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Vers le nord, Jean-Paul Charbrier
12
Après avoir péniblement sorti une jambe de son lit pour engager un difficile lever, Max se relaisse choir lourdement sous les couvertures.
Mais rien ne semble en mesure de faire cesser les tambourinements de Madame Moritz à la porte de son fragile refuge. Alors, tout en encourageant verbalement sa logeuse à patienter, Max finit par se lever, sauter dans ses vêtements après n’avoir trouvé qu’une seule chaussette, enjamber la fenêtre et s’échapper dans la rue en courant.
Max est un rêveur. Un romantique qui ne sait qu’imaginer sa vie et ne pas la vivre.
Ses études de lettres lui ont permis de rencontrer de nombreux auteurs. Il les croise régulièrement au détour de ses pérégrinations hasardeuses dans la ville et dans les couloirs de l’Université : Tchékhov, Balzac, Goethe… Il entretient avec eux des relations et des conversations particulières qui sont autant d’échappatoires dans son monde.
Sa relation avec le réel est totalement fantomatique.
Que ce soit avec les étudiants qu’il côtoie ou avec tout autre être humain rencontré dans un bar ou ailleurs : la réalité lui échappe immédiatement et le voilà aussitôt plongé dans son rêve, son imagination… Déconnecté, quasi absent.
Et c’est dans l’approche de la gent féminine que s’exprime avec le plus d’acuité son incapacité à sortir de ces rêves de relations qu’il pourrait avoir avec les délicates demoiselles dont il tombe éperdument amoureux, à chaque rencontre, les unes après les autres. Il est à jamais incapable d’entrer de plain-pied dans la réalité qu’il pourrait vivre et se perd au contraire immédiatement dans les méandres de son imagination poétique.
« Qu’est-ce que l’on aime chez une jeune fille lorsque l’on en tombe amoureux ? » est la question à laquelle il ne répond que par la poésie de l’idée de tomber amoureux et par la mélancolie de l’idée d’aimer. Ne sachant aucunement ce qu’est l’amour, à chaque occasion où il semble le croiser, il n’en perçoit finalement que l’image et continue à se demander ce qu’il sait de l’amour pour finir par admettre que plus que les jeunes filles elles-mêmes, c’est le « trouble délicieux où elles (l’) ont jeté » dont il est amoureux.
Tout cela est fort bien écrit par Jean Paul CHABRIER qui manie sa prose avec beaucoup de poésie. Un peu précieuse, un peu ancienne avec parfois des tournures d’un autre temps que n’auraient pas dédaignées les Classiques, il est vrai que son écriture n’est pas désagréable, bien au contraire.
En revanche, je trouve insupportable le fait qu’il ait jugé bon de nous asséner plus de trois cents pages d’une seule traite, d’un seul souffle, d’un seul élan, sans jamais envisager seulement une fois de revenir à la ligne ! Oh, il l’assume parfaitement puisqu’il tire littéralement la langue à tout détracteur potentiel. Mais il manque parallèlement de cohérence lorsqu’il affirme que le roman est pour lui une maison dont il tient à garder « grandes ouvertes les portes ». Il aurait dû alors marquer « un chapitre ou deux » pour que le lecteur puisse y demeurer « si on s’y sent suffisamment à l’aise ».
Qu’au bout du compte Max termine un voyage improbable dans une ferme perdue au milieu d’une campagne enneigée et également improbable sans avoir jamais tenté de savoir ce que pouvait bien contenir le télégramme que Madame Moritz n’aura jamais réussi à lui remettre et qu’il n’aura jamais cherché à découvrir, tout en imaginant que c’était un message de sa mère, n’est pas de nature à éclairer un récit finalement laborieux.
J’ai bien vu d’où nous sommes partis, mais je n’ai pas bien compris où l’auteur voulait nous emmener. En tout cas, une chose est sûre, bien que parvenu au bout de son récit, il m’a largement perdu en route
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Par Mimiche, le mardi 23 septembre 2008 à 11:00:00 - 0 commentaire
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