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Alexander Maksik : Paris, les lycées américains et les fantasmes

Le mercredi 23 janvier 2013 à 16:45:55 - 0 commentaire

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ISBN : 978-2-7436-2434-7

Prix eBook :

Prix papier : 21,50 euros

Pages : 283 pages

Editeur : Rivages

Traduit de : l'anglais (Etats-Unis)

Traduit par : Natacha Appanah

Retrouver Indigne de Alexander Maksik sur la librairie de ActuaLitté

Alexander Maksik vient de publier son premier roman en France, ce qui tombe bien puisque Paris est l'un des personnages principaux. Indigne (Rivages) raconte l'histoire d'un professeur de littérature, William Silver, dans un lycée américain de la capitale. On suit également la vie, l'espace d'une année scolaire, de quelques-uns de ses élèves. C'est autant l'histoire d'un groupe que celle d'un homme qui ne sait plus trop où il en est.

 

Nous avons rencontré l'auteur, de passage à Paris, pour en savoir un peu plus sur son roman et sa relation particulière avec la France.  

 

M. Silver, le personnage principal, n'est pas un professeur comme les autres : il fait partie de ces professeurs qui donnent vie à la matière qu'ils enseignent. Tous les élèves de cette école privilégiée sont sous le charme, à quelques exceptions près. Ils découvrent, grâce à lui, que la littérature et la philo ce ne sont pas que des mots : les grands textes entrent toujours en résonance, d'une manière ou d'une autre avec notre existence. C'est cette leçon qu'il met en pratique avec ses élèves. 

 

Sauf que le charisme de Will est un peu trop fort, il exerce une véritable fascination sur ses élèves, une fascination qui s'étend bien au-delà du seuil de sa salle de classe. Tous les autres ados du lycée savent qui il est. C'est le cas de Marie, une jeune fille qui le rencontre lors d'une soirée entre étudiants. Elle tombe sous son charme et le jeune professeur finit par succomber à son tour, moins par amour que par désespoir.

 

En effet, comme nous l'a confirmé l'auteur lui-même, Indigne est avant tout l'histoire d'un échec. « La chute de Will est une catastrophe nécessaire, le livre est en réalité l'histoire d'une dépression » nous a expliqué Alexander Maksik. Car Will n'est pas heureux. Il a beau faire méditer ses élèves sur Camus, lui-même ne parvient pas à trouver une paix intérieure comme celle qui émane d'un livre tel que Noces

 

La France et Paris devaient lui permettre de se trouver, mais c'est l'inverse qui se produit. Il ne réussit jamais à trouver sa place.  

 

Alexander Maksik, ©Pascale Brevet

 

 

« La ville lui présente la possibilité d'une vie impliquée d'une certaine façon dans la beauté, dans un sens à la fois physique, mais aussi sous la forme d'un engagement. » Et l'auteur d'expliquer : « A Paris vous êtes face à une beauté physique de tous les instants, et pour Will, le fait de se sentir aussi vide et insensible ne fait qu'accentuer son désespoir. »

 

De plus, il ajoute : « Paris le déçoit dans le sens où il y a de la violence et qu'il n'a rien pour s'en protéger, il ne peut pas faire ce qu'il voudrait. » 

 

Sa relation avec la jeune fille ne parvient pas à le ramener à la vie, il n'échappera pas à son malheur. « Il a fui tout ce qui pouvait lui apporter de la substance, il essaye d'y remédier avec l'enseignement, mais cela ne saurait suffire. Toute forme de relation adulte lui fait peur. » De fait, les seules personnes du roman dont il se sent proche sont ses élèves ; les relations avec les autres professeurs ne sont que des ébauches. Un homme plutôt « pathétique » et certainement « faible ». 

 

Certains se diront que l'intrigue rassemble de nombreux clichés sur la ville et l'enseignement des lettres. Cependant, loin d'affaiblir le livre, c'est précisément là où il trouve toute sa force. Alexander Maksik joue avec les lieux communs et montre tout son talent en déjouant les pièges qu'il s'est lui-même tendus, pour composer une histoire humaine passionnante. 

 

Une histoire dont l'origine et l'inspiration se trouvent du côté de l'expérience de Alexander Maksik en tant qu'enseignant ainsi que de sa relation très personnelle avec Paris, une ville dans laquelle il a habité plusieurs années. « Quand j'étais au lycée, j'ai lu Paris est une fête et je suis complètement tombé amoureux de la version de Paris selon Hemingway. » Il est d'abord venu dans la ville comme simple touriste avant de s'y installer. Il a ensuite connu une relation ambivalente avec la cité, un peu comme son personnage : 

 

« Jusqu'à ce que j'emménage à Paris, j'avais une représentation fantasmée de la ville. À ce moment-là, c'est devenu une ville comme une autre. Je suis peu à peu devenu critique de Paris, une de ces villes aux contrastes saisissants. » Autrement dit, il est devenu un parisien comme un autre, sensible à la beauté de la ville, mais aussi agacé par les difficultés du quotidien dans une ville qui est loin d'être parfaite. 

 

Le livre porte aussi la dette des lectures de Camus et de Sartre. Là encore, le lecteur français pourrait s'agacer de voir des références si bien connues. Pourtant, c'est une bonne manière de nous rappeler quelques aspects de ces auteurs. L'auteur précise par ailleurs que ce n'est pas un livre sur Camus ou Sartre, « c'est davantage un livre sur l'enseignement et sur la façon dont nous utilisons ces clichés (le prof de lettres fasciné par l'existentialisme, NDLR). » 

 

C'est donc un drame intime avant d'être un hommage, si hommage il y a, à la pensée française de l'après-guerre. Une histoire humaine où l'enseignement des humanités occupe une place centrale.

 

 « J'ai une notion très romantique de l'enseignement et je pense qu'il y a une conception américaine de l'enseignement, une figure de l'imagination populaire du professeur d'anglais charismatique qui change les vies de ses élèves. Je ne sais pas dans quelle mesure cela est vrai, mais dans ma vie j'ai eu des professeurs d'anglais extraordinaires, peut-être parce qu'il y a davantage de souplesse possible dans la manière d'enseigner. » 

 

Il précise : « J'aime beaucoup l'idée selon laquelle enseigner au collège ou au lycée permet de montrer en quoi l'écriture et la lecture sont pertinentes par rapport à notre vie. » 

 

C'est exactement ce que s'emploie à réaliser Will Silver, à ceci près qu'il est en réalité incapable de rester à la hauteur de cette vocation. Indigne est le récit d'une chute et d'un échec personnel que la langue et le style de l'auteur rendent d'autant plus poignants. Une bonne surprise parmi la rentrée littéraire de ce début d'année.  

photo Thomann Xavier S.

   

Journaliste ActuaLitté. Littéraire et observateur (de la Porte Brancion). Cinéphile averti. Sans frais. A retrouver sur http://tribunelitteraire.wordpress.com

 

Mots clés :
Alexander Maksik - Professeur d'Anglais - Indigne - Paris



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