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Tokyo de Joann Sfar : illisible mais pas impubliable, malheureusement

Par Nicolas Ancion,Le vendredi 07 septembre 2012 à 13:04:16 - 40 commentaires

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ISBN : 978-2205064773

Prix eBook :

Prix papier : 17,95 €

Pages : 99 pages

Editeur : Dargaud

Retrouver Tokyo de Joann Sfar sur la librairie de ActuaLitté

C'est le mystère de la rentrée BD : qu'est-il arrivé aux équipes éditoriales de la très sérieuse maison Dargaud pour qu'elles en soient réduites à publier l'abominable Tokyo de Joann Sfar ? Du côté de l'auteur, en revanche, on ne s'étonne pas. Jouissant d'une réputation qui n'est plus à (sur)faire, l'ex-dessinateur brillant s'enfonce depuis trop longtemps dans les replis de son imaginaire sauvage, ne se souciant plus ni de soigner ses scénarios ni de renouveler ses formules. Qu'il est loin le temps où la simple lecture de la page de mise en garde des séries Petit Vampire et Grand Vampire suffisait à plonger les lecteurs dans un univers magique !

 

In a Galaxy Sfar Sfar Away...

 

Pour Tokyo, Sfar se prend les pinceaux dans son propre récit. On a beau s'accrocher, on s'embourbe dès les premières planches. On ne comprend ni où on va ni qui est qui. Dès le début, Sfar nous met en garde : Tokyo n'est pas une ville, mais le nom d'une héroïne rousse aux grands yeux bleus, mais bon voilà, Fukushima vient d'exploser, alors l'auteur est pris des scrupules, il se demande si son projet de BD fantasmatique sur une île paradisiaque avec des jeunes filles canon, des monstres marins et des grands fauves rock'n'rolls est encore d'actualité.

 

La question est intéressante : Sfar n'y répond donc pas du tout, il n'est pas question de s'appesantir sur des propos intelligibles. Il fait donc suivre sa double page d'interrogations par des délires monomaniaques de jeunes filles, de pseudopodes et de chanteurs de rock poilus. On ne comprend déjà plus ni où on est ni où on va. De toute évidence, l'auteur n'en a pas la moindre idée, mais il fonce tout droit dans le mur qu'il n'a même pas pris le temps de maçonner.

 

 

Errances, clichés, répétitions : radotages

 

Joann Sfar est perdu, on le devine bien vite et c'est d'autant plus douloureux que l'album est épais. On n'en sortira pas de sitôt, il va falloir tenir le coup jusqu'à ce que la dernière page soit tournée. C'est très pénible, car on a le sentiment que l'auteur lui-même n'a pas pris le temps de relire son projet du début à la fin. Sans doute était-il déjà en train de dessiner le suivant.

 

Sfar ne nous épargne rien : salmigondis sans queue ni tête, stéréotypes de souteneurs à gros flingues et de jeunes filles à poitrine généreuses, obsédé sexuel frustré qui n'ose passer à l'acte, monstres marins vus et revus, félins à trois pattes, rien n'en sert de dresser la liste exhaustive. Sfar s'étale si bien qu'il se permet parfois de répéter les mêmes textes d'une planche à l'autre sans rien ajouter de neuf à ce qu'on vient déjà de lire. Il semble lâcher en roue libre et prendre une telle avancée sur le peloton que plus personne ne le suit.

 

Overdose de Photoshop

 

Le scénario n'a ni queue ni tête - mais on m'objectera à raison qu'on y trouve en revanche force tentacules et seins. Pour l'illustrer, le brave Joan fait l'économie de la mise en scène. Il semble jeter ses dessins au hasard sur la surface du papier sans autre construction narrative que des poses grandiloquentes, du genre un seul dessin sur une page entière avec une frise de petits motifs, processus qui permet de gagner du temps de dessin et qui ne paraîtra original qu'aux lecteurs cantonnés depuis toujours aux gags de l'agent 212 ou aux aventures de Sylvain et Sylvette.

 

Mais, cerise sur le gâteau rance, Sfar insère dans ses dessins des photos de porno aussi soft que cheap, genre short en cuir et grosses poitrines, dont il a pris soin sur Photoshop d'effacer les bagnoles rutilantes et les motos scintillantes. Dire que le résultat est d'une laideur affligeante et d'une vulgarité sans nom serait faire trop d'honneur au dessinateur-infographiste : le résultat est tout simplement sans intérêt.

