Zone 51 > Chez Wam > Actualité

Éditorial : J'y vais, mais j'ai peur...

Où comment l'angoisse terrifiante d'ouvrir un nouveau livre s'est emparée de votre serviteur, au point qu'il n'a pas ouvert ledit livre...

Par Nicolas,Le lundi 11 février 2008 à 09:00:00 - 0 commentaire

Zoom moins Zoom plus Signaler erreur Imprimer Envoyer à un(e) ami(e)

12

Nan. Je veux pas. Pas question. D'ailleurs, la couverture me flanque les pétoches. Si, je vous assure. Ça doit être le relief des lettres dans le titre. Ou les couleurs agressives. On n’a pas idée d’assembler des couleurs pareilles. À moins que l’on ne veuille rendre aveugle le critique qui s’y attelle. Ou alors, elles provoquent des phosphènes qui détruisent le cerveau et créent des hallucinations.

Si je détourne mon attention cinq secondes, je sens que les pages vont me mordre. Comment un livre ne peut pas mordre ? Vous dites ça parce que jamais vous ne l’avez entendu dire, n’est-ce pas ? Mais si un de vos bouquins vous avez mordu, vous l’auriez crié sur les toits peut-être ? On le tait comme une honte profonde…

Je veux rien savoir, de toute façon, je fais ce que je veux, et celui-ci je le commencerai pas. Je sais pourtant que la critique doit paraître dans deux jours. Mais j’ai pas envie, voilà, c’est ainsi. Ce livre me fait peur. La trouille, les pétoches, je flippe. Je veux pas !

Puis il est gros. Trop. Les pages sont trop grandes. La police est trop petite. Il fait trop chaud. Et ce titre ne me revient pas. Avec ses consonances bizarres qui n’en finissent pas, ça ressemble à une invocation maléfique. Du genre que l’on prononce trois fois devant un miroir avant de se faire embrocher avec une esse de boucher zombie, fraîchement revenu d’entre les morts…

Et le nom de l’auteur… Sûr et certain qu’il s’agit du tueur en série qui officie actuellement dans la région de Bourg-en-Bresse. Si ! Celui qui s’attaque aux vaches, les égorge et se fait des paillassons avec leurs cornes. Peut-être qu’il a mis une puce sur chacun de ses livres et qu’il suit les lecteurs avec un radar. Dès qu’on commence son livre, il vous traque et vous fait subir le même sort qu’aux vaches quand vous l’avez fini.

Comment ça, je délire ? Vous êtes probablement de mèche avec lui… Oui, ce ne peut être que ça. D’ailleurs, j’ai bien remarqué que votre regard obséquieux me dévisage étrangement. Qu’adviendra-t-il si je décolle la première de couverture et plonge entre les lignes ? La noyade ? L’asphyxie ? La neurasthénie ? Pourquoi vous montrez-vous si empressé que j’entame cette lecture ? Suis-je le goûteur qui essaye la nourriture et dont on scrute la moindre réaction, dans l’espoir qu’il ne s’agite pas de spasmes, sous l’effet d’un poison hautement toxique ?

Je distingue clairement votre bouche entrouverte, béate d’attente, retenue par la frayeur d’une lecture indigeste. Voire mortelle… Si un livre ne mord pas – ce qui reste à prouver – du moins peut-il assommer.

Et ce bouquin me filer les chocottes. N’insistez pas je ne le commencerai pas.

Parce que je sais ce que je vais y trouver en fait. Ce n’est pas tant que ces simagrées me plaisent. Et elles ne me trompent pas moi-même. À vrai dire, elles me distraient suffisamment pour reculer l’échéance. Mais c’est sans rémission. J’y couperai pas. Va falloir le lire, je sais qu’il sera mauvais, que je vais y perdre mon temps.

Alors pour égayer un peu tout ça, je m’imaginerais volontiers une légende vaudou, un rituel sacrificiel inca ou n’importe quoi d’exotique pour m’épargner les heures incompressibles de lecture. Et une fois achevées, restera encore à écrire que j’ai pas réussi à en dégoter une ligne potable… Oh, rassurez-vous, je parle d’un livre. Pas d’un de ceux que l’on vous présentera cette semaine.

Je parle du livre qu’on vous a obligé à lire durant le collège ou plus tard au lycée (« Si, c’est un classique ! »). Je parle du livre que vos parents vous ont imposé (« Si, c’est pour ton bien ! »). Je parle du livre lu pour faire plaisir à un ami qui l’avait conseillé (« Si, tu verras, c’est génial ! »). Je parle de tous ces livres qui, avant même que d’être ouverts, réclamaient la mort, le recyclage ou la combustion.

Si un livre ne peut pas mordre, vous pensez qu’il peut avoir envie de se suicider ?

Sources : , , ,

Pour approfondir

Mots clés :
peur - livres - envie - lire



Publier un commentaire

 

publier mon commentaire

Suivez-nous

Désinscription

Les blogs de la rédaction

L'Académie Balzac et chapitre.com, Partenaires à la recherche de nouveaux auteurs

« L'édition oublie qu'elle doit tout aux auteurs et elle laisse les nouveaux partir chez Amazon Publishing. Il est...

Et maintenant, une page de publicité : « Spot », 35ème nouvelle du Projet Bradbury

La publicité fait, qu'on le veuille ou non (en général, c'est plutôt "ou non"), partie intégrante de...

Pourquoi écrivez-vous, Olivia Elkaim ?

  . Olivia Elkaim est l'auteur de trois romans : Les Graffitis de Chambord (Grasset, 2008), Les Oiseaux noirs de...

Sondage

Les éditeurs et la promotion des livres : paroles d'auteur

 

 

 

 

 

 

 

Voir les résultats

 

© 2007 - 2014 - actualitté.com