt, n'est pas une fin en soi. Les bibliothèques, ce sont des lieux sociaux, avant tout, et dans lesquels on peut accéder à des oeuvres, nombreuses, riches et variées. Et si les usages changent, alors il faut que nous puissions nous adapter, en permettant d'offrir les nouveaux formats. » (voir notre actualitté)

 

 

Mise à jour 17/09 : 

Interrogé sur ces différentes questions, Hachette Livre explique ne pas avoir à commenter les expérimentations de ses filiales. De même, impossible de savoir dans quelle mesure ces programmes-pilotes pourraient influer les décisions de la firme en France.

Sources : ALA , The Digital Shift , PaidContent

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