 

Argh !

 

 

Mais où est donc l'éditeur ?

 

Qu'un auteur s'égare, c'est encore compréhensible et excusable, surtout quand, comme Sfar on bénéficie d'une foule d'admirateurs et de bons chiffres de ventes, qui n'incitent pas à la remise en question. Mais qu'un projet aussi raté se retrouve tout de même sur les tables des librairies, sous le label d'un éditeur de renom, voilà qui est bien plus préoccupant. L'équipe éditoriale est-elle vraiment prête à tous les renoncements pour éviter de perdre un auteur qui rapporte de l'argent sur d'autres projets ? Ou est-elle tout simplement incapable, par ses avis, conseils et échos, d'aider un dessinateur-scénariste à redresser une projet qui foire ?

 

On imagine bien que, cyniquement, Dargaud sait que, dans un marché en surproduction, le seul nom de Sfar suffira à assurer des ventes honorables, ne fut-ce qu'auprès des fidèles de l'auteur mais ce ratage majeur risque bien de tuer la poule aux œufs d'or. Difficile de croire en effet que les fans du Chat du Rabbin ou de Klezmer puissent sortir enchantés de la lecture de ce projet désastreux. Le mieux qui pourrait arriver pour la réputation de Sfar serait que les lecteurs ne lisent jamais ce Tokyo déplorable.

 

Ne vous laissez pas avoir par le boniment !

 

Ultime recommandation. Ne vous laissez pas berner par la présentation de l'auteur qui explique avoir créé avec Tokyo « un nouvel univers pour puiser dans la violence régressive et décomplexée des comix amerloques et des peurs japonaises ». C'est juste du baratin. Ouvrez les yeux et traduisez par « nouveau projet bâclé par une liberté régressive et décomplexée d'un auteur dont les éditeurs publieraient la moindre crotte de nez ». Et faites gaffe, ce premier tome n'est même pas complet : la dernière planche, avant la galerie photos, annonce une suite. Pourvu que le deuxième tome reste à tout jamais à l'état de projet à paraître...

Mots clés :
Joan - Sfar - Tokyo - Dargaud



Réactions

Publié par MENFIN!

 

article injuste, non? L'auteur dit lui même que pour une fois il voulait juste faire des dessins pour le plaisir, sans les mettre sur une histoire. Si ca ne vous plaît pas, ne l'achetez pas! Et contrairement à ce que vous dites, personne n'essaie d'arnaquer ou de faire du cynisme. Que vous détestiez ce livre, soit. Mais on voit bien qu'il y a un énorme travail de dessin derrière chaque page. Comment pouvez vous laisser entendre que ça a été fait par cynisme. Et sincèrement, parler de tentative de faire des ventes? Sur ce livre là? Avez vous l'impression qu'une seule des pages du livre a été dessinée pour vendre? Un auteur se fait plaisir en grattant des dessins sans queue ni tête. Ca ne vous plaît pas, OK. Mais votre procès d'intention sonne très très faux.Vous aimeriez mieux Sfar si il faisait un Petit Vampire chaque année? Moi non.

Écrit le 07/09/2012 à 13:40

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Publié par Nicolas Ancion

 

Merci pour votre lecture et votre commentaire, MENFIN. Je me permets de réagir à mon tour.
"Si ça ne vous plaît pas, ne l'achetez pas" : c'est bien dans ce but que je partage ici un avis de lecture argumenté. Pour éviter des déceptions, précisément.
"L'auteur se fait plaisir en grattant des dessins sans queue ni tête" : en effet, je suis bien d'accord avec vous et c'est bien ce que je reproche au livre. Car je ne vois pas où l'auteur annonce, sur l'album, qu'il voulait "juste faire de dessins pour le plaisir". Je vous colle ici le résumé officiel diffusé par l'éditeur :
"Un atoll du Pacifique irradié et éloigné de tout continent. La seule loi qui règne est celle du marché. Tokyo, jeune fille bronzée aux grands yeux clairs, est courtisée par un tigre et un lion, et pourchassée par des monstres… Avec ses deux copines, Tokyo n'a pas fini de courir ! Joann Sfar s'empare du récit d'horreur et nous livre une histoire rock'n'roll en diable, crue, sexy, diablement sexy, et, en plus, il intègre à ses pages fouillées les photos de vraies actrices ! "
On annonce bien une histoire. Puisque vous avez lu l'album, vous savez qu'il n'y a pas d'histoire ou si confuse que les coloristes eux-mêmes n'ont rien dû y comprendre. Moi, en tout cas, je déclare forfait. Et je maintiens que le travail d'un éditeur est d'éviter à un auteur de s'embourber dans de pareilles ornières.

