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Elise Fontenaille, L’aérostat
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Quoi de plus naturel alors que de prendre pour héros un second couteau, nanti double manchot, héritage d’un film de Tim Burton, que l’on aura doté d’une paire de pinces en argent, façon Édouard aux mains elles aussi d’argent ? Quoi de plus évident que de le savoir libertin et fort épris du plus grand esprit qu’il lui fut donné de côtoyer sur cette Terre, en la personne du marquis de Sade ? Et qu’est-ce que cet Aérostat, ventre fumeux gonflé d’un air emprunté aux frères Montgolfier qui en sont les inventeurs ? Une machinerie nuisible qui arrache l’homme humble à sa terre, pour lui faire caresser les cieux !
Mais, Mme Fontenaille, Icare vit se décoller la cire de ses ailes, à s’approcher de l’astre du jour. Et si vous aviez un peu plus de lettres et de bon sens, vous n’oseriez pas vanter les mérites d’une machine si bête qu’elle fonctionne à l’air chaud, que l’on sait plus idiot que l’air froid, parce qu’il remonte aussi bas que soit un plafond ! Je confesserais que l’air froid n’est pas d’une spiritualité étonnante, lui qui serait plutôt à ras les pâquerettes, mais enfin chacun sa place. Et en cas d’incendie, on cherche au plancher l’air froid et non cet ahuri d’air chaud, heureux de rôtir sous son plafond.
Enfin cette Juliette, victime infortunée de vos sévices littéraires, qui peine à travailler dans un milieu d’hommes, celui de la Gazette de Paris, qui se pique d’un peu de sciences et de philosophie, j’imagine… Tout d’abord, on frémit des milieux détestables qu’elle fréquente, de l’influence de ce bandit manchot d’Alexandre. Une jeune femme si bien tournée. Mais très vite l’imposture se fait claire ! Ne croyez-vous point que sous les traits graciles de la journaliste, on saisisse aisément qu’il s’agit bien d’un vous déguisée sous les formes d’une jeune femme de la fin de XVIIIe siècle ? Ô vile translation de votre imaginaire, qui projette votre image en une existence au Siècle des Lumières. Et quand on sait que tour à tour Juliette se donne au plus vicieux des marquis de France puis enfin à une sorte de roi africain, souffrez, madame, que l’on tremble pour vous. Et de vos fantasmes…
Vous vous entretenez de libertinage, et par ma foi, vous en possédez un rayon, que l’on redoute de découvrir autre que théorique ! Mais le libertinage, chère Élise, avec quoi faut-il l’affûter, chère Élise, chère Élise ? Avec les appétits d’un homme et son imagination échauffée, brûlante de liberté et de luxure, de plaisirs et de rage. Ce ne sont pas là les atouts qui siéent à une femme. Toutes ces horribles choses, écrites dans ce livre, révélez au public que vous n’y croyez pas. Enjoignez-le à répudier votre texte, comme vous ne manquerez pas vous-même de le faire, j’en suis sûr.
Convient-il qu’une femme s’entretienne de prostitution et de prostituées ? Qu’elle envisage, fut-ce par les cieux, d’arracher un prisonnier, qui pis est libidineux et jaloux, à la geôle où il croupit à juste titre ? Et comble du comble, que cette Juliette s’envoie en l’air avec son Alexandre ami manchot dans la nacelle qui traversera la cour de Montreuil, où le divin Marquis est reclus ? Non, cela ne se peut pas. Cela ne peut être !
En revanche lecteur, sois averti : il n’est pas de livres plus sympathiques à découvrir dans le genre historique romanesque que celui que ma chère Élise nous a fichu entre les mains. Et parce que ma mauvaise foi n’a de limite que la page où écrire cette critique, je préfère rendre à César ce que cette garce de Cléopâtre et ce fourbe de Marius lui ont fauché.
Élise, ma douce Élise, épousez-moi, vous me faites marrer !
Par Nicolas, le jeudi 15 mai 2008 à 11:00:00 - 0 commentaire
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