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Éditorial : En lisant, en écrivant, en regardant un film

De la télévision et des rediffusions de film comme source inopinée d'inspiration pour un éditorial nocturne...

Par Nicolas,Le lundi 03 mars 2008 à 09:00:00 - 0 commentaire

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Grad Tripp est professeur de littérature et ne touche pas une somme mirobolante pour les cours qu'il dispense. Il a aussi caressé le succès avec un livre publié voilà sept ans, La fille de l'incendiaire. Une bonne fortune qui lui aura coûté plus que cher : depuis, il s'acharne sur un roman qui grossit à vue d'oeil et dont la fin s'éloigne au gré des pages.

À l'occasion d'une cérémonie organisée par l'université (la World quelque chose...), son éditeur et ami, Terry Crabtree le rejoint à Pittsburgh, ville où le professeur enseigne. Il vient prendre la température de ce livre façonné avec passion, et si méticuleusement. Car voilà, les choses ne vont pas bien pour lui. Le métier est difficile et manifestement, il aurait tout intérêt à ce que Terry publie rapidement.

Entre les deux hommes s'immisce un étudiant, James Leer. Talentueux, imaginatif jusqu'à la mythomanie aiguë, l'élève voue au maître une admiration sans borne, mais le rêve se heurte violemment à la réalité, à la page blanche couverte de signes indéchiffrables. Noyée sous l'absence de choix, de sens. Bref, le motif est recouvert par les détails, qui font oublier jusqu'au thème.

Non, ne cherchez pas, vous connaissez bel et bien cette histoire. Pour ne rien vous cacher, elle a été diffusée hier soir à une heure indue, et au terme de laquelle il a bien fallu empoigner le clavier pour cet édito. Le film dont je vous trace brièvement le synopsis s'intitule Wonder boy, il est sorti en France en 2001 et Curtis Hanson écopa de la lourde responsabilité de le réaliser.

Sans crier au chef d'oeuvre, je rendrai à César ce que Cléopâtre lui a fauché : il m'a tenu éveillé jusqu'à la fin. Approximativement 1h30, mais mon horloge a des ratés.

On y retrouve d'humbles acteurs, comme Michael Douglas, Tobey Maguire, Katie Holmes (la délicieuse...) ou Robert Downey Jr. Chacun apporte son (f)lot d'émotions au film, ils jouent bien, la comédie est suffisamment tragique pour que l'ensemble ait de la gueule. Bref, ce film est bon.

  Mais il séduit parce qu'il parle des livres, de la relation du créateur à son histoire, et de sa vie d'homme qui écrit. Homo scribendus, si l'on peut dire. On oublie assez vite en tournant les pages d'une oeuvre qui nous passionne, les heures d'angoisse de l'auteur qui a patiemment sculpté son marbre. Durant nos critiques, il nous arrive de montrer un brin de mécontentement, et comment ne pas toucher la personne qui a rédigé, celle qui était derrière la machine pour aligner les lettres.

Je me souviens d'une réflexion faite par un de mes employeurs : « Tous ces mots dans les livres, on les connaît, mais pas forcément mis dans ce sens ! » (Je tiens à disposition pour les linguistes désireux de se rapprocher de l'auteur d'une pensée si profonde, ses coordonnées).

En cette période abondante de livres électroniques, la pléthore de possibilité d'éditer son livre sans passer par le truchement des éditeurs, en s'auto-publiant sur le net, ou en passant par des maisons dont le métier est d'offrir le plaisir du livre si vous payez les frais (exorbitants) inhérents à la production. Le vieux journaliste harassé par une vie de calvaire et d'information se permettra tout de même un conseil : épargnez-vous cet écueil. Mais peu importe. Notre époque permet en effet la diffusion vaste, immense du livre, et les outils électroniques dont nous vous parlons de temps à autre favorisent également le transport des livres, sans jamais procurer le plaisir de la page tournée.

Pourtant, jamais le livre ne sera plus important qu'aujourd'hui. Et moins que demain encore.

  Au cours du film, le professeur Grady désabusé et passablement sous influence (entendez qu'il consomme tout de même un bon paquet d'herbes provinciales au cours du film) avoue, dans un grand moment de désespoir : « Les bouquins, ça n'a plus de sens. Tout ça, c'est mort... » Il se trompe. Et il le sait au plus profond de lui-même.

Il aurait dû dire : « Les bouquins, c'est là tout le sens. Tout ça, c'est le sens même. » Celui de la vie, celui du plaisir de lire. Celui de tenir une histoire et de la raconter.

Excellent début de journée.

Sources : , , ,

Pour approfondir

Mots clés :
Wonder - boy - écrivain - roman



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