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Souvenirs de l'Eternel Présent
Par Nicolas Ramirez, le dimanche 08 novembre 2009 à 16:56:00 - 2 commentaires
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C’est une ville bien étrange que cette Taxandria. Depuis le grand cataclysme le temps ne s’y écoule plus et les machines ont été bannies, au même titre que la science. C’est le règne de l’Eternel Présent qui remplit le cœur de chaque habitant, l’invitant à célébrer cet état d’harmonie.
Drôle de terrain de jeu pour Aimé, un enfant au crâne rasé qui court les rues, slalomant entre les vertigineuses colonnes de la Cité pour se rendre à l’école. Et puisque le temps s’étire à l’infini, il s’apprête à recommencer les mêmes leçons, professées par son immuable maître d’école moustachu. Pourtant, ce jour-là, au détour d’une rue il tombe sur un livre inconnu, un ouvrage interdit qui raconte l’histoire de Taxandria. C’est l’accession au savoir et à l’histoire, la découverte des origines, pour le jeune garçon dont la tête est remplit de questions : pourquoi suis-je le seul enfant ? Où sont passées les femmes, se demande-t-il, lui qui n’a pas vu sa mère depuis des années ? Et pourquoi son professeur ne l’a-t-il jamais emmené à Marinum, voir la mer ?
Le livre qu’il a découvert ouvre une brèche dans les structures de la Cité, bousculant durablement son équilibre. Commence une course dans laquelle Aimé remet en question les fondements de la société dans laquelle il vit, mais à sa manière. Avec son regard d’enfant il interroge les lois, les dictats et les évidences, veut voir ce qu’il est même interdit d’imaginer, les gouvernants et les limites du monde. L’enfant grimpe dans les décors époustouflants de Schuiten, et va rencontrer les puissants du royaume, ces sombres pantins tenus en laisse.
Ce joli récit est un mélange savant de thématiques classiques de l’univers des contes et de celles orchestrées par Schuiten et Peeters. Celle de la maladie, avec cet enfant au crâne rasé, de l’angoisse du temps qui passe – qui nous fait tant parler du temps qu’il fait ? –, de la transgression, ou du déclin de la civilisation industrielle. Tout cela est travaillé et maîtrisé à la perfection pour un résultat tout à la fois chiadé et fluide. D’ailleurs, le fait d’aligner les éléments structurants de ce récit est réellement réducteur : le tout est de loin supérieur à la somme des parties. Les enchaînements chromatiques, induits dans les planches comme dans le récit, construisent une musique superbe et envoûtante. Les territoires sans fin de Taxandria ouvrent une esthétique du vide qu’on a du mal à saisir. C’est la perte des repères et on tombe dans des vertiges de démesure. Bon, d'accord, j'y vais fort, mais ce n'est que mon avis...
C’est peut-être toute la force du duo des Cités Obscures : travailler d’arrache pied à un ouvrage accessible à tous, sans trahir leurs partis pris esthétiques. C’est aussi un bel hommage au cinéaste Raoul Servais puisque ces Souvenirs de l’Eternel Présent sont tirés d’un de ses projets de film. Conçu dans les années 1980 et voguant quinze ans de Charybde en Scylla, entre refonte du scénario, problème technologique, contrainte de production, il est resté inachevé. L’histoire du projet est racontée dans une belle postface, depuis ses débuts jusqu’à son aboutissement : ainsi ce tome des Cités Obscures referme magnifiquement la page Taxandria.
Par Nicolas Ramirez, le dimanche 08 novembre 2009 à 16:56:00 - 2 commentaires
Mots clés :
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schuiten
Publié par Marie
Taxandria n'est pas du tout inachevé. le film existe bel et bien et vient de sortir en DVD chez Cinéart.
Publié par Fabien
Non seulement il existe mais il avait ete projette en salles, tout au moins sur Paris et c'est comme ca que je l'avais vu. Tres bon a mon gout d'ailleurs.
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