Le monde de l'édition > Critiques

Je pars à l'entracte, Nicolas d'Estienne d'Orves

Par Virginie Troussier,Le lundi 01 août 2011 à 09:08:01 - 1 commentaire

12

  • Zoom moins
  • Zoom plus
  • Signaler erreur
  • Imprimer
  • Envoyer à un(e) ami(e)

illustration

ISBN : 9782841115402

Prix eBook :

Prix papier : 7€

Pages : 72 pages

Editeur : Editions Le Nil

Traduit de :

Traduit par :

De tous les sortilèges qui peuvent envoûter une personne, il n’en est pas de plus redoutable qu’une vision du monde, livrée à l’âge où l’esprit réclame un tuteur, à l’âge où l’amitié devient clé de voûte de l’existence.

En peu de temps, les arguments et les concepts de l’ami presque prophète embrasent le jugement du nouveau converti, et cette sorte de possession résiste à tout.

Telle fut, semble-t-il, l’aventure vécue par Nicolas d’Estienne d’Orves, le jour où sa sensibilité entra en collision avec les fulgurances de Nicolas, l’ami aujourd’hui disparu. Il s’y est plu, dans cette amitié exclusive, et s’est ensuivi un chaos presque passionnel qui sert de trame au livre qu’il exhibe aujourd’hui, tel un amas de cendres froides.

Nicolas d’Estienne d’Orves écrit la lettre qu’il n’a jamais écrite.
« Quand tout a été dit sans qu’il soit possible de tourner la page, écrire à l’autre devient la seule issue. Mais passer à l’acte est risqué » dit l’incipit de Claire Debru qui dirige la collection « Les affranchis ».

C’est effectivement risqué, pour l’auteur, de s’adresser à son ami disparu, sans tomber trop facilement dans le pathos, et le sensible. Risqué de tirer son portrait, sans exagérer l’éloge, sans froisser le souvenir. Risqué de rester juste, lorsque l’ami concerné n’existe plus. Le drame est tel, que l’on aurait tendance à reformuler le passé, enjoliver la mémoire, effacer le sombre, tant la mort est déjà trop noire.

Pourtant, Nicolas d’Estienne d’Orves s’adresse à lui, comme si il s’écrivait à lui-même, restant fidèle à leur amitié fusionnelle. Une tête à deux corps. Dans un récit de fièvre sèche, mené avec une hâte rageuse et à coups de froids abattements, l’auteur distille un pouvoir d’émotion aigu.
Dans les souvenirs, il retient cette absolue fascination. Son aura puissante qui l’attirait, qui les liait. Culturellement. Intellectuellement.

« Vingt années où tu fus plus que mon ami : mon double noir, mon effrayant modèle, la matrice de mes passions, de mes goûts, de mes rages. (…) Nous avons, l’un dans l’autre – si je puis dire – dépucelé nos sensations : découverte du monde, des grands espaces, de la misère, du rire sous la lune ; déception devant nos proches, nos parents, nos idéaux, nos premiers engouements. Chacun cherchait dans l’autre la validation de ses intuitions ».

Cet ami absent a fait peser une lourde tutelle sur l’auteur, comme s’il gardait la conviction, encore obscure, qu’il était entré définitivement en lui, qu’il dirigeait ses pensées, le maintenait en éveil. Il restait passionné par son audace, par l’intensité de sa présence.

Au fil du temps, la passion se transforme en pression, et Nicolas, l’auteur, se détache progressivement. Il commence par écrire. Nicolas l’ami, lui, n’en a jamais été capable, et préfère voyager, flirter avec la misère du monde, se frotter aux drames, dans une certaine complaisance, en se donnant tel ou tel chagrin pour alibi.

A coups de phrases pointues, définitives, l’auteur trace le portrait d’un adulte faible et attachant, personnage torturé, poète maudit, qu’il a fini par comprendre. Sa prose limpide jette une lumière blanche sur les secrets de cet homme, décortique les pulsions qui le minent.

Quand son suicide lui est annoncé, la douleur est presque ailleurs, et c’est certainement dans ce sentiment, cette hauteur, que le livre fascine. Il y a dans ces pages une vraie souffrance, une urgence qui saute aux yeux, mais également un soulagement qui fouette le sang.

L’auteur s’appliquera désormais à vivre - sans trahir ni oublier - pour lui-même.
Au terme de ce rituel du souvenir, qui devient surtout un âpre chant d’amour, et de ces interrogations sans réponses, le disparu aura trouvé sa place dans l’existence. Si la vie est sans retour, écrire est tout de même une façon de fermer la boucle. Et de tirer, très fort.

Achetez Je pars à l'entracte sur Comparonet
 

Mots clés :
pars - entracte - nicolas - estienne



Réactions

Publié par Sophielit

 

"Ce livre est un cri."
Voir l'avis complet : http://actualitte.com/blog/sophielit/2011/06/09/je-pars-a-lentracte-nicolas-destienne-dorves/

Écrit le 02/08/2011 à 10:25

Répondre | Alerter

 

Publier un commentaire

 

publier mon commentaire

pub

Suivez-nous

Désinscription

Communiqué

Julia deck

Rencontres / Débats - Jeudi 20 novembre 2014 à 20h00 - A la librairie Rencontre et discussions avec Julia Deck [...]

maestro diffusez vos communiqué sur actualitté

Profitez d'un vaste réseau de diffusion pour communiquer sur votre actualité, vos événements et vos parutions !
En savoir +

Sondage

Un abonnement pour les livres numériques, en illimité, ça vous inspire quoi ?

 

 

 

 

 

 

 

Voir les résultats

 

© 2007 - 2014 - actualitté.com