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Necropolis 1209, de Santiago Gamboa

Par Nicolas Gary,Le mardi 14 septembre 2010 à 10:04:12 - 0 commentaire

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ISBN : 9782864247302

Prix eBook :

Prix papier : 23 €

Pages : 450 pages

Editeur : Métailié

Traduit de :

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C’est l’histoire d’une histoire, d’une multitude d’histoires, qui n’auraient jamais pu se rencontrer, sans que ne soit organisée une manifestation à Jérusalem, portant sur la mémoire. Le Congrès International des Biographes et de la Mémoire allait, pour sept jours, réunir des personnes aux parcours insolites, sous le regard d’un jeune romancier sortant de convalescence et résidant italien. Et originaire de la Colombie.

C’est l’histoire de la mort d’un révérend venu d’un autre monde, peut-être jamais né, mais éduqué, dressé, façonné par la rue, l’héroïne et la violence. Que le révérend Walter de La Salle sauva de la fange pour le tirer vers l’évangélisation. Un révérend qui raconte abruptement son chemin de croix, avant et après l’annonce de son salut. Sa langue est imagée, forte, teintée du vocabulaire d’un chico fils des Caraïbes. Mais aussi, surtout, exaltée par son propre récit, enthousiasmée de ce qu’elle établit, fige dans l’esprit possédé de son auditoire, toute une existence. Elle se nourrit d’elle-même.

Deux narrations, celle calme et craintive d’un écrivain, celle envolée, lucide, faite d'un argot si exotique et enthousiaste du révérend José Marturana, introduisent ce Congrès, qui vit et souffle au rythme des bombardements. Oh, bien d’autres intervenants apporteront leur contribution, à la mémoire, au souvenir. Cette actrice porno qui croit en un art cinématographique du secteur. L’immigré israélien qui a tenu tête à la junte paramilitaire en Colombie. Et dont le récit porte sur un garagiste qui refusa d’acheter une jeep volée. Ce qui lui coûtera bien des tourments, et une vengeance d’une ampleur terrifiante.

Des voix, qui se suivent, toutes soutenues par le récit de José, qui se tranchera les veines, et mourra, peu après son intervention. En somme, parler, raconter son histoire, une histoire, si elle est bien racontée, la rend vraie, non ? Et accroche à l’esprit l’image d’un homme, d’une femme, d’une vie.

Outre que Santiago Gamboa ait un nom de famille qui me colle des envies de fruits de mer, ce qui n’a rien à voir avec son roman, le critique doit avouer sa frustration d’avoir à parler d’un livre si admirable… Et de s’en sentir incapable. Facile d’aborder la face nord de l’œuvre, en évoquant le parallèle avec le Décameron, ou encore de souligner les points majeurs, autour de la parole et de l’existence. De cette relation que l’homme entretien à l’égard de sa langue. Ou faut-il pointer le fil rouge des récits, le fameux menu sandwich au poulet, Coca-Cola light, qui revient, narquois ?

Santiago Gamboa
Faut-il aborder plutôt la chronologie bouleversée des premiers chapitres, où les temps se chevauchent comme les existences ? Mais paradoxe : impossible de raconter simultanément deux existences, bien que nous passions notre temps à les vivre côte à côte. Doit-on évoquer l’histoire d’amour folle entre la journaliste islandaise et le médecin israélien, marié ? Celle qui précipite toute une vie, et révèle combien le paradis ne préexiste nulle part, qu’il n’est que l’œuvre de choix, de décisions ?

Peut-être l’enquête que notre narrateur-écrivain mène autour de la mort de José Marturana devrait focaliser l’attention. Après tout, comment mieux parler de la mémoire qu’en retraçant la vie d’un mort tout frais ? En cherchant dans la jeunesse, en se tournant vers Momo qui travaille pour l’hôtel accueillant le Congrès. Et se fait surprendre avec la tête sous la robe de son amie, également employée de l’hôtel, dans l’une des chambres qu’elle nettoyait.

Frustrant, je vous assure. Et quid de cette maudite chambre 1209 ? Hein ? Nécropolis 1209 est simplement un magnifique roman polyphonique, d’où certaines voix s’évadent plus que d’autres, et superbement rendu par le travail de traduction de François Gaudry. Fresque moderne, brossant le portrait d’un monde sous perfusion, et qu’il faudrait vraisemblablement débrancher, il donne la parole à des témoins de l’inhumanité, cette si humaine dépravation.

On s’abîme, on s’extasie, on rit et l’on regarde ces semblables s’ébattre dans leur existence, si improbable, et pourtant si forte, qu’elle marque au fer rouge. Quelques heures avant la fin du monde, quand elle vient, qui n’aimerait pas savoir qu’il exista pourtant d’autres hommes sur cette Terre ?

Mots clés :
jerusalem - raconter - existence - guerre



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