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Des morts qui dérangent, Talbo II et Sous-commandant Marcos
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Mais un jour, le « Sup », le patron d’Elias, lui demande de partir pour « le monstre » (c’est comme cela qu’on appelle Mexico dans les montagnes du Chiapas) : dans un premier temps pour apprendre le mode de vie et s’intégrer, dans un deuxième temps pour prendre contact avec Belascoaran et, dans un troisième temps, si ce contact s’avère positif et si Belascoaran est d’accord, pour tenter de mettre la main sur un dénommé Moralès qui, « né du mariage entre le mal et la méchanceté » est directement impliqué dans la répression et la torture des zapatistes.
Et cela tombe bien, car Belascoaran vient justement d’être contacté par un homme, à l’aspect d’un fonctionnaire, qui lui fait part du fait qu’il reçoit, depuis quelque temps, des appels téléphoniques d’un mort. Un mort qui a été assassiné peu après sa sortie de prison. Un mort qui a été, un temps, son ami au lycée et dont il a suivi, de loin en loin, l’histoire (les histoires) qui l’a amené en prison. Un mort qui; lui aussi, dans ses messages laissés sur le répondeur, parle de Moralès .
D'abord, il y a le fait que ce livre a été écrit à 4 mains. Il semble que ce serait à la demande du sous-commandant MARCOS que Paco Ignacio TALBO II a accepté, en tant que compatriote, d’écrire un roman policier qui développerait sa trame dans le contexte politique contemporain du Mexique, permettant ainsi une lecture totalement ancrée dans le réel.
Et c’est vrai que deux styles très différents se succèdent au fil des chapitres. Chacun faisant vivre son propre héros dans son monde : Belascoaran, déjà un personnage à succès de Paco Ignacio TALBO II, dans les rues de Mexico, et Elias, créé pour l’occasion par MARCOS, entre son Chiapas d’origine et « le monstre ».
Cela n’est faire ombrage à personne de constater qu’il y a un récit plus construit autour de Belascoaran, mais un monde plus réel autour d’Elias. Cette sorte de match de tennis où les héros s’entrecroisent est particulièrement originale. L’ambiance générale des actions y contribuant beaucoup.
Ensuite il y a la réalité socio-économico-politico-historique d’un pays qui reste le voisin d’un autre pays plus au Nord dont il est difficile de se défaire des influences. Les avidités se jouent des frontières. Pourtant, le fil rouge fascisant qui se déroule derrière les traces imprécises de Moralès passe par bien d’autres contrées, y compris européennes… Ces ombres noires n’ont pas de frontières non plus.
Les annotations historiques et politiques de bas de page permettent de resituer l’action en référence à des dates, à des évènements qui ont largement marqué ce pays de leur empreinte indélébile. Elles permettent aussi de compléter (certainement de manière un peu subjective) une connaissance parfois ténue (pour ce qui me concerne) de l’histoire (en tout cas récente) du Mexique.
Pour avoir (très peu) côtoyé ces pays d’Amérique Latine ou du Sud, pour avoir (très peu) marché dans les rues de Mexico, au fil des pages, j’ai quand même eu le sentiment de retrouver les sensations qui avaient alors été les miennes : une ambiance dans le roman largement à la hauteur de la réalité.
Enfin, il y a le thème du roman, avec un personnage toujours invisible, toujours impalpable, unique, multiple, omniprésent et pourtant introuvable. Cette plaie d’Égypte qui pousse devant elle des ambiances pestilentielles et laisse derrière elle des traces noires. Les affres des régimes autoritaires, pour ne pas dire dictatoriaux, où certains vivent de la mort des autres.
Rien de nouveau sous le soleil sauf que c’est original dans le fond et dans la forme. Sauf que c’est instructif même si c’est loin d’être un livre d’Histoire ! Mais on en apprend plus qu’en lisant les journaux : ce n’est pas parce qu’ils n’en parlent plus que plus rien ne survient. Sauf qu’au-delà d’un roman policier, il y a l’histoire d’une minorité que des gouvernants, appuyés par des ombres sans foi ni loi, oppriment sans cesse au seul nom des profits que d’autres feront ailleurs, bien plus énormes encore, à leur insu.
Pas complètement révolutionnaire, mais cela reste sur le chemin. En tout cas largement plus qu’un simple roman policier.
Retrouvez Des orts qui dérangent, sur Place des libraires
Par Mimiche, le jeudi 06 novembre 2008 à 11:00:00 - 0 commentaire
Mots clés :
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