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La ligne de courtoisie, Nicolas Fargues
Par Virginie Troussier, le lundi 23 janvier 2012 à 19:14:44 - 2 commentaires
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Dans l'absolu, on aime (beaucoup) Nicolas Fargues. On admire sa réflexion incisive et originale sur la condition humaine, sa propension aux phrases amples, aux propositions qui se répondent, jusque dans la qualité de la langue, sa précision, son obsession du sens juste.
Et jusque dans la démarche, à creuser chaque thème, à en explorer les moindres recoins jusqu'à l'épuisement du langage. Mais, cette fois, en dépit de beaux et notables paragraphes, on a un peu plus de mal à apprécier. Parce que dans ce nouveau roman, ce qu'on lit au contraire, ce sont surtout des mots plus terre à terre, une histoire bancale, plus légère.
Pression d'un succès, ou simple passage à vide... Quoi qu'il en soit, et malgré, toujours, de belles prouesses stylistiques, il manque un peu d'étonnement pour qu'il soit élu le roman de l'hiver.
L'histoire est celle d'un narrateur dont on ne connaîtra jamais son nom. Nous savons qu'il a 43 ans, deux enfants dont il n'est pas vraiment proche, et qu'il est divorcé de leur mère. Le temps d'un dîner famille/amis suffit à mesurer le fossé qui les sépare.
Après quelques succès, sa carrière d'écrivain est en panne. Il décide alors de prendre le large en Inde, et sur un coup de tête, de s'installer là-bas. C'est ainsi qu'il ensevelit son passé, et un peu d'horizon.
Comme toujours, Nicolas Fargues traque ces métamorphoses, ces mouvements imperceptibles qui sont aussi – émouvants, horribles et fascinants – au cœur de ce qu'il écrit.
Son sens de l'observation allié à un souci du détail poussé à son paroxysme informe plus que tout autre discours sur le caractère du narrateur et le regard acerbe qu'il porte sur ses contemporains et sur lui-même.
Lutter contre, rendre compte et façonner le désordre des hommes, le fractionner encore, puis le rassembler dans un monologue intérieur parfois paradoxal : d'un registre à l'autre, de la colère au burlesque, du descriptif au déraisonnable.
Nicolas Fargues sonde les personnalités. Absurdes, ajustés, assourdissants, les mots de l'auteur donnent toujours l'impression de défricher des terres inconnues et font de lui un grand écrivain. Son dernier récit impose un devoir d'exigence, qui fait de lui un texte impeccable entre « traité » et petit « essai ».
Mais, malgré la gravité essentielle du sujet, il manque le cœur, le fond, l'envolée romanesque. Ce récit de voyage reste immobile, et la fin laisse un goût d'inachevé. S'il offre donc de belles satisfactions, la quête ontologique de Nicolas Fargues n'a pas été menée à son terme, cette fois-ci.
Par Virginie Troussier, le lundi 23 janvier 2012 à 19:14:44 - 2 commentaires
Mots clés :
Nicolas Fargues -
La ligne de courtoisie -
P.O.L. -
Roman
Publié par Yvette Bierry
"La ligne de courtoisie" - Nicoas Fargues
"La ligne de courtoisie" est le neuvième livre de Nicolas Fargues. De prime abord, ce roman est plein de drôlerie. Afin d'éblouir Léa, sa dernière conquête, le narrateur lui avait suggéré d'inviter à dîner, chez lui, ses meilleurs amis ; il s'était mis en frais, "écumant les épiceries fines,... détaillants de décoration", fleuriste..., s'évertuant à passer pour "un type formidable". Une heure après, une dizaine d'individus "aux épais souliers gonflés d'eau de pluie" débarquent "les mains vides", et s'installent chez lui, fumant cigarette sur cigarette... Ajoutons que cinq mois plus tard, Léa le quittait...
Cette "ligne de courtoisie" est plus apparente que réelle. Le narrateur, pusillanime, souffre de la solitude, il est en rupture de ban ; à travers l'étude de son comportement, l'auteur excelle à débusquer les travers de la société contemporaine. Le roman de Nicolas Fargues est une comédie de moeurs corrosive, grave, très vivante, au style ampoulé, d'une précision complexe.
Yvette Bierry, 05/02/12
Publié par Yvette Bierry
"La ligne de courtoisie" - Nicolas Fargues
"La ligne de courtoisie" est le neuvième livre de Nicolas Fargues. De prime abord, ce roman est plein de drôlerie. Afin d'éblouir Léa, sa dernière conquête, le narrateur lui avait suggéré d'inviter à dîner, chez lui, ses
meilleurs amis ; il s'était mis en frais, "écumant les épiceries fines, ... détaillants de négociation", fleuriste ... , s'évertuant à passer pour "un type formidable". Une heure après, une dizaine d'individus "aux épais souliers gonflés d'eau de pluie" débarquent "les mains vides", et s'installent chez lui, fumant cigarette sur cigarette... Ajoutons que cinq mois plus tard, Léa le quittait...
Cette "ligne de courtoisie" est plus apparente que réelle. Le narrateur pusillanime, souffre de la solitude, il est en rupture de ban ; à travers l'étude de son comportement, l'auteur excelle à débusquer les travers de la société contemporaine. Le roman de Nicolas Fargues est une comédie de moeurs corrosive, grave, très vivante, au style ampoulé, d'une précision complexe.
Yvette Bierry, 05/02/12
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