Actualitté - Une page de caractère http://www.actualitte.com Les dossiers - Actualitté - Une page de caractère fr Copyright 2010 Actualitte. Tous droits réservés. contact@actualitte.com (contact actualitte) contact@actualitte.com(contact actualitte) Fri, 12 Dec 2009 13:52:35 +0200 http://www.actualitte.com/gfx/logo88x31.gif Actualitté - Une page de caractère http://www.actualitte.com 88 31 Ségolène Royal, l'allumée, Nicolas Sarkozy, le givré : dur de choisir Libertude, égalitude, fraternitude (Nova Editions, 16 €), une uchronie cinglante avec Mme Royal en président... Et tout le monde en prend pour son grade, dans des propos recueillis bruts de décoffrage - ce qui tient de l'euphémisme...


As-tu des nouvelles de Ségolène Royal ou d’un autre « personnage » du livre ?

Non, zéro nouvelle. Personnellement je ne lui ai pas envoyé le bouquin. Je pense que l’éditeur devait le faire, mais je ne sais pas. Pareil pour les autres.


Christophe Alévêque
Qu’est qui a motivé l’écriture du livre ? L’actualité politique ?

Au départ il s’agit d’une idée de l’éditeur avec lequel on avait déjà écrit un bouquin. L’idée nous a emballés dès le départ, on a vu le conte de fées tout de suite sans se rendre compte de l’étendue du travail qui a failli nous noyer. Il a fallu revoir sur trois ans toute une chronologie, un évènement nouveau en amenant un autre, etc., il fallait tout réinventer, tout réécrire. Ça a été une réelle prise de tête. Sans compter la relecture de tous les discours, toutes les déclarations et les programmes de Royal. Ca été énorme.


Le livre n’a donc pas été rédigé au fur et à mesure de la survenance des évènements…

Non, à part quelques petits évènements que l’on a inventés au fur et à mesure de la rédaction, 95 % de la chronologie était déjà écrite. Il fallait que l’on sache où aller… La fin du livre, par contre, sorte de révolution culturelle, est venue au fur et à mesure : on ne l’avait pas au départ. L’ennui dans lequel baignait cette société… ça ne pouvait finir que comme ça.


L’énergie véhiculée par Ségolène Royal fait beaucoup penser à celle que laissait présager Nicolas Sarkozy lors de la présidentielle. Est-ce volontaire ?
Oui, bien sûr. Ce sont deux mondes totalement différents, mais Royal est aussi une grande gesticulatrice. Ses propres actions lui échappent, ce qui n’est de toute façon pas très loin du guignol que l’on a en ce moment. Sarkozy fait aussi une politique qui lui échappe totalement. Il faudrait juste que quelqu’un lui dise.


Elle n’aurait pas mieux fait que lui ?
Pour moi Nicolas Sarkozy relève de la psychiatrie. C’est un malade, un dingue. Je suis certain que lorsqu’il parlait de rupture, il visait son propre cerveau. Mais elle est aussi complètement allumée. On a donc un givré d’un côté, une allumée de l’autre : dur de choisir. Il ne faut pas oublier qu’elle a entendu des voix, n’a pas arrêté de se comparer à Jeanne d’Arc. Il n’y a qu’à voir la façon dont ses gaffes lui échappaient continuellement [NDLR : louanges sur l’efficacité du système judiciaire chinois, soutien à un Québec libre, policiers escortés chez eux le soir par des policiers, etc]. Mais nous n’avons pas tant fait ce livre pour l’éreinter que pour nous moquer du PS, du pouvoir et de la société. Il faudrait un doux dingue, à l’image que nous donnons à Royal dans le livre, pour faire changer les choses. Car in fine, aujourd’hui, rien ne bouge.


On connaît chez Ségolène Royal une dureté dans sa vie politique qui ne transparaît pas beaucoup dans l’ouvrage ?

Si quand même. Son discours fondateur de la place de la Bastille, le 6 mai, « Prenez vos balais, nettoyez » … Nous avons voulu le dire au départ, sans insister après. Comme on était vraiment parti dans le conte de fées, tout après devait coller. Reste que « l’ordre juste » apparaît assez souvent et on fait aussi beaucoup intervenir l’armée… L’idée, le principe était plutôt de durcir le trait en partant des trois axes principaux qu’elle a développés pendant la campagne : ce qu’elle appelait l’ordre juste (qui est en fait la morale), la famille et la démocratie dans tous les sens du terme (« vous aurez la parole ») et à tous les niveaux ! On en a fait une caricature de « trop de démocratie tue la démocratie ». C’est pour ça qu’elle disparaît à un moment du livre, pour laisser la place à un « tout le monde parle, personne ne parle », personne ne s’entend.


