Le monde de l'édition > Bibliothèques > Actualité

Jouve et la BnF : une numérisation laborieuse, et plus encore

Des nouvelles des quais de Seine...

Par Nicolas Gary,Le mardi 07 février 2012 à 16:42:11 - 8 commentaires

Zoom moins Zoom plus Signaler erreur Imprimer Envoyer à un(e) ami(e)

12

Exclusif ActuaLitté : Les méandres de la numérisation à la BnF n'en firent plus. Alors que nous avions dévoilé les retards, dégradations et autres complications actuellement en cours, de nouvelles informations viennent compléter un tableau pas particulièrement joli-joli...

 

En effet, faisant suite à l'appel d'offres lancé par la BnF, la société Jouve a pris en charge la numérisation de 70.000 titres annuellement, pour un marché de trois ans (plus une année conditionnelle). Cependant, non seulement qualitativement, le résultat laissait à désirer, mais quantitativement, les termes du contrat, en volume d'ouvrages numérisés, étaient bien loin de ce que le marché avait défini. 

 

La semaine passée, la BnF n'avait pas trouvé grand-chose à répondre aux différents constats que nous pointions. Et même, il n'avait échappé à personne que la réponse de l'établissement semblait un étrange écho de celle que nous avait faite Jouve. 

 

« Le nouveau marché avec Jouve est très exigeant sur la qualité et la quantité de la numérisation. C'est pourquoi il prévoit un temps de montée en charge et de rodage important. La BnF fait confiance à Jouve pour régler les problèmes qui ont pu ou peuvent survenir dans un processus aussi complexe.Le soutien que Jouve apporte au Labo de la BnF est postérieur d'un an à l'attribution du marché de numérisation. Il est indépendant et sans incidence sur les exigences de ce marché », expliquait ainsi la BnF. (voir notre actualitté)

 

Oui, mais voilà pendant c'temps-là à la caserne...

 

ActuaLitté a pu recueillir de nouvelles informations, concernant la numérisation effectuée par Jouve, et notamment la question des oeuvres dégradées. « Dans ce processus de numérisation de masse, des ouvrages qui n'ont pas été manipulés depuis plusieurs décennies se retrouvent fortement sollicités lors du processus de capture ; ce qui peut entraîner des dégradations. Lors des premières semaines d'exploitation (fin novembre 2011), le taux de dégradation était en effet préoccupant. Aujourd'hui, le groupement Jouve/Safig/Diadeis a déjà réduit celle-ci à 20 % de la proportion initiale. Des comités de suivi sont en place avec la BnF pour améliorer encore ce processus. », nous avait précisé la société. 

 

 

Mais peut-être omettait-elle d'ajouter qu'elle ne disposait que d'un seul scanner à ouverture limitée, que l'on utilise justement pour des ouvrages sensibles - au contraire des scanners plats, qui permettent d'ouvrir bien grand le livre à numériser. Quid de l'équipement qui devait être assuré par le biais des 600.000 € d'avance perçus ? Nous avons questionné la société sur ce sujet et sommes en attente des réponses.

 

Sur le problème quantitatif, rappelons que nos sources évoquaient un réel problème de livraison, puisque seul 1 % des oeuvres envoyées en numérisation avait été complété. Sur ce point, Jouve soulignait : « Plus d'un million de pages ont déjà été numérisées et la montée en charge constatée actuellement permettra de respecter les engagements contractuels à la fin de l'année 2012. » Là encore, on ne sait pas si ce million de pages a été simplement numérisé ou si son traitement est entièrement achevé. Et qui plus est, le million en question était tout de même bien loin des dizaines de milliers de livres... 

 

« Aujourd'hui, on nous renvoie les caisses de livres que nous faisons parvenir à Jouve, sans même qu'elles aient été ouvertes », nous rapportent certaines sources. Un peu d'exagération, probablement, mais une manière claire de dire que, alors que nous devrions être entrés dans la pleine capacité de traitement et de numérisation que le prestataire devrait traiter, la BnF en est encore loin. 

 

Son Altesse Sérenissime

 

Ce qui est intéressant, c'est que plutôt que de dénoncer le contrat, comme il conviendrait de le faire, ou encore de faire valoir que la situation n'est pas convenable, ou encore que le marché public n'est pas honoré, la BnF préfère jouer à un tout autre jeu. En effet, vendredi dernier, selon nos sources, et finalement, au lendemain de la publication de notre article, la direction a diffusé une circulaire, pour tenter de démasquer ‘la taupe' qui nous a communiqué les informations.

 

Une riposte policière, sous la forme d'une enquête interne, voire répressive, là où il y aurait tout lieu d'agir en prenant ses responsabilités... Mais il ne faut pas s'y tromper, et surtout, que l'arbre ne cache pas la forêt. 

