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Le service de prêt numérique inquiète plus que jamais

auteurs et éditeurs se méfient tandis que les bibliothèques espèrent

Par Ania Vercasson,Le mercredi 21 novembre 2012 à 12:37:49 - 1 commentaire

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Fin septembre, le gouvernement britannique annonçait un plan de transformation des bibliothèques du Royaume-Uni, par une approche favorisant et développant les nouvelles technologies, comme le système de prêt numérique (e-lending). « De la même manière que les lecteurs ebook ont transformé la façon dont les gens ont accès aux livres, le prêt numérique pourrait aider à transformer la façon dont les gens fréquentent les bibliothèques », avait déclaré Ed Vaizey, ministre de la Culture. 

 

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leo renolds CC BY-NC-SA 2.0

 

 

Immédiatement, concernés par le possible impact qu'un prêt numérique pourrait avoir sur le marché du livre et sur le revenu des auteurs, les éditeurs s'étaient inquiétés des risques de piratage, soutenus par les libraires, qui redoutaient des pertes de ventes. Aujourd'hui, 71 % des bibliothèques en Angleterre ont introduit ou prévu d'introduire ce système de prêt numérique à la fin de l'année 2012, selon CILIP, et 57% en Ecosse.

 

 L'e-lending comme solution à la fréquentation…

 

Les bibliothèques du Royaume-Uni connaissent des jours sombres, suite à de multiples coupes budgétaires, pour un montant de 122 millions £. Avec les fermetures successives, les emplois perdus remplacés par des postes bénévoles, le prêt numérique serait considéré comme l'une des solutions pour attirer de nouveaux lecteurs dans ces structures de moins en moins fréquentées. De plus, ce système offrirait un prêt à distance pour les personnes dans l'incapacité de se déplacer… ou pour celles qui, justement, ne désirent plus se déplacer jusqu'à une bibliothèque.

 

Le prêt numérique permet une utilisation simple aux utilisateurs désireux de repartir avec un ebook : il suffit de télécharger via Wi-Fi, en ligne, par le biais d'une application, son livre. Actuellement, le nombre d'ebooks empruntés s'est haussé de 169 071 en 2010 à 576 125, au mois de novembre 2012. Un score néanmoins minime si on le compare aux 300,2 millions de livres physiques empruntés en 2010/11.

 

… un service que les éditeurs peuvent faire payer

 

En supposant que la bibliothèque de proximité ne soit pas fermée ni en cours de fermeture, les utilisateurs qui s'y rendent pour emprunter un ebook peuvent rencontrer quelques difficultés. Car même s'il est possible d'emprunter un livre numérique dans la plupart des établissements, celui-ci est susceptible de ne pas être fourni par la bibliothèque elle-même, mais par une société comme OverDrive. Le choix des titres peut alors être limité en fonction de l'attitude de chaque éditeur par rapport au système e-lending.

 

De plus, une loi, the Public Lending Right, qui permet de reverser un revenu à chaque auteur emprunté, n'a pas été étendue aux prêts numériques. De son côté, l'e-commerce considère l'e-lending comme un service numérique, ce qui signifie que les éditeurs détiennent le droit de faire payer l'établissement, chaque fois qu'un ebook est emprunté.

 

Des limites à l'e-lending

 

Pour Philip Bradley, président du CILIP, il y a des limites à ce que le prêt numérique peut apporter. Le système étant encore à un « stade très précoce », il « n'existe aucune approche normalisée ». D'autant plus qu'il est en perpétuelle évolution, même si les éditeurs mettent un frein à cette révolution : « Ils sont préoccupés, car ils ont contrôlé pendant un temps l'environnement physique, et maintenant ils doivent changer ». Selon Philip Bradley, les éditeurs qui « se méfient » doivent comprendre que « les gens qui lisent plus de livres numériques, achetent plus de livres numériques et plus de livres physiques ». Retours aux vieux débats qui animaient la création des bibliothèques et des vidéothèques…

 

« Les éditeurs ne sont pas responsables de la lenteur du système de prêt numérique », tient à souligner Mollet directeur général de Publisher's Association. « En fait, nous travaillons en étroite collaboration avec les bibliothèques afin d'essayer de créer un modèle de prêt numérique qui fasse qu'il y aura toujours une industrie de l'édition, d'une année à l'autre. Nous avons des inquiétudes très fortes, en ce sens que s'il devient plus facile d'emprunter des livres gratuitement que de les acheter, alors les gens vont aller vers l'option gratuite ».

 

Un prêt numérique, pour quelle demande ?

 

Les capacités technologiques des bibliothèques varient beaucoup, et personne ne sait vraiment encore quelle demande réelle existe quant à ce service proposé. Et, comme ce système nécessite des investissements, de nombreuses bibliothèques ont décidé de limiter le prêt numérique. « Après tout, les livres électroniques ne valent que 13 % de l'ensemble du marché », déclare Mollet.  

 

« Alors que nous travaillons avec près de la moitié des réseaux de bibliothèques publiques au Royaume-Uni, la pression budgétaire sur ces bibliothèques a fait que les collections de livres numériques restent modestes, souvent avec seulement quelques milliers de titres », annonce David Burleigh, PDG de OverDrive. Des améliorations sont également à apporter selon David Burleigh, notamment par rapport au prêt, pour le moment, unique de l'ebook (un utilisateur à la fois), coinçant les lecteurs dans une longue et vaine liste d'attente.

 

L'un des changements majeurs sera amené par les éditeurs, lorsque ceux-ci considéreront enfin le prêt comme un atout.

 

« Un optimisme qui persiste »

 

Pour Stephen Cave, auteur, « la vie sans bibliothèque est impensable » et «  le prêt numérique doit faire partie d'une des réponses des bibliothèques face à la révolution numérique ». La crainte majeure des acteurs du livre est, qu'à la différence des livres physiques qui ne sont disponibles qu'en une ou deux copies dans les bibliothèques, les ebooks peuvent être multipliés assez facilement. « Mon dernier livre, L'Immortalité, m'a pris trois ans à plein temps, pour la recherche et l'écriture. Un projet comme ça, ce n'est tout simplement pas possible, à moins que les écrivains soient suffisamment récompensés ».

 

Heureusement, une pensée optimiste perce la vision plutôt obscure de l'écrivain : « Toutefois, si les bibliothèques invitent les gens à apprécier et évaluer les livres, ça doit être bon pour les auteurs ».

 

Quoi qu'il en soit, le prêt numérique ne constitue qu'une partie des ressources des bibliothèques. Seul bémol, la sortie, sur Kindle, de la bibliothèque personnelle d'Amazon qui offre un système e-lending, au Royaume-Uni, dès la fin du mois.

 

Sources : Publishing Perspectives , Public Service.co.uk , The Bookseller

Pour approfondir



Réactions

Publié par @lemaire_alex

 

Eh oui, il n'y a pas qu'en France que les éditeurs craignent que le prêt n'entraîne une diminution des ventes... alors que toutes les études montrent que c'est l'inverse !
Sur un sujet connexe, j'ai récemment publié un billet sur Lettres numériques : http://goo.gl/IQ908

Écrit le 21/11/2012 à 22:26

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