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De Paris à San Francisco sur un ebook

Pas facile, mais cela valait le voyage

Le mardi 22 janvier 2013 à 08:58:20 - 0 commentaire

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Douze ans d'aventures pour écrire quelques livres, à savoir des ebooks sur l'ebook (à la fois le livre numérique et la machine). Cent personnes interviewées. Un budget nul. Et enfin ces quelques lignes dans ActuaLitté, en guise de conclusion.

 

 

internet down :(

Internet, de kirk lau, (CC BY-NC 2.0)

 

 

Tout a débuté par un doctorat à la Sorbonne, que la Sorbonne a enregistré comme De l'imprimerie à Internet mais dont le titre était en fait De l'imprimé à Internet. L'internet n'avait pas encore son article ni sa minuscule, mais n'allait pas tarder à devenir un nom commun. Nous étions en l'an 2000.

 

Non, en fait, tout avait débuté deux ans plus tôt par quelques entretiens avec des professionnels du livre un peu partout sur la planète - en francophonie bien sûr, mais aussi dans le monde anglophone. Bibliothécaires, libraires, éditeurs, auteurs, journalistes, enseignants, chercheurs, linguistes, etc. Certains sont devenus des amis. D'autres ont monté des projets ensemble. L'internet et le livre numérique déboulaient sur la planète, suscitant enthousiasme ou panique.

 

Grâce à Olivier Bogros, bibliothécaire bien connu, qui a joué les intermédiaires, j'ai pu publier cette série d'entretiens sur le NEF (Net des études françaises), un réseau créé par Russon Wooldridge, professeur à l'Université de Toronto, que j'ai interviewé aussi. Le projet s'est poursuivi sur le NEF au fil des ans, sous forme d'articles, de dossiers, de livres numériques et d'un dictionnaire.

 

La question que les gens me posent, surtout en Amérique du Nord, est : « Quel était votre budget de recherche ? ». Ma réponse est toujours honnête : « Zéro dollars », et ce n'est pas faute d'avoir cherché. J'ai parcouru la France, l'Europe, l'Amérique et le monde entier (virtuellement pour ce dernier) sans succès.

 

Olivier et Russon ne juraient que par le bénévolat, puisque chacun dispose d'un bon salaire. Les autres membres du NEF aussi. Beaucoup ont pensé que mon projet était financé par le NEF, mais cela n'a jamais été le cas. Le NEF mettait en ligne les fichiers - nouveaux ou actualisés - que je lui envoyais par courriel.

 

Faute de mieux, j'auto-finançais ce projet avec des travaux de traduction. Pas facile, sinon difficile, mais j'étais motivée, les personnes que j'interviewais aussi, c'était la belle époque de l'internet où tout était possible, y compris pour les gens fauchés.

 

Puisqu'il s'agissait d'un projet global par-delà les frontières, j'ai non seulement mené ce projet en français mais aussi en anglais et en espagnol, en évitant le jargon universitaire cher à nos édiles et en utilisant un style simple voire journalistique (terme d'un professeur de la Sorbonne que j'ai pris pour un compliment).

 

Bien entendu, je rémunérais les personnes qui corrigeaient mon anglais passable (qui s'est nettement amélioré depuis) et mon espagnol passable (en cours d'amélioration). Pour ma part, je ne crois pas aux vertus du bénévolat. Tout travail mérite salaire, même modeste. Un échange de services est également possible.

 

J'ai obtenu une carte verte (par mes propres moyens) et j'ai vécu quelques années assez fantastiques à San Francisco. Je rencontrais les gens qui faisaient vraiment des choses, et ne se contentaient pas d'en parler : sites gratuits pour lire et étudier sans problème de budget, y compris en pleine campagne ou cloué sur un lit ; bibliothèques entières à moindres frais dans les zones pauvres, que celles-ci soient dans un pays (dit) développé ou dans un pays en développement ; accès au livre pour les personnes aveugles et malvoyantes, c'est-à-dire tous les livres, et non 5% seulement comme par le passé. Trois types de projets parmi tant d'autres, moins médiatiques qu'Amazon ou la Fnac peut-être, mais ô combien utiles. 

 

J'ai continué à chercher des financements, sans plus de succès. Un professeur de l'université de Berkeley (Californie) m'a qualifiée d'exotique et m'a conseillé d'explorer les possibilités en Louisiane (?). Pas de chance, c'est à San Francisco que je voulais être. À l'époque, tout se passait à SF (initiales de San Francisco, mais aussi de science-fiction) et dans la Silicon Valley. (Maintenant, tout se passe à Paris.)

