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Chronique : Ciel Liquide, de Karim Madani
Par Nicolas Gary, le lundi 26 juillet 2010 à 10:00:00 - 2 commentaires
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C'est un soir d'orage sur la Ville Basse et la Ville Haute, mais dans l'une, on vit à l'abri d'une sécurité maladive, quand l'autre croule sous les assauts de la drogue, que l'on consomme dans les clubs privés. Aucun dealer ne prendrait le risque de vendre dans la rue, les lois draconiennes ont au moins instillé cette peur. C'est ici que Pharaoah Sanders, un Nigérian au physique androgyne a implanté son nouveau business. Un produit qui colle à l'âme. Mieux : qui la dévoile. Ciel Liquide. Et les premiers tests dans la rue sont concluants. Un peintre s'est découpé l'oreille façon Van Gogh, un dépressif s'est défenestré sur un air de Nirvana... Des pertes de clients potentiellement fidèles, mais qui alimentent la rumeur... un nouveau produit... qui ferait marcher le paraplégique et remporter un match de boxe. Vivement que sa boîte, le Sin City, puisse en proposer aux clients réguliers.
Démentiel. Sauf pour la police, qui trime. Mais elle est tout aussi liée aux cartels et autres mafias que la presse l'est à Google et Apple, les deux magnats qui contrôlent l'information. Allez causer d'indépendance aux pigistes de L'Oeilneuf.fr. Pas évident de raconter l'issue d'un procès quand l'accusé n'est autre qu'un des actionnaires majoritaires, et accessoirement, baron de la famille Salvadone. Oui, la vie est dure pour les journalistes... Peut-être pas autant que pour Marvin, un ado qui n'a pas le bon goût de rater son lycée comme les autres. Surtout que son professeur, Sam Pamieri, lui a découvert un don pour la lecture. Ce gamin dévore.
Mais ce gamin tue aussi. Avec des mots. Littéralement. Et pas juste pour vanner. Marvin est trop discret. Mais acculé, il libère des paroles meurtrières, assassines. Qui font exploser le cerveau, avant qu'il ne vous coule à travers les lobes, les narines, les oreilles... Pas beau à voir. Marvin tue, et pourtant, dans la Ville Basse, un autre enfant guérit. Par les mots aussi. Une médaille, deux facettes.
Ça tombe bien, Sanders est en recherche d'un enfant. La prophétesse camée au crack lui a promis que l'enfant qu'il trouverait lui assurerait la maîtrise, le contrôle. Le pouvoir en somme. Encore faut-il le retrouver...Anticipation oblige, cette uchronie si peu fantaisiste qu'on croirait un reportage venu du futur se place dans la lignée des oeuvres de Gibson ou de K. Dick, avec une french touch d'originalité. Fluide en diable, avalé par votre serviteur dans l'après-midi, Ciel Liquide est un petit bijou qui n'est pas de la SF, mais une véritable et excellente anticipation dans un Paris pas si loin de nous.
Avec calme et précision, les éléments s'imbriquent autour des mots, de la drogue nouvelle et des ambitions diverses. Rompu aux codes des films de gangsters, autant qu'à l'écriture scénaristique, la trame s'installe sans heurt ni rupture. Un défilement narratif linéaire classique, au service d'un style imprégné de références et pas des moindres - Karim avoue volontiers son penchant pour la science-fiction et de milliers d'autres choses.
Le final manque un peu d'éclat à mon goût, sans enlever au plaisir du reste. Un infiltré démasqué qui se fait jeter dans un fleuve, la tentative d'intimidation de la pègre archaïque, l'explosion de Marvin harcelé par ses camarades de classe... autant de repères indispensables à l'ambiance pour les amateurs. Et cette drogue délirante, quasi directement puisée dans l'imaginaire de Dick, nappe l'ensemble d'un voile de réalité éclatée, à laquelle chacun tente de redonner un sens.
Toutes les strates sociales y passent, dans une vision prophétique si juste de notre futur. Les iPhone 7 y côtoient des types fans de tuning, rafistolant de vieilles DS... les flics ont les mains liées par leur hiérarchie asservie aux politiques, eux-mêmes pris par la mafia ou les mégacorporations. Rien n'échappe à ce monde en perdition, et personne ne peut compter s'en sortir indemne. Brillant. Vicieux, mais brillant. Au point de nous en faire oublier que l'on parle de la capitale du pays...Puissant, intelligent et rudement bien tourné, Ciel Liquide est le bouquin qui manquait à cette fin d'année, avant de se plonger dans la rudesse d'une rentrée littéraire massive. Et surtout, qui se continuera avec une suite, plus primitive... Retour aux sources.
Ciel Liquide coule de source, sur Comparonet
Par Nicolas Gary, le lundi 26 juillet 2010 à 10:00:00 - 2 commentaires
Mots clés :
drogue -
paris -
prophetie -
enfant
Publié par aragon
j'ai lu ce livre
il est fantastique
Publié par x'
en réponse à aragon
il y a un livre "le journal infirme de Clara Muller" qui se passe un peu après ou le ciel liquide et Marvin sont présent
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