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La meilleure part des hommes, Tristan Garcia

Par Franck G. Bessone, le lundi 08 septembre 2008 à 11:00:00 - 5 commentaires

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ISBN : 9782070120642

Prix eBook :

Prix papier : 18,50 €

Pages : 305 pages

Editeur : Editions Gallimard

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Premier roman, ambitieux, mais raté. Dommage, le propos est toujours à explorer et méritait mieux : la traversée des années sida, disons en gros 80-2000. Vue par 3 protagonistes, William Miller, jeune provincial paumé dans une capitale où il deviendra un écrivain controversé, Jean-Michel Leibowitz, intellectuel philosophe qui essaye de comprendre son époque en la commentant, et Dominique Rossi, ancien militant gauchiste, aujourd’hui engagé dans la lutte contre le sida, sous le regard d’une quatrième, la narratrice, Élisabeth, journaliste à Libération. Elle devient l’amie du premier après l’avoir interviewé, elle est l’amante du second et la collègue de travail du troisième, à qui elle doit son poste à Libé d’ailleurs. C’est par son intermédiaire que William rencontre Dominique qui vivra au fil des années une histoire d’amour puis de désamour, voire de haine viscérale.

Ce roman est faux, car tout sonne faux. À commencer par cette narratrice qui parle, pense et écrit comme un homme, et n’était-ce son nom, nous ne penserions pas un seul instant qu’il s’agisse d’une femme. Difficile d’imaginer notre Élisabeth assistant à une mise de capote dans une backroom du Marais par exemple ! On se prend à admirer le tour de force d’une Anne Garreta dont son Sphinx gardait l’indécidable quant au sexe de qui nous contait l’histoire.

Difficile ensuite de comprendre l’existence de ce personnage-narrateur et les raisons qui la poussent à raconter. Faux surtout, dans ces années sida qu’il essaye de faire revivre ; de transcrire serait plus juste. Qu’historiquement certains détails ne soient pas à leur place ou erronés, passons, Tristan Garcia n’a pas volonté à faire œuvre d’histoire nous dit-il lui-même « C’est un roman, il y a beaucoup d’arrangement avec le réel. Je ne voulais absolument pas faire un document sur la période. », mais on sent qu’il cherche cependant à circonscrire l’esprit d’une époque, les années 80, la fin d’une idéologie, le début de la dépolitisation, les yuppies, le libéralisme.

Les 3 personnages créés pour l’occasion en témoignent, représentants idéologiques emblématiques : un activiste, un philosophe, un écrivain. Ils n’apparaissent trop que comme un passage obligé, paradoxalement factice : alors qu’on pourrait mettre tel ou tel nom connu derrière telle figure, celui Guillaume Dustan derrière celle de William Miller par exemple, on sourit a posteriori de la mise en garde initiale qui insiste sur le fait que ces « personnages de roman n’ont jamais existé ailleurs que dans les pages de ce livre », et dont ne sait pas à qui elle est imputable, mais dont on devine que l’éditeur l’a souhaitée pour prévenir ce qu’il craignait être scandaleux sans vrai discernement, et surtout sans s’en empêcher d’orner le livre d’un bandeau rouge racoleur Paris, années sida. Il fallait quand même attirer le lecteur… et aujourd’hui le sida ça vend.

Garcia, né en 1981, n’ayant pas vécu cette période qu’il raconte, semble nous offrir la copie d’un potache qui a bien fait ses recherches et nous met tout à trac un peu de tout pour faire illusion – ainsi sent-on constamment un éparpillement à vouloir tout représenter de ce qu’on sait qui a existé (milieux, arts, Histoire, conflits) – à commencer par ces 3 protagonistes qu’on eût préférés inconnus, mais vrais représentants des mœurs d’une époque que Garcia tente en vain de faire vivre. Un homme, jeune, découvrant la vie et le sida de conserve, essayant d’avancer dans les peurs, les contradictions, les coups de gueule des discours d’alors, un homme sans qualités peut-être eût-il mieux convenu au propos de notre auteur.

Ces protagonistes ne nous intéressent finalement que dans leur intimité. Le combat à mort que vont mener Dominique et William, combat intellectuel, sexuel, passionnel, prend le dessus et finit par être le seul sujet du livre. Mais trop tard pour y plonger ! Garcia ne se fait que l’écho d’un débat (le sexe à risques et la prévention) dont il ne semble pas paradoxalement comprendre l’enjeu. Que Dominique, fondateur de Stand-Up, premier mouvement associatif homosexuel français (à l’image de Didier Lestrade et d’Act Up), soit le parangon de l’utilisation de la capote, et William du bareback est simplement un fait, une donnée sans que ce qui se joue là de personnel soit questionné.

