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Une éducation libertine, Jean-Baptiste Del Amo
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Gaspard a quitté Quimper et tel un étranger dans la Capitale, il entre en ville avec l'humilité des pauvres qui doivent se défendre des rats chaque nuit pour dormir entre deux rues sentant l'urine et la misère. En rencontrant Lucas, jeune garçon qui lui proposera un toit et un travail dans la Seine s'amorce pour Gaspard une série de rencontres qui seront pour cette chenille, autant de phases de chrysalides. Pour ne pas créer d'anachronisme, on parlera d'escalier social, et non d'ascenceur, dont chaque palier franchi par Gaspard mènera vers une situation plus confortable.
S'en suivront Justin Bullod, perruquier de son état, qui le prendra comme apprenti à son service. Puis le Comte Étienne de V. qui lui fera découvrir la tendresse d'une sexualité pédérastique. Notons également Emma, la prostituée, que Louis le malfrat quittera, abandonnant derrière lui une robe qui servira de pécule au jeune Gaspard. Fort de cet argent, il achètera des vêtements qui lui ouvriront le monde. Comme quoi, rien n'a changé, l'habit fait le moine. Le reste est connu, l'ascension sociale se fera par le biais d'autres rencontres et d'autres rapports homosexuels. Changé en giton, Gaspard se forgera une place dans la société...
Ah, non. Il aura un rapport hétéro, avec Emma. Et gratuitement. Sympa.
Si par libertin, le siècle entendait libre penseur, philosophe, ici, on se demande bien à quoi il peut être fait allusion. Et si le personnage du Comte ressemblera fort à un Mephistophéles, offrant à Faust un pacte de réussite et d'arrivisme, motivé par les pires et plus basses actions, au moins, avec Mephisto, on signe de son sang. Pour Gaspard, la signature sera bien sanguine, mais surtout mortelle. Quant à son âme...
Le style de Jean-Baptiste est assez ample, jouit d'une certaine souplesse, et sans nier une virtuosité du phrasé, il s'appesantit régulièrement en accumulant détails et fioritures ; des phrases vides s'agglutinent, s'amoncellent, tout aussi vaines que ce Gaspard pour lequel on ressent bien vite une antipathie farouche.
Sa quête de considération sociale passant par son propre corps qu'il offre en pâture à des bourgeois pédérastes n'a d'ailleurs pas grand intérêt. Si c'est pour montrer les ravages d'aspirations qui finissent par vous tuer : nous l'avons dit, Balzac s'en était déjà chargé. Et l'histoire de Gaspard, hormis cette dimension petitement faustienne, n'ajoute pas grand-chose. On découvre avec lui un siècle des Lumières bien sinistre, qui n'a ni l'humour de Sade, ni la grandeur d'âme d'un Rousseau. Finalement, qu'il ne soit que le jouet d'un Comte marionnetiste et machiavélique... bof !
Et cette indolence passive qui parcourt la première moitié du récit, jusqu'à ce fameux achat de vêtements, lui confère un côté Éducation sentimentale raté. Quand Frédéric Moreaux passait son temps à rêver sa vie plutôt que de la vivre, il avait au moins le charme de nous faire partager ses rêveries. Ici, on ne partage que la médiocrité d'un être insipide, qui par quelque charme magique va devenir un redoutable Rastignac, s'automutilant pour se souvenir qu'il est vivant, et tenter d'arracher de lui-même cette autre misère dans laquelle il s'est plongé.
Alors quid de Une éducation libertine. Oh, le titre ne ment pas, même si c'est aux dépens de Gaspard et bien malgré lui que se fait cette formation. Mais l'on a l'impression de parcourir une réécriture sommaire, et un peu courte, de ses classiques, retrouvant à chaque coin de pages des artifices qui ne fonctionnent pas vraiment, des facilités un brin surfaites, et des revirements largement prévisibles.
Autant se replonger dans un Balzac ou un Flaubert, ou tout autre classique, qui sont justement, autant de motifs d'éducation littéraire, certes moins libertins – encore que ce libertinage ait des relents de XXIe siècle un peu glauques – mais bien plus consistants pour l'esprit. Une éducation libertine est notamment nommé pour le Goncourt de cette année.
Retrouvez Une éducation libertine, sur Place des libraires
Ce livre faisait partie de l'offre proposée à la rentrée par ePagine et Bookeen, qui donnait aux libraires accès à un Cybook contenant quelque 40 romans de la rentrée littéraire.
Publié par Dahlia
[quote]Oh, le titre ne ment pas, même si c'est aux dépens de Gaspard et bien malgré lui que se fait cette formation. [/quote]
J'ai lu que le premier titre était "Fressures" qui désigne l'ensemble des viscères des animaux d'abattage. C'était sans doute moins vendeur mais beaucoup plus honnête. Et puis Fressures, ça sonne bien je trouve, c'est étrange et désuet.
Publié par Fabien Moreau
Eh bien moi je ne suis pas tout à fait d'accord avec les critiques émises, ici et ailleurs, quant au caractère antipathique de Gaspard. C'est peut-être mon imagination, mais c'est en permanence l'auteur que j'ai vu au travers de ce personnage, et j'ai apprécié qu'il soit antipathique comme partie d'un jeu. Il est certes regrettable que le personnage soit si plat, mais il faut reconnaître que l'auteur compense largement par la puissance des descriptions. La scène érotique avec le comte, notamment, est assez remarquable, mais sans doute faut-il être gay pour l'apprécier.
Publié par Andy
en réponse à Fabien Moreau
Tout à fait d'accord avec toi!
Et personnellement je n'ai pas trouvé le personnage antipathique mais juste humain.
Je trouve que ce Mr Nicolas y a été un peu fort avec ses commentaires. Il y a des romans de plus piètre qualité pour qui cette critique acerbe conviendrait bien mieux.
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