Écrit le 07/09/2012 à 15:08

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Publié par E.M.

 

Vous connaissez beaucoup d'éditeur qui publie les dessins réalisés "pour le plaisir" ? Généralement il y a une petite volonté financière derrière les titres. Les dessins jetés "pour le plaisir" reste dans les carnets. La plupart du temps bien entendu. Pas toujours...

Écrit le 07/09/2012 à 15:43

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Publié par L.T

 

Merci pour cette critique qui fait du bien. Depuis quand, quelqu'un n'a t-il pas eu le courage de livrer une critique argumentée du travail de M. Sfar ? A force d'encenser ce qui ne le mérite pas, l'artiste se retrouve tel un roi bedonnant entouré de courtisans qui louent ses talents de redoutable athlète guerrier. Ca peut faire rire sous cap, mais ça n'aide pas beaucoup le monarque.
Une petite éclaircie critique comme celle là revigore.

Écrit le 07/09/2012 à 17:04

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Publié par MENFIN

 

Vous avez raison! Le métier d'un éditeur est de pousser ses auteurs à faire tout le temps la même chose. Si Dargaud faisait bien son métier, Sfar pondrait un chat du rabbin chaque année. Et plein de donjons dessinés par des clones. Et il finirait ses séries. Et là, figurez vous, Sfar et Dargaud gagneraient sans doute beaucoup plus de fric! Sfar a publié deux cent livres depuis vingt ans. Personne ne conteste le fait qu'il "sait" bâtir et dessiner un récit classique. Et vous lui défoncez la gueule parce qu'il cherche ses limites? Parce qu'il part en vrille? Moi j'y vois de la sincérité, une mise en danger. Et vous parlez comme si l'auteur était votre chose, comme s'il vous "devait" quelque chose. Décidément, non, votre mise en garde me semble très antipathique. Et vous faites bien autre chose que "donner un avis argumenté". Vous vous faites plaisir sur le dos d'un auteur. C'est moche! Et vous? Vous faites des textes ou des dessins? Il y a un site où on peut les voir pour donner son avis argumenté?

Écrit le 07/09/2012 à 17:19

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Publié par Ego

en réponse à MENFIN  

Répondre à une critique d'un livre par un fan-boyisme aveugle n'est pas la solution. Dargaud a probablement publié ce livre non pas par courage mais parce-que de toute façon quelqu'un d'autre l'aurait fait et que dans tous les cas, une base de fidèles assure des ventes minimum. Il y a un stade où Sfar peut faire ce qu'il veut, plus personne ne sera là pour le raisonner ou l'accompagner en bonne intelligence.
Après, mon propos est sans doute un brin caricatural ou mal informé mais mon petit doigt me dit qu'il y a un fond de vérité.

Écrit le 07/09/2012 à 18:16

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Publié par Nicolas Ancion

en réponse à MENFIN  

Euh, MENFIN, je ne vois pas en quoi le fait que je publie moi aussi, dans un secteur qui n'a rien à voir avec la BD change quoi que ce soit à mes propos.
Ceci dit, si vous voulez en savoir plus et démolir mes romans, pour vous défouler, allez-y :
http://www.amazon.fr/s?ie=UTF8&tag=firefox-fr-21&index=blended&link_code=qs&field-keywords=nicolas%20ancion

Écrit le 07/09/2012 à 18:43

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Publié par Spip

 

@MENFIN : Oui, l'auteur doit quelque chose à ses lecteurs à partir du moment où il vend son travail et que le lecteur achète. Sfar a le droit de faire toutes les expérimentations qu'il veut, en revanche, rien ne l'oblige à les partager toutes avec le reste du monde... Surtout à 18 euros le bouquin.

Dans d'autres corps de métiers, ce sont les cobayes qui reçoivent de l'argent, pas les gens qui étudient leurs limites.

