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Météo hivernale d'enfer : Sokal réfugie Canardo au Sofitel

Par Fabien B.,Le lundi 19 novembre 2012 à 09:04:36 - 0 commentaire

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ISBN : 978-2-203-04903-1

Prix eBook :

Prix papier : 10,95 €

Pages : 48 pages

Editeur : Casterman

Retrouver Canardo, Piège de miel de Benoît Sokal - Pascal Regnauld sur la librairie de ActuaLitté

Il a la cigarette roulée toujours bien pendue au coin du bec, un imperméable délavé et gris, totalement immuable, et cette indicible odeur d'alcools, tous plus divers les uns que les autres... Canardo, depuis des dizaines d'années, c'est cet ersatz de détective, probablement la branche déviante de Donald Duck, celle qui n'a pas connu le succès d'un mirobolant contrat avec Disney.

 

Et qui pour survivre, dans un monde hostile, a opté pour la Cour des Miracles, les prostituées et les bouches d'égout, dont les relents mêlent odeurs de cadavres et rêves brisés. Certains, justement, contre ces mêmes bouches d'égout...  

 

Et pourtant, Canardo, c'est du bonheur bien sombre à l'état pur.

 

Cette fois, c'est avec les sphères politiques qu'il joue : un ministre de la Culture belgambourgeois, un peu trop en vue, un peu trop gros, sur l'échiquier, que les instances bruxelloises entendent faire tomber. Un piège, finement pensé dans un restaurant, de l'autre côté de la frontière, avant de regagner la Belgique, et voilà que le poisson est ferré. Dans l'espionnage belgambourgeois, on aime bien les métaphores piscicoles, « des fois qu'on serait espionné par des Belges, vous comprenez ?! » 

 

Pour Betty, le scénario va cependant tourner au vinaigre de vieux vin : un relent de bouche d'égout qui passe et voilà que la pute de luxe se transforme en Cendrillon et croit soudain avoir trouvé le prince charmant. Un syndrome douloureux, parce que la maladie se contracte dès le plus jeune âge et qu'en fonction du milieu social dans lequel on évolue, les symptômes et les crises sont plus puissants. Betty, au bras de son ministre... quelques soupirs, des mots doux, et le tout vous a une gueule...

 

Y'a des hasards qui ressemblent à des rencontres

 

Betty a été grassement rémunérée pour compromettre le ministre, et Canardo est là pour veiller au bon déroulement des opérations, et prendre les amants en flagrant délit. Mais c'est la neige qui va contrarier tout ce joli monde et obliger les tourteaux (métaphore piscicole oblige) à trouver refuge dans un vieux manoir appartenant à une famille de nobles complètement désargentés. Tout était prévu pour que le piège se referme dans une chambre d'hôtel, c'est finalement dans une chambre d'hôte improvisée que Canardo devra fabriquer les preuves des infidélités ministérielles. Avec une alliée inattendue, aux yeux de biche. Et, c'est connu : « Personne ne résiste aux yeux de biche... »

 

On prend alors les mêmes, et on recommence, mais le flagrant délit aura donc lieu dans le manoir des De La Sapinière, dont le patriarche, Amaury, est un vieux cerf en rut, disposé à lutiner la servante et siroter de vieux alcools, en songeant avec nostalgie au temps jadis des grandes fortunes. Mais aux bois rasés : ce n'est plus très tendance, de porter le bois, de nos jours. 

 

Et des rencontres qui ressemblent à des évidences

 

Pas d'enquête, cette fois, pour Canardo. Juste un travail de larbin, où piéger un loufiat de ministre remplace la chasse aux indices. L'atmosphère est toujours aussi sombre, lugubre, sent le tabac froid et le sexe rance, ou l'inverse. Et dans tout ce marasme de promesses de ministre qui n'engagent que la pauvre prostituée désireuse d'y croire, la mort viendra tout de même frapper, sans faire presque aucune victime. 

 

Tout le talent de Sokal est pourtant là : cette linéarité, sans faille, où tout se déroule devant le lecteur, qui assiste complètement impuissant à l'inéluctable. C'est que, pour faire tomber un ministre de son siège, le plus simple n'est pas forcément de le pousser : il est plus commode de faire s'asseoir sur ses genoux une délicate personne du sexe opposé, auquel il se montrera si sensible. 

 

L'amateur s'arrêter à ce point de la chronique, assuré qu'il passera un excellent moment. Le curieux poursuivra un peu plus loin, pour découvrir comment et pourquoi il va en avoir pour son argent, et un peu plus. 

 

 

/! Attention, spoiler /!

 

Point d'orgue du titre est cette séquence absolument énorme, que l'on ne saisira presque plus dans une dizaine d'années : notre ministre de la Culture, tout en rut, même au sortir de sa douche, se retrouver nez-à-nez avec la bonne, traditionnellement culbutée par les De La Sapoinière, père, fils et jardinier. Un passage d'anthologie qui vous a des petites notes de Sofitel new-yorkais, quand un ancien grand patron du FMI et une certaine Nafissatou Diallo ont partagé une étrange intimité. 

 

 

 

 

On se retrouve avec les yeux écarquillés, un fou rire aux lèvres, pointant du doigt le gros ministre et son air tout à la fois chafouin et vicieux. Le rapprochement fait, il faut impérativement relire l'histoire et se dire qu'il y a dans Piège de miel des allusions qui nous ont échappé, des références tout à fait cocasses... et bien d'autres choses.

 

Car, comme souvent chez Sokal, le premier sens se dédouble rapidement.

 

 



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