 

Revenons en effet au mois de juillet 2011 : à ce moment, la BnF annonce clairement qu'elle est à la recherche de partenaires privés pour assurer la numérisation de ses fonds. Et pour ce faire, Bruno Racine, son président, annonce qu'il souhaite créer une filiale, BnF Partenariats. En l'occurrence, cette société, puisqu'il s'agit bien de cela, fonctionnerait en Société par Action Simplifiée, ou SAS.

 

Celle-ci est destinée à recueillir les financements du programme national dans le cadre des investissements d'avenir, et par extension, du Grand Emprunt. Mais également des fonds privés. La CGT avait à l'époque demandé que soit retiré ce projet, mais rien n'y a fait. « Sur le plan politique, par le biais de la création de cette filiale, c'est bien un désengagement profond que l'État opère de manière brutale et irresponsable en confiant, notamment des pans entiers de missions de la BnF, à des entreprises privées via une filiale. À terme, le risque est bien de voir la filiale voler de ses « propres ailes » et de récupérer l'ensemble des fonds numérisés, ainsi que leur exploitation commerciale. Dans ce contexte, et à titre d'exemple, Gallica, l'actuelle bibliothèque numérique de la BnF, en consultation gratuite n'est-elle pas condamnée à dépérir ? »

 

Or, selon des informations encore non confirmées, après le mécénat, la société Jouve pourrait être intéressée par une prise de participation au capital. Ce qui, si les éléments obtenus par ActuaLitté s'avéraient justes, cela reviendrait à dire que Jouve serait alors actionnaire de la SAS. 

 

Rappelons que la SAS, dans son essence est une organisation qui jouit d'une très grande liberté, puisque ses statuts définissent son mode de fonctionnement interne - et que ce dernier exprime la volonté des associés. 

 

Chose intéressante, et qu'il faudrait questionner : se peut-il qu'un acteur impliqué comme mécène pour un espace défini, comme, mettons... le Labo BnF, mais également dans la numérisation d'oeuvres, avec les écueils aujourd'hui dévoilés, devienne également actionnaires d'une SAS, montée par l'établissement ? Et dans ce cas, ne serait-il pas plus facile de comprendre pourquoi la BnF tarde à dénoncer le contrat ?

 

Évidemment, ces suppositions nécessitent des pincettes, et ActuaLitté est en attente de diverses confirmations... 

 

Elles ne devraient pas tarder...

Pour approfondir



Réactions

Publié par www.louiselegy.com

 

Le problème est à chercher du côté du statut des salariés, recrutés en intérim pour des périodes n'excédant pas trois mois, un turnover permanent et probablement aucune formation pour la manipulation de tels ouvrages. Un bel exemple de culture bradée au nom de la rentabilité...

Écrit le 07/02/2012 à 17:22

Répondre | Alerter

Publié par Lecteursencolere

 

Ils font déjà du mauvais travail dans les eBooks privés où ils ont le temps, alors faut pas demander avec un tel volume et ouvrages délicat. Un beau marché public traité comme d'habitude, sans aucune compréhension du décisionnaire et sans réel contrôle de qualité du travail effectué.
Des tels ouvrages sont pourtant parfois interdit au grand public et ici on les confie au premier venu...

Écrit le 07/02/2012 à 18:13

Répondre | Alerter

Publié par Arnaud

 

Jouve ne remplit en rien son contrat, et les informations dotn vous diosposez sont exactes, à savoir que cette société serait en passe de participer en tant qu'actionnaire à la SAS en cours de constitution et dont le but, sous couvert de permettre la réalisation de chantiers de numérisation de masse des livres conservés à la BnF, est de remplir la panse des éditeurs pour qui une telle manne publique demeurant inaccessible était devenu insupportable. mais tout cela se fait dans la précipitation et le vrai visage de Jouve, quasiment en situation de monopole sur le marché de la numérisation apparaît au grand jour. Et le pire, croyez-moi, est encore à venir...Merci, au nom de tous les usagers et chercheurs qui voient leur outil de travail être délabré par ceux qui devraient plutôt le servir de poursuivre courageusement vos investigations, car, compte tenu des profits énormes escomptés, les pressions politiques doivent aller croissant. Un bel exemple de journalisme indépendant!

Écrit le 07/02/2012 à 18:23

Répondre | Alerter

Publié par louisf

 

D'accord avec Arnaud, merci pour vos investigations courageuses. Un peu de lumière apportée sur d'obscures motivations.

Écrit le 08/02/2012 à 11:53

Répondre | Alerter

Publié par Pauillac

 

Le site Gallica permet d'avoir les chiffres exactes sur le nombre de livres numérisés chaque année en modifiant un peu l'adresse URL d'une requête (vive les moteurs de recherche!!!).


