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Le Figurant, Claire Vassé
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Je le redirai, Claire, pour le coup, tu m’as cloué. Enfin, voyons d’abord ensemble de quoi ça cause, ton bouquin. Et déjà, tu fais des tiennes, ma petite Claire. Enfin.
Ton histoire, c’est celle d’un silence. Celle d’un figurant, anonyme à tout casser et au point que tu ne lui aies pas accordé de nom. Il est une force qui va, pourrait-on dire, sans pour autant exister ailleurs qu’à l’arrière-plan. Un premier pied de nez à notre monde contemporain, qui ne rêve que de strass et de vedettes, de people et d’une médiocrité dorée.
Cet anonyme travaille dans le cinéma, où il pratique donc la figuration, au grand dam de sa mère, de son ex, mais peu importe : sa voie, il l’a découverte dans une salle de cinéma, il était enfant. Être au second plan c’est sa vocation. Il y excelle, d’ailleurs, mettant un point d’honneur à être impeccable, et le plus discret possible.
Mais un des tournages s’interrompt pour cause de mort de l’actrice fétiche. Et toute la profession s’inquiète, s’émeut, s’affole. C’est le moment où une femme rencontrée dans la rue lui demande si elle peut venir mourir chez lui. Il acceptera, elle le sait, il est l’homme de la situation. On lui a dit.
Plus que jamais dans l’histoire des écrivains, la trame narrative vous sert de prétexte, Madame Vassé. Prétexte à nous introduire sans pudeur aucune dans la vie d’un homme, à nous en faire vivre les plus secrètes pensées, à nous l’exhiber sous les yeux, dépecé dans une nudité mentale extrême. Et vus avez fort bien fait.
Claire, mon petit bout, ton bouquin, c’est un délice. Je passe outre volontairement sur l’hommage à Buster Keaton : si je n’avais pas lu la quatrième de couverture, je ne m’en serais pas même aperçu. Du tout. Le Figurant tourne autour de l’intériorité du personnage, de son existence timide, sans prétention, mais avant tout, Le Figurant parle du silence. Sans détails particulièrement fixes, on navigue dans un monde atemporel : pas de téléphones portables, pas de signes ostentatoires de modernité. Nan, ici, tout est drapé d’un flou confortable, d’une irréalité presque éthérée : on entre dans le livre, comme on plonge dans une nouvelle dimension. Un espace hors du temps, insaisissable. Ce roman est une barbe à papa de fête foraine. Dans sa légèreté, par le coton qui nous entoure, et dans lequel on se love.
Une ambiance feutrée, calfeutrée, et qui, pareillement à notre barbe à papa, a finalement des teintes roses, qui font croire que le bonheur existe. « Pourquoi rappeler qu’elle fut moins heureuse qu’en cet instant ? » Tout est là. Quête du bien-être, dans ce qu’il a de plus intime, de l’adéquation entre soi et le monde, freinant de toute force la puissance qu’il dégage, pour devenir pleinement maître de sa vie. Choisir d’être au second plan, c’est se mettre à l’abri des turpitudes, des errances qui poursuivent ceux qui aspirent au premier.
À vivre aux côtés de notre hôte, on en partage la quiétude comme les inquiétudes. De sa vie sans heurts, sans asservissement, on devient les spectateurs – ce qui ne sera pas le moindre paradoxe. Roman onirique, qui parle peu, privilégiant les pensées, les hésitations que l’on fait à part soi. Dans cette connivence on trouve bien plus qu’une histoire. On retrouve le goût d’une certaine simplicité, d’une aisance sereine à être.
Voilà, ma chère Claire. Tu m’en as fichu un sacré coup au moral avec ton livre. Il est beau, touchant. Ton figurant séduit sans peine. Son bonheur semble irréel. Enviable, pleinement conscient (encore que…) et irréel. Mais en ce qu’il est particulièrement inhabituel, il nous renvoie à nos superficialités, à ce qui nous aurait détournés d’une vie semblable.
Le reste, finalement, n’est que littérature…
*NdR : l'excellent album de Silence peut être téléchargé gratuitement et légalement sur Jamendo.
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