Écrit le 07/09/2012 à 18:57

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Publié par Tuffik

 

Un petit mot pour soutenir l'auteur de l'article. 100% d'accord avec vous !

Écrit le 07/09/2012 à 19:04

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Publié par passant

 

En gros, c'est de la daube? C'est vrai que la "planche" ci-dessus fait peur. Mais ce n'est pas qu'avec cette BD que Johan Sfar est sans intérêt, il l'a toujours été. Cela a toujours été comique de lire les efforts désespérés de journalistes pour essayer de vendre son dessin faiblard et son propos indigent. Avec les bons relais, et la bonne publicité, il est très facile de vendre au public petit bourgeois à peu près n'importe quoi. Mais malgré cela le produit vendu reste toujoiurs aussi décevant et le petit bourgeois conditionné a l'impression d'avoir été floué une fois de plus. C'est pourquoi ce genre de critique est salutaire (mais un peu tardive, malheureusement). Quant à l'argument de menfin "Et vous? Vous faites des textes ou des dessins? Il y a un site où on peut les voir pour donner son avis argumenté?" il est classique contre les critiques et qui consiste à nier qu'il s'agit d'un travail en soi. Un auteur produit à ses risques et pétils et un critique le critique à ses risques et périls aussi. Ici l'auteur est indigent et le critique est pertinent.

Écrit le 07/09/2012 à 22:37

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Publié par Aleyster

 

Malheureusement, je suis d'accord avec vous. J'aime le Sfar de l'Association, des vampires et du professeur et du chat, mais depuis plusieurs années, son "univers" devient de plus en plus caricatural.

Le dessin ne progresse pas (l'inverse semble même se produire sur Chagall), le scénario s'embourbe, mais Dargaud publie le nom. Quand on sait la difficulté de jeunes auteurs à se faire une place chez les éditeurs, et les tirages alloués à un Sfar, même laborieux, ça remet effectivement en doute la légitimité des éditeurs pour juger le travail. Quantité plus que qualité ? Tout ce que je souhaite, c'est que l'album rapporte de l'argent que Dargaud pourra utiliser à publier des albums vraiment audacieux.

Écrit le 08/09/2012 à 11:10

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Publié par Loriane

 

Assez d'accord avec MENFIN... J'y vois aussi une mise en danger et une recherche artistique pour Sfar et je ne crois pas non plus que l'éditeur ait suivi l'auteur dans cette démarche dans le but d'écouler des milliers d'albums...
Vu le style de la planche montrée ici.
Ce que je retiens des autres commentaires est un mépris du public... Celui-ci ne ferait que suivre les avis de journalistes bobos depuis des décennies, sans jugement critique si je vous suis bien... C'est également un argument bien souvent avancé à propos de film, de livre, qui rencontre le succès (je ne parle pas de Tokyo) par des personnes qui ne partagent pas cet engouement. Ca ne rend pas cet argument vrai pour autant.

Écrit le 08/09/2012 à 12:12

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Publié par passant

 

Quand Sfar présente son album il dit ceci: il puise "dans la violence régressive et décomplexée des comix amerloques". Le problème est que sur le plan graphique il ferait rire -s'ils le connaissaient- des centaines de dessinateurs amerloques qui ont un niveau technique considérablement supérieur au sien.

De plus les auteurs amerloques en question ont souvent un succès mondial et des ventes au moins une dizaine de fois supérieure à celle de Sfar.

Ce qui veut dire que l'argument du public ne tient pas: le public a choisi, laissant Sfar à son marché captif constitué grâce aux bons relais et à la bonne publicité (pas par des journalistes bobos, qui sont en général plus cultivés que ça)Il est possible de vendre n'importe quoi à n'importe qui: la preuve.

Écrit le 08/09/2012 à 13:12

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Publié par constructif!!!