Ci-dessous les chiffres depuis 2007  pour :

- les livres provenant de la BnF

- numérisé en mode image et text

- publié sur Gallica


2007 : 25290 livres (source)

2008 : 21695 livres (source)

2009 : 55621 livres (source)

2010 : 45133 livres (source)

2011 : 1102 livres (source) (première année du contrat Jouve)

2012 : 25 livres (source) (1 mois)

Écrit le 08/02/2012 à 16:26

Répondre | Alerter

Publié par Pauillac

en réponse à Pauillac  

les liens html passent pas donc voila en version brute les sources:

http://gallica.bnf.fr/Search?firstIndexationDateDebut=01%2F01%2F2007&firstIndexationDateFin=01%2F01%2F2008&nouveauxDocsSemaineOuMois=nouveauxDocsMois&tri=first_indexation_date*dec&ArianeWireIndex=index&adva=1&lang=FR&f_typedoc=livre&f_free_access=fayes&f_provenance=bnf.fr&p=1&f_nqamoyen=altoHQ


http://gallica.bnf.fr/Search?firstIndexationDateDebut=01%2F01%2F2008&firstIndexationDateFin=01%2F01%2F2009&nouveauxDocsSemaineOuMois=nouveauxDocsMois&tri=first_indexation_date*dec&ArianeWireIndex=index&adva=1&lang=FR&f_typedoc=livre&f_free_access=fayes&f_provenance=bnf.fr&p=1&f_nqamoyen=altoHQ

http://gallica.bnf.fr/Search?firstIndexationDateDebut=01%2F01%2F2009&firstIndexationDateFin=01%2F01%2F2010&nouveauxDocsSemaineOuMois=nouveauxDocsMois&tri=first_indexation_date*dec&ArianeWireIndex=index&adva=1&lang=FR&f_typedoc=livre&f_free_access=fayes&f_provenance=bnf.fr&p=1&f_nqamoyen=altoHQ

http://gallica.bnf.fr/Search?firstIndexationDateDebut=01%2F01%2F2010&firstIndexationDateFin=01%2F01%2F2011&nouveauxDocsSemaineOuMois=nouveauxDocsMois&tri=first_indexation_date*dec&ArianeWireIndex=index&adva=1&lang=FR&f_typedoc=livre&f_free_access=fayes&f_provenance=bnf.fr&p=1&f_nqamoyen=altoHQ

http://gallica.bnf.fr/Search?firstIndexationDateDebut=01%2F01%2F2011&firstIndexationDateFin=01%2F01%2F2012&nouveauxDocsSemaineOuMois=nouveauxDocsMois&tri=first_indexation_date*dec&ArianeWireIndex=index&adva=1&lang=FR&f_typedoc=livre&f_free_access=fayes&f_provenance=bnf.fr&p=1&f_nqamoyen=altoHQ

http://gallica.bnf.fr/Search?firstIndexationDateDebut=01%2F01%2F2012&firstIndexationDateFin=08%2F02%2F2012&nouveauxDocsSemaineOuMois=nouveauxDocsMois&tri=first_indexation_date*dec&ArianeWireIndex=index&adva=1&lang=FR&f_typedoc=livre&f_free_access=fayes&f_provenance=bnf.fr&p=1&f_nqamoyen=altoHQ

Écrit le 08/02/2012 à 17:24

Répondre | Alerter

Publié par Arnaud

en réponse à Pauillac  

Edifiant!

Écrit le 10/02/2012 à 11:51

Répondre | Alerter

Publié par Reisman

 

Comment peut on être leader avec un bilan si mitigé ?

Écrit le 24/02/2012 à 19:23

Répondre | Alerter

 

Publier un commentaire

 

publier mon commentaire

Suivez-nous

Désinscription

Les blogs de la rédaction

L'Académie Balzac et chapitre.com, Partenaires à la recherche de nouveaux auteurs

« L'édition oublie qu'elle doit tout aux auteurs et elle laisse les nouveaux partir chez Amazon Publishing. Il est...

Et maintenant, une page de publicité : « Spot », 35ème nouvelle du Projet Bradbury

La publicité fait, qu'on le veuille ou non (en général, c'est plutôt "ou non"), partie intégrante de...

Pourquoi écrivez-vous, Olivia Elkaim ?

  . Olivia Elkaim est l'auteur de trois romans : Les Graffitis de Chambord (Grasset, 2008), Les Oiseaux noirs de...

Livre numérique gratuit

Sondage

Les éditeurs et la promotion des livres : paroles d'auteur

 

 

 

 

 

 

 

Voir les résultats

 

© 2007 - 2014 - actualitté.com