La démocratie est sa meilleure ennemie ?

Tout à fait ! Il est facile de rassembler un million de signatures sur n’importe quelle pétition pour peu qu’elle comporte le nom « pédophile » quelque part. Dans un monde parfait, où tout va bien, il n’y a pas besoin de suffrage universel et personne ne vote. Tout va bien, mais l’abstention atteint 90 %. Nous voulions vraiment nous moquer d’une société atteinte de mollesse et de résignation, de défaitude, pessimitude et résignatude.

Je pense quand même que certaines de nos idées dans le bouquin mériteraient d’être reprises.


Tu es à ce point pessimiste sur la situation actuelle ?

Les gens ne se rendent pas compte des dégâts réalisés ces trois dernières années. En refaisant la chronologie avec Hugues, on s’est aperçu qu’il y a eu tellement de choses que les gens sont noyés. En relisant, nous avons vraiment été pris de panique en tombant de la petite connerie à l’énorme connerie. Quand le bilan sera fait, ce sera chaud.


On retrouve étrangement dans le livre des personnages aux places clés qu’ils occupent dans la réalité. Bruni, Fillon …

Le choix de placer Carla Bruni comme compagne de la présidente était une évidence. C'est une pute qui aurait sucé un handicapé s’il était président (sic !) . Pour Fillon nous avons hésité, mais comme il nous fallait quelqu’un de transparent comme Premier ministre, il s’est imposé.


Sceau présidentiel

La Royal de fiction apparaît, de par son seul charme, capable de déplacer beaucoup de lignes. C’est un parti pris ?
Nous avons refusé toute censure dans le bouquin. Dans la réalité toute femme joue de son charme et Ségolène Royal plus que toute autre. Elle a tout refait de son physique (visage, silhouette, dentition, chevelure, style vestimentaire…). Soyons quand même lucides sur le fait que les hommes en jouent aussi : Sarkozy, malgré son mètre 52, sans parler de Giscard, Mitterrand… Chirac ! Alors, à l’inverse, pourquoi pas une femme ? Mais est-ce que le charme peut vraiment tout imposer, on sait que non. Même dans sa relation avec Poutine telle que nous la racontons, le charme ne fait pas tout et leurs points communs comptent pour beaucoup : elle est aussi issue d’une famille de militaires ce qui entraîne une admiration réciproque, sans parler de la notion de « l’ordre juste ». Au niveau international, ce sont des gens qui se rendent 10 à 15 % de leur temps dans des endroits paradisiaques. Il y a forcément attraction ou répulsion, comme entre Sarkozy et Obama [rires].

Finalement la réalité n’aurait-elle pas été plus belle avec Ségolène Royal au pouvoir ?

C’est loin d’être évident et, sur cette question, nous étions avec Hugues en désaccord. Par exemple, sur la seule grippe A, je pense que Royal aurait fait pire que Bachelot, mais Hugues estime qu’elle aurait mieux géré. L’idée du chabichou s’est imposée sur cette base. Dans tous les cas nous ne sommes pas gâtés. Chirac était pourri des pieds à la tête, mais il conservait un côté républicain qui finissait toujours par ressortir. Sarkozy n’a même pas ça. Quant à Royal, en relisant ses déclarations et discours, on a vraiment l’impression de nager dans la folie.


Libertude, égalitude, fraternitude, des valeurs de Comparonet (ou pas...)
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http://www.actualitte.com/dossiers/1096-aleveque-christophe-interview-royal-Sarkoy.htm http://www.actualitte.com/dossiers/1096-aleveque-christophe-interview-royal-Sarkoy.htm aaszerman@actualitte.com (Adrien Aszerman) Dossiers Wed, 21 Jul 2010 10:42:00 +0200
L'Afrique du Sud selon Michiel Heyns Michiel Heyns est romancier, enseignant et traducteur d'Afrique du Sud. Il publiera le 19 août prochain Jours d'enfance chez Philippe Rey. Entretien.


L’Afrique du Sud porte en elle une double identité, c’est égalemennt votre cas.

Oui, comme tous les Blancs en Afrique du Sud. Ma grand-mère paternelle était anglaise et les autres membres de ma famille sont Afrikaners (néerlandophone). Et des origines françaises, parce qu’ici tout le monde a des ancêtres Huguenots.

Comment expliqueriez-vous la situation en Afrique du Sud à ceux qui ne la connaissent pas?
Michiel Heyns, © Bastien Morel pour ActuaLitté
Il y a un réel changement de nos jours. Les blancs sont pessimistes puisque c’est une période où ils perdent beaucoup de leurs privilèges. Pour moi et pour beaucoup d’autres Sud-Africains, nous assistons au temps de l’espoir. On espère que ces changements vont se faire pour le mieux. On a l’impression que l’intérieur du pays n’est que crimes et violences, mais je crois que ça peut changer.