Il me reste à dire mon agacement devant le style relâché, rempli de lourdes répétitions, d’incorrections langagières même... L’oralité ici est partout, même au niveau de la narration, et apparaît du coup plus comme faiblesse que travail conscient sur le langage ! Tenter d’écrire l’oral, et tordre la langue à la manière d’un Céline, oui, mais ici les temps du récit ne semblent pas maîtrisés et quelques passés simples surgissent là où ils n’ont que faire, les concordances de temps ou leur emploi semblent parfois curieux (on inverserait bien a et avait dans cette phrase : « Plus tard, quand je lui ai demandé pourquoi il a fait cette vacherie, le salaud, Will, complètement à l’ouest, m’avait répondu… »), les protagonistes n’arrêtent pas d’avoir des connexions (mot qu’on aimerait voir orthographié toujours avec « x »), on monte bien sûr 'sur' Paris (si c’était dans la bouche d’un personnage cela ne me choquerait pas, que cela apparaisse aussi dans la narration devient une négligence), l’emploi de certains mots sent l’anglicisme comme « définitivement » dans le sens de « vraiment », et les mots anglais quant à eux sont nombreux et parfois cachent mal une facilité ou un réflexe générationnel bullshit, gift giver, bug chaser, skin to skin, fuck of death, straight, safe, poz cum, c’est down, rider, no offense…


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Par Franck G. Bessone, le lundi 08 septembre 2008 à 11:00:00 - 5 commentaires

Mots clés :
meilleure - part - hommes - Tristan

Réactions

Publié par bartleby

 

"Il me reste à dire mon agacement devant le style relâché, rempli de lourdes répétitions, d?incorrections langagières même... L?oralité ici est partout, même au niveau de la narration,"
Il me semble que la narration, dans ce roman, est prise en charge par un personnage, lequel a sa voix, sans doute ici confondue avec celle de l'auteur par votre critique. Ceci me rappelle a contrario ce que disait un tout autre critique lisant Molière : ?Il eût écrit moins bien, s?il avait mieux écrit.?

Écrit le 27/09/2008 à 17:43

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Publié par Keeko

 

La plume du critique me semble plutôt crispée, aigrie, ce qui est un comble quand on essaie de commenter un bouquin sur les contradictions de la vie, d'une époque, sur un bouquin qui ne se veut pas une fresque fidèle, mais plutôt une esquisse d'esprit, d'atmosphère.

Je ne suis pas d'accord avec l'idée que l'auteur n'aurait pas pris conscience des enjeux posés par la question de la capote; venant d'un très probable futur thésard en philosophie, normalien, cela me semble un peu usurpé. Relire l'ouvrage, sans doute, permettrait au critique de se rendre compte de la justesse de certains propos.

Je soupçonne un faux-procès sur le fond ( les autres commentaires sont tout bonnement ridicules, notamment le faux débat sur l'importance de poser des acteurs du réel dans une fiction sous couvert d'honnêteté : on s'en fout, clairement ) qui dissimulerait un énervement quant aux libertés littéraires prises par l'écrivain; au diable les conservatismes !

Écrit le 08/11/2008 à 18:48

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Publié par yo

 

hé bien , continue à aimer anna gavalda, qu'est-ce que tu veux qu'on te dise, si tu n'es pas capable de reconnaitre dans les oeuvres des autres ce qui peut te rendre intelligent, continue à te divertir.

Écrit le 28/11/2008 à 17:09

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Publié par Nemo

 

C'est toujours inquiétant de lire les commentaires des internautes ; visiblement tous très cultivés, vous n'avez de cesse de souligner les erreurs de ces ignobles critiques qui osent prétendre nous apprendre, et à lire, et à penser. Je veux dire, clairement, tu vois, consulter l'article Wikipédia pour être capable, il le dit l'article, de préciser que l'auteur, il est normalien, c'est clairement - mec - de la culture, like totally. Et puis, heureusement que certains contrent le critickster dixit par du ad personam - sinon nous lirions tous encore Anna Gavalda. Merci de cet avertissement, agréable lecteur qui sait nous rappeler l'importance de l'ouverture d'esprit.

On l'aura deviné, j'ai lu La meilleure part des hommes, et je suis d'accord avec l'auteur de cet article.

L'écriture est au mieux indigente, au pire analphabète. On constate de nombreuses fautes de français indignes d'un élève de terminal - que dire lorsqu'elles viennent d'un normalien ? Je ne peux qu'espérer qu'ils s'agissent là de fautes de correction lors du travail des éditeurs.

Pour citer et commenter un peu notre ami Keeko à propos du couvert d'honnêteté, "on s'en fout, clairement, tu vois", je dirais que je suis d'accord. Mais je trouve quand même amusant qu'un livre s'inspirant de personnes réelles, mentionnant que "personnes et personnages n'agissent pas autrement", qu'un tel livre soit aussi peu capable de donner vie à ses personnages. Quelques biographies mal écrites, quelques tics de langages, est-ce là tout le contenu de l'humanité narrative pour M. Garcia ? Nous sommes en tout cas bien loin de trembler et d'entendre la locomotive de Malraux gronder au loin.

