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Cadence, Stéphane Velut
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Artiste dans les années 30, à Munich, ça n'a rien d'une sinécure : il faut être soit du côté du National Socialisme d'Hitler, soit avoir de bons appuis pour quitter facilement le pays. Car les bottes font grand bruit dans les rues, et l'on distingue à peine les paroles des hommes, recouvertes par les interventions radiophoniques du Führer, qui régulièrement s'adresse dans des harangues au peuple.
Dans sa masure, un peintre a accepté de réaliser un tableau officiel, incarnant la beauté, l'innocence et la force de l'Allemagne. Pour ce faire, on lui livre une enfant de 12 ou 13 ans. Ou moins. Cette Cosette ne sera pas mal traitée : sortie de nulle part, elle aura le gîte, le couvert. Mais pas question de tendresse pour son modèle : le peintre a d'autres projets. Il commande à Werner Troost, un ami d'enfance, ou presque, un habit de métal, qui recouvrira le corps de cette fillette. Qui fera d'elle un pantin articulé, une véritable machine, proche de l'automate.
Oh, elle restera humaine, mais devra porter cette chose sans cesse – excepté les jours d'inspections par les autorités, qui veillent au grain sur le bon déroulement du tableau. On lui rasera d'ailleurs le crâne pour simplifier la pose de l'objet. Et une fois ainsi harnachée, le peintre en prend plus encore possession. Maître et créature, dans des rapports surnaturels... Créateur et créée, dans une relation infectée.
Bon, je sais que l'on s'est plaint ici et là dans le magazine que les nazis, on commençait à en manger un peu trop et qu'il était temps de trouver une approche nouvelle, sinon de changer de période un certain temps. Stéphane Velut a décidé de profiter de l'ambiance que l'on imagine volontiers dans l'Allemagne de 1933 pour son huis clos, quasi exclusivement vécu depuis une chambre de location, dans une sorte de pension de famille désertée.
Bruit de bottes, propagande, petits chefs et prémisses de la montée en flèche du régime hitlérien, historiquement, tout y est pour qu'une lourdeur nous écrase, encore non dite, mais déjà insupportable pour nous qui connaissons la suite. Le reste n'est pas vraiment que littérature. Cette métamorphose contre nature d'une fillette en pantin installe une dimension glauque supplémentaire, autour de laquelle va se dérouler... rien.
Le livre est extrêmement contemplatif : le tableau est commencé, mais rarement continué, le peintre réfléchit des heures en écoutant la radio, mais passe le plus clair de sont temps à se féliciter de sa créature. Ou à la blâmer, mais c'est rare. Métaphore de l'artiste qui n'a plus rien à créer ni à sublimer, dès lors que l'on a donné vie à ses fantasmes ? Probablement. Allégorie de l'aliénation mentale, par l'incarcération, sorte de prévision des camps de concentration ? Pourquoi pas ? Autre chose encore ? Rituel mystique ? Folie dégénérée ? Tout peut s'envisager.Et si le roman semble couler tout seul, sans être ni enivrant, ni mauvais au sens moral du terme, il s'en dégage un désagréable sentiment d'inconfort, de mal-être. On le referme presque à dégoût, sans savoir si l'on a pris part à une chose horrible, ou que, pire encore, on s'est contenté d'en être le voyeur attentif de n'en perdre pas une seconde. Mais en tentant surtout de se cacher que l'on y a pris un certain plaisir.
Dérangeant, assurément...
Retrouvez Cadence, de Stéphane Velut, en librairie
Publié par boudgato
Je l'ai fini hier et oui , je l'ai trouvé tres derangeant.
Degout, nausée, malaise...Tout cela prend le dessus de la narration, et franchement, a la fin je n'en pouvais plus.
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