 

votre discours tiendrait si ses livres ne se vendaient qu'en France. Il me semble que Petit Vampire et le Petit Prince ont été New York Time bestsellers. Je crois que le chat du rabbin a dépassé deux millions d'exemplaires dans le monde. J'ai l'impression que ses albums sont énormément traduits. Tous ces gens là seraient aveugles? Et vous auriez la bonne parole? Il me semble qu'il a eu un Eisner award, combien de français en ont eu? A vous entendre, on dirait que le succès d'un auteur empêche les autres livres de se vendre, ou qu'il prend la place d'autres gens. Mais c'est faux. A chaque fois qu'on parle de bandes dessinées ça fait venir des gens dans les librairies. Les éditeurs ne publient pas un auteur plutôt qu'un autre. Ca ne marche pas comme ça. Vous créez une concurrence entre les auteurs qui n'existe pas dans la réalité. les auteurs, célèbres ou pas, ont tous intéret à ce que les livres marchent.La haine que disent les commentaires qu'on lit ici va bien au delà d'un jugement sur la qualité d'un livre. Est-ce que ça vous fait du bien, de dire de façon aussi limpide vos frustrations? Vous parlez d'un auteur comme si c'était un criminel, ou un gosse que vous voudriez corriger, tout simplement parce que vous n'aimez pas ses livres. Est ce que vraiment ça aide au débat?

Écrit le 08/09/2012 à 15:54

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Publié par paulette

 

Qu'on aime Sfar ou non, on a le droit de porter une critique sur son travail. C'est le jeu. D'ailleurs MENFIN vous parlez d'une "mise en danger" De quelle mise en danger parlez-vous si justement la critique est interdite? Votre commentaire n'a pas de sens. Ou s'il en a un, il est partial...

Écrit le 08/09/2012 à 17:49

Répondre | Alerter

Publié par passant

en réponse à constructif!!!  

Le succès international de Johann Sfar n'est pas du tout celui que vous dites (par exemple les Eisner award nominent un tas de gens, cela ne prouve rien, etc...) mais même si c'était le cas il serait très très loin des ventes des auteurs qui produisent la "violence régressive et décomplexée des comix amerloques".

Vue l'écart de niveau technique par rapport à ces dessinateurs, ce mépris de sa part est comique.

Cet argument sur le mépris du public est un peu illogique: on constate que ses ventes sont complètement négligeables par rapport à celles de centaines de poids lourds "amerloques" il n'y a donc pas à s'incliner par principe devant les ventes de cet auteur.

N'ayant aucune action dans la Sfar bizness, cela ne vaut pas vraiment la peine d'en débattre plus : cet album est graphiquement très faible et le graphisme de Sfar, même à son meilleur, se fait de toute façon exploser par celui de centaines d'auteurs amerloques "régressifs et décomplexés". Et qui se vendent bien plus que lui, et c'est juste: car ils sont bien meilleurs et beaucoup moins chers. Que demande le peuple?

Écrit le 08/09/2012 à 18:32

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Publié par Roger

en réponse à MENFIN  

"Et il finirait ses séries."

Quand est-ce qu'une série est finie ? Je n'en demande pas tant. Par contre un scénar achevé je n'dis pas non - j'ai arrêté de lire Sfar à force de me retrouver en plan au milieu de l'histoire à la fin de l'album.

"Personne ne conteste le fait qu'il "sait" bâtir et dessiner un récit classique."

Dessiner si vous vous voulez, mais pour cequi est de bâtir un récit... Hum.

Écrit le 08/09/2012 à 19:19

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Publié par François Nisse

 

Les propos de certains sont plutôt délirants, voire carrément stupides. Répondre à une critique (surtout lorsqu'il s'agit d'une aussi bonne que celle-ci) de manière intelligente, sensée, pertinente, c'est y répondre en visant l'œuvre, en parlant de l'œuvre, de ses faiblesses, de ses forces, pour soi.

C'est, au fond, y répondre de la seule manière viable, pour rester à niveau. La visée de la critique : rendre un avis qui, bien que somme toute personnel, sera professionnel lorsqu'il s'avère cohérent sur le plan de la logique de l'argument. Ce qui est par contre totalement dingue (et de surcroît incorrect sur un plan argumentatif donc) est de répondre à un critique de cinéma qu'avant de critiquer, il ferait mieux de tourner un film lui-même, à un critique littéraire, qu'il pourrait écrire lui-même, etc. C'est, à la lettre, nier la possibilité même de la critique : c'est un argument très directement dogmatique.

