Le monde de l'édition > Bibliothèques > Actualité

Les bibliothèques vont-elles devenir obsolètes ?

Entre les étagères se profile... un désert ?

Par Ania Vercasson,Le mercredi 22 août 2012 à 07:52:40 - 3 commentaires

Zoom moins Zoom plus Signaler erreur Imprimer Envoyer à un(e) ami(e)

12

Les très utiles bibliothèques de recherche grand public que nous connaissons aujourd'hui, c'est à la France que nous les devons pour la première fois à la fin du XIXe siècle. La production industrialisée de livres a exigé des installations de stockage et de lecture, et c'est Henri Labrouste qui commença à en construire deux à Paris : la Bibliothèque Sainte-Geneviève et la Bibliothèque nationale. Évidemment, à l'ère du numérique qui ne cesse d'inquiéter incontestablement les gardiens de livres papiers et férus de tout ce qui peut graviter autour de l'activité livre-objet, on se questionne aussi sur l'avenir des bibliothèques.

 

Metropolismag rapporte une anecdote de la New York Public Library (NYPL) qui en dira finalement long sur les inquiétudes ou les certitudes qui concernent le monde des bibliothèques, de leurs utilités et de leur survie. L'année dernière, la NYPL a retiré son système de tube pneumatique qui était utilisé depuis 1911. Grâce à des bandes transporteuses et à des ascenseurs automatiques (ou monte-charge), l'ancien système, une sorte de petit chemin de fer, permettait un accès aux livres demandés via bordereau une vingtaine de minutes après. C'est un peu le même système que nous retrouvons d'ailleurs à la Bibliothèque Sainte-Geneviève, à Paris.

 

 

 

Établissements en fin de parcours ?

 

La perte nostalgique de cette identité historique, couplée à une restructuration de la bibliothèque qui envisage le déplacement d'une grande partie de ses collections au stockage à distance, a soulevé des questions sur l'avenir même (incertain) de l'ouvrage et du mot imprimé en général. Le numérique, perçu comme une technologie innovante qui change le paysage du monde du livre et la façon dont nous consommons l'information, est également une source de changement à envisager concernant la conception des bibliothèques.

 

 « Un grand nombre d'hypothèses de bases sur ce qu'est une bibliothèque devrait être posé sur la table d'une façon qui ne l'a pas été depuis l'industrialisation de l'impression », explique Jeffrey T. Schnapp, directeur de MetaLab à Harvard.

 

Le livre-objet, qui définit depuis si longtemps la bibliothèque, pourrait ne plus être leur objectif principal. Le contenu étant de plus en plus numérisé, pourquoi ne pas se demander, en effet, si la bibliothèque est encore un type de bâtiment viable pour l'avenir. « Mon sentiment est que la plupart des bibliothèques cesseront d'exister », explique David Bell, professeur au Département d'Histoire de Princeton. « Les gens qui aiment le livre physique verront cela comme l'un des grands moments de l'histoire de la barbarie ».

 

Certains d'envisager le remplacement des petites bibliothèques d'écoles secondaires par des postes de travail électroniques.

 

Les bibliothèques comme espace communautaire

 

Mais les bibliothèques demeurent des endroits vitaux, et beaucoup d'entre elles sont plus que jamais bondées. « De plus en plus, les gens peuvent utiliser ce matériel [l'imprimé, NdR] partout où ils veulent, ce qui signifie qu'ils viennent à la bibliothèque pour d'autres besoins », explique Jim Neal, vice-président des services d'information et bibliothécaire universitaire à l'Université de Columbia. «Ils viennent pour étudier. Ils viennent travailler ensemble. Ils viennent utiliser la technologie qu'ils ne peuvent pas transporter. Ils viennent ici pour consulter des experts, consulter des ouvrages universitaires, discuter avec des bibliothécaires ».