 

Il n'est pas utile d'être Robert Langdon (héros de Dan Brown) pour avoir une vie de chercheuse mouvementée.

 

J'ai vu le premier ebook (machine) du marché, le Rocket eBook de NuvoMedia, qui sortait des éprouvettes d'un bâtiment modeste de Palo Alto, au cœur de la Silicon Valley. 

 

J'ai travaillé sur le premier netbook du marché, qui était le premier Eee PC d'Asus, vendu en quelques heures à San Francisco et qu'une vendeuse m'avait caché dans un placard parce que j'étais en retard. Son prix défiait toute concurrence à l'époque – 300 dollars je crois. Il était donc en phase parfaite avec mon modeste budget.

 

Je vivais dans le quartier latino avec un groupe de bikers, ce qui me permettait d'avoir un loyer abordable, et poussais les pièces de moto de la table commune lorsque je voulais utiliser mon netbook. Lorsque le nombre de décibels dépassait les bornes, j'allais travailler dans mon café préféré ou tout simplement dehors, grâce aux hotspots wifi peuplant la ville.

 

Lorsque nous avions faim, il suffisait de tendre la main – et quelques dollars – pour avoir des burritos et autres tacos, végétariens ou non, accompagnés d'un thé ou d'une bière mexicaine, selon l'heure.

 

Contrairement à Robert Langdon, chercheur à Harvard avec le salaire qui s'ensuit, je vivais de peu, et n'ai pas eu besoin d'élucider des meurtres pour rencontrer quelques personnes des plus passionnantes. J'ai eu la chance d'interviewer Jean-Paul, auteur hypermédia explorant de nouveaux territoires virtuels, ou encore Nicolas Pewny, éditeur et consultant en édition électronique, ou encore Henk Slettenhaar, professeur en technologies de l'information. Trois personnes parmi tant d'autres.

 

J'ai eu également la chance de voir l'un de mes ebooks se muer en un beau PDF interactif illustré, grâce à Marc Autret, avec lecture sur trois niveaux, une expérience jusque-là inédite. J'ai eu la chance de travailler avec Anna Álvarez et Alicia Simmross pour mes ebooks en espagnol.

 

Le NEF ne jouant guère son rôle de réseau et se limitant à un rôle d'archive ouverte, j'ai fait mes adieux avant l'épuisement total. Croyant bien faire, Olivier Bogros m'incitait encore à poursuivre (neuf ans ne suffisaient-ils donc pas ?) - sans pour autant me proposer son aide - mais la réponse fut négative, la persévérance ayant ses limites.

 

Les gens du Projet Gutenberg m'ont alors tendu la main (merci, Michael Hart ; merci, Al Haines), et je ne les remercierai jamais assez. ActuaLitté aussi d'ailleurs (merci, Nicolas Gary), qui a commencé à publier mes articles.

 

Pour les livres, plus besoin d'encoder des dizaines de pages en HTML. J'envoyais les fichiers à Al Haines au format texte, et ils ressortaient en divers formats. Le rêve. D'autres bibliothèques ont pu se servir (c'était le but) et tout le monde pouvait (et peut toujours) les télécharger sur un ordinateur, un smartphone ou une tablette.

 

Comme nous le savons (presque) tous, la diffusion libre du savoir requiert absolument un financement à l'amont. Le volontariat correspondait à une époque - le début des années 2000 - où l'on démarrait ses projets comme bénévole tout en cherchant des financements. « Moins de la moitié du web est commercial, le reste fonctionne avec la passion », écrivait le magazine Wired en août 2005.

 

Les chercheurs doivent bien entendu être payés, tout comme les auteurs, les journalistes et les traducteurs. Si nous sommes de plus en plus nombreux à mettre nos écrits à la disposition de tous, grâce au fantastique outil de diffusion qu'est l'internet, nous avons tout autant besoin de gagner notre vie.

 

Douze ans après mon passage à la Sorbonne, ce projet de recherche est maintenant terminé. J'ai annoncé sa fin de multiples fois. Cette fois-ci est la bonne. A bientôt donc pour de nouvelles aventures (avec financement).

 

Pour en savoir plus

Pour approfondir

photo Lebert Marie

   

Journaliste "nomade" des technologies pour le livre et les langues. Quelques années à San Francisco. En Europe pour le moment. http://marielebert.wordpress.com/

 

Mots clés :
recherche - bibliothèques - livre numérique - plurilingue



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