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Du plomb dans le cassetin, de Jean Bernard-Maugiron
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« Je travaille la nuit comme correcteur de presse dans un grand journal régional ».C’est ainsi que débute la quasi-totalité des chapitres de ce petit roman. C’est ainsi que le narrateur se présente page après page, certainement plus troublé qu’il n’y paraît de prime abord d’avoir été reconverti. Lui ! Lui qui possède ses CAP de typographe et de linotypiste. ! Lui qui a vécu dans l’odeur du plomb fondu pour l’élaboration des mots, des signes, des paragraphes, des pages qui faisaient ensuite les journaux. Lui qui lit presque mieux à l’envers qu’à l’endroit d’avoir si longtemps mis en forme ces lettres « en creux » qui permettraient de former ces textes partant ensuite vers l’imprimerie.
Depuis toutes ces années passées au journal, le voilà maintenant rabaissé à relire des textes en blanc sur fond noir sur des terminaux où les correcteurs comme lui mettent la dernière main à la photocomposition des pages.
Rien à voir avec l’ancien métier, le vrai ! Celui du typographe ! Un métier parmi tous ces métiers du livre qui faisaient des ouvriers l’égal des patrons. Ces patrons qu’ils mettaient parfois à genoux avec la force de leurs revendications syndicales devant lesquelles les imprimeurs ne pouvaient que plier.
Mais tout cela a bien changé.
Il n’y a plus ces corps ouvriers unis pour défendre leurs intérêts et l’ancien typographe ronge son frein dans des travaux de moins en moins qualifiés et présentant de moins en moins d’intérêt. Cent mille raisons de perdre l’ancien prestige. Autant d’occasions de voir naître des aigreurs vis-à-vis des autres, des collègues, de la hiérarchie.
À petites touches, Jean BERNARD-MAUGIRON démolit avec minutie et systématique les anciens repères d’un homme qui s’était élevé dans une certaine considération au travers de son travail, de sa technicité et de ses compétences. Aujourd’hui presque jetées aux orties du fait d’une organisation du travail différente répondant à de nouvelles valeurs que les anciens ne peuvent pas reconnaître et à de nouveaux intérêts par lesquels les patrons ont réussi à casser les anciens contre-pouvoirs.
Dans cet embrouillamini qui envahit progressivement son esprit, les repères dérivent, la normalité s’égare.
En quelques pages rondement menées, Jean BERNARD-MAUGIRON « dynamite » une vie de travail, une vie minée, une vie rongée par le plomb fondu des matrices !
Au-delà, voilà, un bel hommage au livre et à ceux qui, longtemps, l’ont fabriqué à la main.
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