Ce n’est pas étrange qu’il y ait une période transitoire. Ce changement est rapide et très court dans l’histoire du pays. Je suis du genre optimiste. Mais ce n’est pas le cas de tout le monde là-bas.

Donc la nation arc-en-ciel existe toujours selon vous ?

C’est l’enjeu actuel. Celui d’une révolution, une lente révolution. Nous avons eu de la chance parce que le changement de régime s’est fait dans la non-violence. J’ai grandi avec cette idée d’une révolution car elle semblait inévitable. Au train où vont les choses, la redistribution entre blancs et noirs peut parfois être violente, mais c’est un faible prix à payer.

Quelle sorte de livre verriez-vous sur la vie privée du président Jacob Zuma ?
*rires* Ce devrait être une comédie, je pense. D’une certaine façon, je le respecte, mais d’une autre, il n’a pas beaucoup de dignité. Ce n’est pas si différent de Berlusconi, dans un contexte africain. Berlusconi a ses maîtresses, Zuma a ses femmes. On pourrait avoir un livre amusant sur le sujet.

Mais ce livre devrait être sérieux car il ya vraiment beaucoup de gens qui souffrent en Afrique du Sud. Le gouvernement n’a pas fait son boulot. Il y a bien trop de corruption. C’est désolant, il n’y a plus de personne avec une stature morale comme Mandela. Il y a de l’espoir mais aussi du cynisme.

Pourriez-vous écrire un livre sur les Blancs, vus à travers les yeux de Noirs ?

C’est une bonne question. Certaines personnes disent « tu ne peux pas te mettre à la place de ces personnes ». Certains Sud-Africains l’ont fait et ils ont été critiqués pour cela. Des gens disent « on ne peut pas comprendre ». Moi je ne sais pas, je ne peux pas me mettre à la place de quelqu’un car il y a encore beaucoup de différences sur la façon de vivre encore aujourd’hui. Je ne suis pas en train de dire que vous ne pouvez pas, je respecte ceux qui essayent, mais je trouve ça difficile. Les gens qui le font généralisent très largement en ayant vécu dans un environnement très différent.

Quel bilan tirez-vous de la Coupe du monde ?
C’est une chose positive, beaucoup de Blancs pensaient que ça ne se passerait pas bien, parce qu’ils se disaient que les Noirs ne pouvaient rien organiser et d’autres stéréotypes du genre. Et ça été plutôt un succès. Ça a fait énormément pour l’unité du pays. Tout le monde était derrière Bafana Bafana, l’équipe nationale. Alors que c’est un sport de Noirs là-bas.

Donc c’est une euphorie nationale très encourageante. On a assisté à la même chose que pour la coupe du monde de rugby en 1995. Excepté que le résultat est peut-être meilleur parce que ça inclut plus de monde. Le rugby est un sport de blancs, alors il y avait un sentiment de soutien mais limité. Aujourd’hui, le sentiment est plus large, et donc j’espère que ça aura un impact qui durera sur le long terme, parce que nous en avons besoin.
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http://www.actualitte.com/dossiers/1085-interview-afrique-heyns-sud-temoignage.htm http://www.actualitte.com/dossiers/1085-interview-afrique-heyns-sud-temoignage.htm bmorel.media@gmail.com (Bastien Morel) Dossiers Mon, 12 Jul 2010 16:19:37 +0200
Le livre d'aujourd'hui deviendra un choix artistique parmi d'autres retrouver la première partie de la discussion)


ActuaLitté : « J'ai grandi en lisant des livres, pas des textes ». Que pensez-vous de cette formule de Verlyn Klinkenborg ?

Actialuna :
Il y a une chose intéressante à noter : la bascule qui s'opère en ce moment dans la classification des livres. On ajoute à l'ISBN un ISTC (International Standard Text Code), ou pour être exact l'ISBN devient un numéro périphérique à l'ISTC. Une œuvre (un texte) est identifiée et le livre devient une instance de cette œuvre. C’est donc bien la notion de texte qui devient centrale en ce moment.

La notion de livre, quant à elle, pose d’emblée un problème puisqu’elle recouvre de nombreuses réalités.

Tout d’abord, l’essence même de l’écriture d’un livre est l’idée d’achèvement. La démarche intellectuelle de l’auteur implique un point final. Ce qui s'oppose à la notion de site, ou à presque toute entité numérique qui se met à jour de façon significative et régulière. Alors qu'il faut terminer un livre pour le publier, le livre électronique va dès lors évoluer vers un objet collaboratif où cette notion d’achèvement sera beaucoup plus floue. Le livre tel qu’on le conçoit aujourd’hui deviendra un choix artistique fort parmi d'autres voies possibles.

