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Frank Miller : encre noirceur et violence

Après l'échec à la réalisation de The Spirit et avant Sin City 2, Paris accueille une exposition de l'artiste.

Par Bastien Morel,Le lundi 30 avril 2012 à 16:10:22 - 0 commentaire

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Auteur de comics noirs à la qualité incontestable et cinéaste plus ou moins heureux, Frank Miller reçoit un nouveau plébiscite relayé par BoDoï. Jusqu'au 22 mai, une trentaine de productions de l'auteur sont exposées à la galerie du 9e art, et si elles étaient soumises à la vente, il ne reste plus qu'un seul dessin extrait de l'univers de Sin City encore disponible à l'achat. Un engouement pour des pièces coûtant plusieurs milliers d'euros qui ne devrait pas s'essouffler avec l'annonce très officielle du début du tournage cet été de Sin City 2.


 

 

D'abord auteur de comics pour lesgrandes franchises du genre, Miller va reprendre les personnages des séries bien connues que sont Dardevil, Batman, Captain America ou encore les X-Men mais sans jamais les laisser intact après leur passage sous ses pinceaux. Exemple particulièrement notable, l'homme chauve-souris et le super héros malvoyant se dégagent des poncifs du genre en prenant une dose de réalisme bien aigre.

 

Moins de baston proprette, mais plus de violence : en reprenant Dardevil, Miller apporte une psychologie qui n'a plus à rougir d'une comparaison avec les bulles produites en Europe. Son Matt Murdoch développe des névroses – un trait de particularité à retrouver en filigrane sur toute son œuvre – et ira jusqu'à déterrer le cadavre d'une des grandes héroïnes de l'auteur : Elektra. Le dessinateur touche le sacré de l'auteur avec un grand A, usant de ses personnages pour sonder son propre inconscient. Rarement dans l'univers des comics, un créateur avait joué avec tant de sérieux avec la mort d'un de ses rejetons.

 

Avec son Dark Knight, Miller fait de Bruce Wayne  le précurseur avatar d'un Mickey Rourke usé dans the Wrestler. Et d'aborder, lorsqu'il faut enfiler une dernière fois les gants, cette violence qui émaille toute l'œuvre de l'artiste. Figure gothique comme Burton a su retrouver le personnage de Bob Kane, ce Batman renvoie le gentil super héros à la maison pour appliquer une justice plus proche du Talion. On pourra ainsi lui attribuer en partie la gravité du Batman de Nolan pour sa nouvelle trilogie.

 

 

 

Miller dépoussière le comics américain fluo, mais c'est sur le motif du roman noir que le succès s'applique le plus à sa théorie des humeurs. Par un jeu de négatif, Sin City photographie scènes de violence, de sexe et perversions dans un absolu de noir et blanc. Parfois, et à raison d'une couleur par tome, on voit poindre un peu de jaune ou de rouge. Mais la plupart du temps, le sang rédempteur et la chevelure des jolies prostituées sont déjà trop souillés pour échapper à ce manichéisme monochrome. Cette désespérance s'illustre par l'exécution et le suicide des derniers remparts de la cause juste. Avant le rideau final.

 

Âge de Bronze et temps obscurs

 

Miller fascine, Frank révulserait presque. Cette subjugation par la violence trouve parfois des échos dans une actualité moins artistique et plus politique. La comparaison avec Moore, l'autre icône du roman graphique, s'arrête là, avec le comics pour adulte encré et le port de la barbe. Conservateur dans l'âme, le père des 300 Spartiates dénonce les mouvances un peu trop « leftist ». Dernièrement, c'était au tour du mouvement Occupy Wall Street d'attiser l'ire de l'homme après ceux qui voyaient d'un mauvais œil l'invasion irakienne. Pas assez de mots durs pour qualifier la racaille hippie de lâche et de complaisante. Mais lequel des grands maîtres a-t-il versé dans le consensus ? 

 

               Pub réalisée par Miller qui réexploite largement l'esthétique et les thèmes de Sin City

 

 

On s'étonnera tout de même de ses appels plus que de défiance envers l'Islam , et sa saine distance avec le fascisme. Dans 300, beaucoup ont vu une vision nauséeuse d'un Irak tout juste bon à être nettoyé. On nuancera cependant, au risque de hurler avec la meute. L'image du héros hellène en slip moulant n'eût pas déplu à Leni Riefenstahl. Si l'artiste sera sacré des récompenses comme le prix Eisner, Harvey ou Kirby pour son Batman, Elektra et Sin City, rien n'accompagne le fait d'armes des Thermopyles.

 

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À l'instar de ces écrivains qui reprennent l'œuvre d'un maître comme Stan Lee ou Tolkien, dans un autre genre, Miller récure le merveilleux, aseptise l'invraisemblable et donne une portée rigoureusement moderne à ses loups solitaires et à leurs petites protégées.  Mais en un sens, c'est peut-être là que Miller se fait le plus éthique et le moins moral. Lorsque ses besogneuses portent plus de lumière et d'espoir que tous ses justiciers.

Pour approfondir

Mots clés :
frank miller - sin city - violence - comics



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