Bd , mangas et comics > Comics > Actualité

Homosexualité dans le comics : entre fantasmes et libéralisation

Du macho des années 30 au Spiderman métrosexuel

Par Bastien Morel,Le vendredi 27 avril 2012 à 14:42:15 - 0 commentaire

Zoom moins Zoom plus Signaler erreur Imprimer Envoyer à un(e) ami(e)

12

Collants ultra moulants, surslip, cape digne de soirées masquées, l'imaginaire autour du superhéros de comics est prolixe. Mais c'est incontestablement l'hyper sexualisation de ces personnages qui nourrit les fantasmes ou le rejet dont ils sont l'objet. Parce qu'ils sont le miroir de notre société depuis un siècle, la question de leur sexualité – forcément différente - n'a eu de cesse de se poser. Et bien avant les premiers coming-out chez Marvel.

 

Ce mois-ci, le magazine Playboy proposait quelques éléments de réponses au travers d'une interview avec le très réputé auteur de comics Grant Morrison. On ne pourra le taxer d'hérésie, pourtant il y va fort en secouant l'icône hétérosexuelle des premiers héros en cape. « Batman est très, très gay. On ne peut pas le nier. » Pour lui, dès les premiers coups de crayon de Bob Kane, il y a « un concept entier absolument gay ».  Pas étonnant que le plus gadgetophile des détectives soit harcelé par de jolies pépées en costumes fétichistes, mais le héros taciturne préfère plutôt la douce compagnie « du vieux et de l'enfant ». Comprendre Robin et Alfred.

 

 

L'homosexualité de Batman et Robin n'est pas que le prétexte à une boutade d'un auteur. Longtemps spéculée par des lecteurs plus ou moins facétieux, cette relation attise les haines de certains. Ainsi, le Dr Fredric Wertham publie en 1954 Seduction of the Innocence, dans ce véritable pamphlet anti-comics, le psychiatre dénonce l'influence négative des super héros sur les jeunes lecteurs. Argumentaire sur leurs effets pousse-au-crime du comics, la croisade de Wertham débouche sur le terrible Comics Code authority. Bien plus souple aujourd'hui, l'organe de régulation, à ses débuts interdisait les références homosexuelles.

 

 Un peu trop de muscles peut-être ?

 

Une progression des mœurs qui colle particulièrement avec les faits de société. L'icône hyper masculine des années 30 est un remarquable écho de la montée en puissance du fascisme. Qu'il s'agisse d'une esthétique assumée ou détournée pour lutter contre elle avec ses propres moyens, la plastique de Captain America et Batman sert la bonne cause. À grand renfort de pectoraux, les deux héros combattent fictivement contre les nations de l'Axe et gagnent en respectabilité. Néanmoins, l'absence pratiquement totale d'héroïnes pose des questions. Il faudra les années 40 pour voir apparaître Wonder Woman, à noter cependant que l'amazone de Marston est le fruit de son combat féministe.

 

 Et languir jusqu'en 1989 pour que la Comics Code Authority lâche la bride. Après avoir donné du leste sur l'imaginaire hippie, elle assouplit également la censure en matière de reproduction d'une sexualité libre.  Grâce au retrait de l'homosexualité comme maladie mentale de l'OMS, peut-être. Plus sûrement grâce à l'essor d'éditeurs à la marge proposant un contenu plus adulte sans être affiliée à cet organe.

 

Le Sida prend un malin plaisir à sévir

 

Une pléthore de héros et mutants va alors se revendiquer gay. On peut soupçonner une tentative assez manifeste de récupération d'un lectorat homo dans les premiers temps. Un essai plus que maladroit si l'on s'en tient à l'exemple du magicien Extraño de chez DC. Avatar de la folle maniérée, aux tenues flashy, le latino porte jusque dans son nom les stéréotypes les plus contestables : Extraño signifie étrange en castillan. 

 

 

On comprendra naturellement que c'est un autre personnage à qui l'on attribue le premier coming-out tant l'image du premier est détestable. Cette première figure du héros gay, qui s'assume et bénéfice d'un vrai capital de sympathie est Véga. Le saut dans la préférence homosexuelle clairement affichée prendra un peu plus de temps. 1992, et le changement de direction chez Marvel pour que le coming-out se fasse. Le numéro dans lequel  le personnage prononce « je suis gay » sera épuisé en moins d'une semaine et profitera d'un vrai relais médiatique.

 

Là où Extraño se payait le virus du Sida – plaisir coupable selon les scénaristes ? – Véga souffrira également d'une maladie assez similaire avant d'en réchapper. Un miasme destiné à lui faire avoir que ce qu'il mérite dans un premier temps. Mais l'arrivée d'un éditeur plus conciliant que son prédécesseur permet une pirouette scénaristique. La maladie se révèle n'être qu'un sortilège en fin de compte.

 

Vers l'ouverture et le mariage

 

Dès lors, en phase avec une libéralisation de la société, magazines et internautes dressent des inventaires de héros présumés ou ouvertement homos ou bis. Si dans les années 80 la pratique pouvait s'apparenter à une chasse sorcière, l'exercice aujourd'hui est bon enfant. Les héros y ayant trouvé une dimension psychologique plus poussée. C'est d'ailleurs la raison qui fera de Véga un personnage homo. Chacun des personnages de la Division Alpha gagnant en singularité.

 

S'ensuivent des séries spécifiquement à destination des lecteurs homos, des parodies parfois très tendres au point de casser l'image rêche du héros héritiers d'une époque plus macho.

 

Si Marvel a franchi le cap, les personnages DC semblent moins nombreux à déclarer leur préférence. Mais ce serait sans compter d'un nouveau héros gay latino en la personne de Bunker l'année dernière. Et preuve que la cape peut se porter arc-en-ciel plus ouvertement, en janvier et mars dernier, deux couples super-assumés se mariaient : Kevin et Clay de Life with Archie et les X-Men Northstar et Kyle.

 

Alors Batman, qu'attends-tu ?

 

Pour en lire un peu plus sur le thème

Sources : The Comics Journal , Playboy , Smosh

Pour approfondir



Publier un commentaire

 

publier mon commentaire

pub

Suivez-nous

Désinscription

Les blogs de la rédaction

Vers l'infini et au-delà : « Spoutnik », 49ème nouvelle du Projet Bradbury

Alors, bande de petits veinards, on est en vacances ? Pas moi ! Le Projet Bradbury se reposera quand il en aura terminé avec les [...]

Les écrivains et leurs lecteurs

  Je viens de lire deux ouvrages très différents qui mettent cependant en scène tous les deux des écrivains et des [...]

Surfing, Jim Heimann

Présentation de l'éditeur : Apportez une touche d'adrénaline à votre quotidien. Avec le calendrier perpétuel [...]

Sondage

Un abonnement pour les livres numériques, en illimité, ça vous inspire quoi ?

 

 

 

 

 

 

 

Voir les résultats

 

© 2007 - 2014 - actualitté.com