On le voit dès les premières pages ; il n'y a pas là l'ambition technique du Nouveau Roman. Qu'en est-il de l'intrigue, alors ? Je l'ai trouvée aussi pauvre qu'inintéressante. Le livre patauge et peine à installer ses acteurs, tente de manière pathétique - on nage en pleine série B - une acmé tragique vers la 285ème page... Parmi les lecteurs impliqués que nous sommes, certains voudraient haïr Willie, d'autres voudraient larmoyer compatissant sur son sort grec - mais il faut se l'avouer, ces personnages en pain d'épice ne prennent jamais vraiment vie, pas plus qu'ils ne laissent, la dernière page tournée, la moindre saveur en bouche.


Et mon cher Bartleby, belle analyse - la narration est prise en charge par un personnage, pourquoi donc n'y avions nous pas pensé !
Heureusement, depuis sa naissance, les écrivains, les vrais, n'ont eu de cesse de jouer avec les différents types de discours. Et si l'on considère le volume réservé aux monologues de Willie, entre autres, le discours ici fait souvent office de narration, n'est-ce pas ? qu'il soit direct, indirectement rapporté par la narratrice, ou librement rapporté à travers son discours même :
"Dominique stigmatisait la [...] jouissance puérile de la mort. Ensuite, les types comprennent leur connerie et ils viennent pleurer dans les associations."
voire tout simplement narrativisé.
Tout cela pour dire, très cher Bartleby, que l'oralité a certes une place dans la narration, puisque comme je l'illustrais à l'instant, celle-ci se fait souvent de manière rapportée. Mais qu'en est-il du discours de la narratrice même ? C'est votre amie, au café du coin, qui vous parle ? Aurait-il été indigne de rédiger correctement son propos ?
L'auteur lui-même, et c'est là l'ironie, a bien vu la faiblesse de ce style relâché, qu'il redresse d'ailleurs un peu (dans un mouvement contraire à celui de la chute de Willie, chose qui eut été intéressante à étudier si l'oeuvre avait eu une quelconque valeur stylistique) dans les derniers pages, plus sombres et tragiques.

Lorsque Willie constate qu'"oublier" et "publier" ne diffèrent que d'une lettre, la narratrice s'amuse de lui, disant qu'"il jouait comme un gosse". L'auteur semble partager ce point de vue sur les mots, leur travail, qui est le style - et c'est bien dommage. Parce que ce n'est pas avec des idées, mais avec des mots, qu'on fait un roman - ou une poésie. Comme dirait l'autre. Car n'est pas un jeu de gosse, c'est un travail semblable à celui de l'artiste qui prépare ses couleurs, du musicien qui accorde son instrument. Or something like that. Le chiasme n'est pas juste une pénible figure qui entrave la clarté du discours ; mais je ne ferai pas ce procès à un auteur qui, de toute évidence, ne s'est jamais posé la question de la clarté de son propos, celui-ci étant noyé dans un français horrible, aussi pauvre lexicalement qu'atroce syntaxiquement. Tu vois.


Que dire enfin du dernier chapitre tout simplement affligeant ? Un discours creux venant d'un personnage si creux qu'il ne parvient même pas à faire caisse de résonance, je pense qu'il résume bien l'ensemble de l'ouvrage. (Je n'aborderai pas les nombreux discours-manifestes absolument répugnant, particulièrement venant de Willie, e.g. p159,). Ensemble de l'ouvrage qui sonne faux.

La grande faiblesse de ce livre, je crois, c'est n'avoir pas pleinement plongé dans la parodie, voire la satire caustique qui semblait l'appeler. Lisant, on ignore si ces personnages à la fois stéréotypiques et clichés doivent être pris au sérieux ; peut-être aurait-il fallu moins de monologues zénervants, et développer une vision plus critique, digne d'un philosophe ? Car faire le portrait d'une société et d'une époque, cela ne me semble pas signifier tomber dans l'apathie amorphe d'un élève citant quelques passages d'une encyclopédie médicale, changeant de ci de là quelques noms par fantaisie.

Pour conclure si une note un peu moins négative, c'est vrai que tout ici n'est pas bon à jeter. Il y aurait des choses à dire, oui. Sur l'utilisation de certaines descriptions, qui parfois, derrière leur masque de carton chat mouillé semblent vouloir s'envoler sans jamais y parvenir. Sur certains parallèles adroits créés entre les époques par - mon Dieu - un peu d'écriture ; amusant que Willie malade et Willie enfant pissent, l'un comme l'autre, au lit - et Leibowitz nous dira surement qu'il était ses parents.

Écrit le 13/10/2009 à 01:11

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Publié par Anne

 

Difficile de penser que la narratrice puisse être une femme?
En étant une moi-même, j'ai eu un sentiment inverse au vôtre en lisant le roman, que vous expédiez avec une violence assez terrifiante.
Par ailleurs, vous semblez lui en vouloir, à Tristan Garcia, non? ... mais pourquoi?

Écrit le 05/03/2010 à 10:32

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