 

« Les bibliothèques sont les nouvelles cathédrales de notre société », ajoute l'architecte Bing Thom, dont la nouvelle bibliothèque publique de Surrey, British Colombia, en banlieue de Vancouver, a été conçue comme un espace d'engagement communautaire. « Les gens vivent dans des espaces de plus en plus petits, de sorte que la bibliothèque devient le lieu pour s'échapper de la socialisation, de la solitude, le lieu où reprendre son souffle. C'est le dernier espace dans la société qui est gratuit. Même pour les sans-abri. Il y a un sens de la démocratie, c'est un espace commun que nous partageons tous ».

 

Bibliothèque sans livre, une crainte actuelle pour la recherche

 

Il est difficile de prédire la technologie ou de savoir comment nous allons vivre dans les années à venir. Mais loin de voir les bibliothèques disparaître, l'important dans les années à venir sera de considérer la façon dont les bibliothèques peuvent gérer l'équilibre entre les ressources numériques et physiques.

 

Un point qui permettra sans doute de mieux organiser les nouvelles bibliothèques sans livre qui fleurissent aux États-Unis pour un souci d'espace, de stockage et modernisation des locaux. Pour Anthony Marx, le président de NYPL, « la bibliothèque n'est pas prête de sortir de l'industrie du livre ». Et même si la structure délocalise certains de ces ouvrages, « les livres stockés hors sites seraient disponibles dans les 24 h ».

 

Ces propos n'ont bien évidemment pas apaisé les craintes des utilisateurs et chercheurs du péril de la mission de base d'une bibliothèque : la recherche et la lecture sur place. Pour les écrivains et les universitaires, l'idée d'une bibliothèque sans livre est quelque chose de plus qu'un simple inconvénient.

 

La fin des temps, ou d'un temps ?

 

« C'est un désastre pour la recherche », selon Andrew Abbott, sociologue à l'Université de Chicago, qui a étudié l'utilisation de la bibliothèque. « Vous ne pouvez pas vraiment faire de la recherche de pointe, lorsque, une douzaine de fois par jour, vous allez devoir attendre jusqu'au lendemain pour obtenir quelque chose. C'est comme les singes se balançant à travers les arbres. Lorsque vous balancez de liane en liane, et que vous tendez la main pour la prochaine branche, et qu'il n'y en a pas là, vous tombez. C'est comme le stockage hors site. Vous ne pouvez pas faire de la recherche de cette façon ».

 

 

Pour approfondir



Réactions

Publié par TheSFreader

 

C'est là que le numérique pourrait avoir un rôle à jouer, bien entendu dans les cas où un accès à l'exemplaire papier n'est pas impératif, et sous réserve de redondances et copies multiples poour préservation culturelle long terme.

Restent également les problèmes des coûts de numérisation qui ne doivent pas entraver l'accès gratuit au patrimoine culturel des éléments élevés au domaine public...

Écrit le 22/08/2012 à 09:31

Répondre | Alerter

Publié par M.

 

C'est bien d'une traduction de cet article de Mark Lamster dont il s'agit ? http://www.metropolismag.com/story/20120720/still-here

Si oui,merci de le signaler!

Écrit le 22/08/2012 à 16:41

Répondre | Alerter

Publié par clément solym

 

oui, c'est bien une reprise de l'information du magazine.
Depuis le début, la source est indiquée en début d'article
"Metropolismag rapporte une anecdote de la New York Public Library (NYPL)"

vous l'aviez raté ?

Écrit le 22/08/2012 à 18:03

Répondre | Alerter

 

Publier un commentaire

 

publier mon commentaire

Suivez-nous

Désinscription

Les blogs de la rédaction

La blancheur qu'on croyait éternelle, Virginie Carton

Présentation de l'éditeur : Mathilde aimerait bien devenir chocolatière mais elle est trop diplômée pour ça. Elle ne...

Dessins littéraires

Croquis de mémoire définit bien les textes de Jean Cau de ce volume : ce sont des souvenirs esquissés, sans souci de date ou...

Dessins littéraires

Croquis de mémoire définit bien les textes de Jean Cau de ce volume : ce sont des souvenirs esquissés, sans souci de date, de...

Sondage

Les éditeurs et la promotion des livres : paroles d'auteur

 

 

 

 

 

 

 

Voir les résultats

 

© 2007 - 2014 - actualitté.com