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Requiem pour Lola rouge, Pierre Ducrozet
Par Bastien Morel, le mercredi 01 septembre 2010 à 08:54:16 - 0 commentaire
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P. passait sa vie à courir devant, avec Lola il courra derrière. Après cette figure féminine semi-fantasmée, semi-tangible comme un rêve persistant. Au détour d’une rue du vieux Lisbonne, Lola l’embarque dans une odyssée onirique où les quêtes sont aussi nombreuses que les lieux traversés. Le sens de la vie et Paris, l’amour à Barcelone, la chute à Saigon, l’impossible à New York et le sexe à Vienne. Course hallucinée, ce requiem emprunte autant à l’écriture électrique de la Beat Generation qu’aux images aveuglantes du surréalisme.
Et pour cause, cette jolie rousse à la voix bleue à quelque chose de Nadja, l’initiatrice de Breton. Héroïne doucement folle, nymphe à la créativité sauvage qui enlace P., jeune Kérouac, fausse petite frappe mais vrai poète. Avec elle, il quitte une vie cotonneuse et découvre la fraîcheur du rêve lucide. Parfois dans le réel, toujours dans l’imaginaire.
Alors, quand Lola disparaît, P. se retrouve à nouveau seul, face à une existence miteuse. Mais pas pour longtemps. Les gardiens feront tout pour retrouver celui qui a appris à voyager d’une pièce à l’autre, à moins qu’il ne s’agisse simplement d’un début de schizophrénie. Pour seule échappatoire, le jeune homme monte dans le bus d’Earl Grey, sorte de Charon qui aurait fait Woodstock pour faire voile vers le 9e ciel et les prises de LSD.
Pour ce premier roman, Pierre Ducrozet, plonge le lecteur dans un grand voyage chromatique, une aventure où les lieux, les mythes et les vies se réduisent bientôt à des couleurs. Celles de la gamme des couleurs primaires comme un retour à la source primitive de l’écriture : Rouge convulsive, jaune créative, bleu apaisante. Il y a bien des personnages de mythes entre la muse, les mauvais démiurges, le passeur vers l’autre monde, mais tout ici a un rapport à la couleur.
Et c’est précisément ce rapport puissant entre une multitude de décors qui s’enchaînent jusqu’à la nausée et le jeu des couleurs qui fera que Requeim pour Lola Rouge laisse une empreinte presque sensible dans nos rétines à la fermeture finale du livre. Trop riche en symboles pour être une œuvre surréaliste, le 1er roman de Pierre Ducrozet n’en est pas moins un requiem à Nadja. L’autre nymphe à la folie douce.
Par Bastien Morel, le mercredi 01 septembre 2010 à 08:54:16 - 0 commentaire
Mots clés :
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surrealisme
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