Plus précisément, le rôle du critique, du journaliste, du penseur, est indispensable, au moins comme garde-fou, contre-pouvoir vis-à-vis des pouvoirs dominants.
M'ENFIN, publier beaucoup n'est certainement pas un gage de qualité. La vraie merde se vend toujours très bien et souvent bien mieux que la qualité. "Sfar a publié deux cent livres depuis vingt ans." Par là non seulement vous ne dites rien qui aviserait de votre avis sur l'œuvre en question, mais vous essayez de présenter un argument d'autorité nauséabond, cent fois débile : (ce) qui s'est beaucoup vendu est valeureux. Viva !
Bien entendu qu'un auteur nous doit quelque chose (!). La littérature (la BD, un peu aussi, par extension) consiste à adresser un message 1) à visée universelle et 2) ayant au moins un peu la prétention de délivrer quelque chose de nouveau. L'écriture, la musique, le cinéma, tout art digne de ce nom, peut témoigner de tout sauf, précisément, des propres petits problèmes personnels, égotiques de leur auteur. Des "ouvrages" comme ceux de Marc Lévy et tant d'autres auteurs sont une honte pour la littérature. Évidemment que l'auteur est responsable de son œuvre, face au monde, "face aux animaux qui meurent" dirait même Deleuze. Évidemment que le lecteur peut (doit !) s'approprier l'œuvre (encore une fois, littéraire tant que cinématographique ou musicale) comme de sa chose.
Bien plus : c'est seulement lorsque le lecteur peut s'approprier une œuvre comme "sa chose", comme vous le dites si bien, que nous pouvons considérer la qualité d'une œuvre. C'est là d'ailleurs pour un auteur toute la difficulté (tout le travail) de faire porter dans un récit les lignes, les motifs qui se sépareront suffisamment de sa propre histoire pour que celle-ci, différemment, devienne celle de tout lecteur. Toute œuvre un peu digne, je dis bien un peu digne, est donc l'inverse même de la publication indécente de ses propres cacas (Nicolas, sans doute plus courtois, parle de crottes de nez) et il est vital que des personnes un peu éclairées se posent en critiques face à un flot de publications incessant (et honteux par ce débit même, le travail engageant au moins un peu la rareté) qui, bien entendu encore, est contrôlé avec l'édition par des logiques financières.
Qu'avez-vous donc dit de l'œuvre en question sinon aboyé vos assertions hautement subjectives (n'atteignant dès lors aucune forme d'objectivité), en niant au passage le rôle du critique et en faisant presque l'apologie de la merde de grande consommation ?

Cordialement.

Écrit le 09/09/2012 à 15:15

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Publié par Virginie

 

J Sfar se réfère à Rank Xérox ou F. Miller.
Or pour moi, ce livre n'aurait pas du sortir.
Merci pour cet article qui pose audacieusement cette question.

Je me suis posée exactement la même question en feuilletant l'album : où est donc l'éditeur ?
Il y a t'il un travail d'édition ? de commerçant ? de cynique ?

MENFIN! dit : "L'auteur se fait plaisir en grattant des dessins sans queue ni tête".
Je pense aussi qu'il a eu beaucoup beaucoup de plaisir...
----------
Si cette bd lance un débat c'est sur l'éditeur, pas sur le travail de J. Sfar.

MENFIN! dit : "Avez vous l'impression qu'une seule des pages du livre a été dessinée pour vendre?"
- Pensez ainsi c'est juste oublier que le seul nom de Sfar fait vendre.

MENFIN! dit : "Et vous lui défoncez la gueule parce qu'il cherche ses limites? Parce qu'il part en vrille? Moi j'y vois de la sincérité, une mise en danger."
- La question est donc : Sfar ne s'est pas auto-édité. Il passe par un éditeur. A quoi sert exactement le travail d'un éditeur dans ce cas là ?

Et puis faut arrêter, on ne se mets pas en danger avec un tel livre ! (va dire ça à un pompier !)
Il y a quoi de risqué dans ce livre ?... en 2012 ?

Vous parlez de "défoncez la gueule" mais l'auteur de l'article ne tire pas sur une ambulance qui vends 3 bouquins par an mais sur un auteur à succès !

Écrit le 10/09/2012 à 14:17

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Publié par Space

 

Vivifiant "coup de gueule" qui va dans le même sens que cet article :

http://marierameau.wordpress.com/2012/09/04/bd-a-ouvrir-pour-rire-ou-pour-pleurer-tokyo-de-joann-sfar/

Écrit le 10/09/2012 à 18:15

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