Il y a ensuite la notion de livre-objet, imprimé sur de beaux papiers, relié, etc. Qu’il s’agisse de bibliophilie ou simplement d’un ouvrage soigné, si cet objet a du sens artistiquement parlant il sera très difficilement concurrencé par le livre électronique.

Quant à l’aspect sentimental du livre, il est aussi réel que subjectif. Contrairement à une idée reçue, les appareils électroniques peuvent bénéficier d’une révérence similaire. Il n’y a qu’à voir le phénomène que représente le retrogaming, avec ces nombreux passionnés collectionnant les anciennes consoles et les cartouches de jeu.

Si l’on parle de l’évolution de l’objet c’est évidemment très discutable : un Gallimard NRF des années 50 est par bien des aspects un objet plus soigné que ce qui se fait aujourd’hui. Toujours est-il que le papier possède de vrais avantages en terme de toucher ; on peut le plier, il mémorise une histoire, et il peut s’annoter.

Mais l’annotation (ou plutôt la facilité d’annotation) est là aussi clairement un enjeu technologique. S'il n'est plus question de marquer le papier, il y a des solutions très différentes à imaginer avec l’arrivée du réseau social dans le marquage, la citation, la référence, le marque-page (voire le marque mot), le surlignement, etc. Bref, la réintroduction d’un monde analogique dans un monde digital est une question centrale qui fait aujourd’hui défaut à l’édition électronique, et plus généralement à l’univers numérique.

Une fois encore, il faut réintroduire de l’artisanat dans l’industrie numérique. Il faut réintroduire de l’imperfection, du détail, du raffinement, de la personnalité, de l’unicité. Actialuna est clairement sur cet axe, l'axe du « beau » livre numérique, travaillé, soigné en particulier sur les interfaces.


ActuaLitté : Antoine Gallimard estime que la numérisation risque de dévaloriser le contenu (en savoir plus). Comment abordez-vous cette problématique ?


Actialuna : Ce n’est pas faux, on l’a déjà vu avec le monde du graphisme. En démocratisant la pratique du graphisme, l’informatique l’a appauvri, ou plutôt - et la nuance est intéressante - les bons graphistes ont été noyés dans un océan de graphistes moyens qui sont arrivés sur le marché en souffrant d'un manque de transmission de savoirs, et en ignorant un peu le monde qui les précédait.

L’acte éditorial va lui aussi se démocratiser avec le numérique, et les éditeurs déjà un peu noyés dans une surproduction vont eux-mêmes se retrouver noyés dans la masse de textes circulant sur Internet. Bref, un seul mot d’ordre : qualité, qualité, qualité ! Pas de concessions, il faut de la qualité ! C'est le rôle et le devenir des éditeurs, leur « label » même, et seuls ceux qui pousseront leur engagement en ce sens pourront émerger.

On peut aussi prendre le problème sous un autre angle. Si faire un livre devient un choix artistique fort, beaucoup d’auteurs risquent de se tourner vers d’autres formes de production littéraire. La littérature va prendre des formes variées et inattendues, et « faire un livre » va dès lors rentrer en concurrence avec « faire autre chose qu’un livre ».

Puisque contenu et contenant se séparent dans le numérique, le contenu pourra ainsi se retrouver là où on ne l'attendait pas, à des endroits insolites et sous des formes totalement improbables. Le papier électronique est très loin d’avoir montré tout son potentiel, mais il pourra bientôt se mouler sur des objets, et dès lors que l’on sera capable de publier de façon interactive, des « mots » seront capables de s'afficher et d'évoluer sur une tasse, un mur, aussi bien que sur une carrosserie de voiture. Laissant ainsi place à une large créativité en terme d'art et d'architecture.

Et puis une dernière chose... il y a des époques. L'Europe ne vit-elle pas quelque peu dans une nostalgie de ce qu'elle était dans la première moitié du XXe siècle, sur le plan artistique et littéraire ? Cet engouement créatif propre à faire bouger les choses, à changer le monde, comme ces bâtisseurs de l'époque romane qui ont su prendre l'innovation à bras le corps, sans trop savoir où ils allaient, pour nous léguer ces monuments extraordinaires ? Plus près de nous, il est amusant de voir que l'histoire du jeu vidéo commence à être retracée par des personnes tout à fait sérieuses qui se penchent sur sa créativité des débuts, et lui confèrent ses lettres de noblesse.

La littérature, quant à elle, jouit en France d'un statut à part dans les arts, ce qui n'est pas le cas partout. En rebrassant les cartes, la numérisation appuie alors sur des sensibilités. Mais les auteurs et les éditeurs ne s'arrêteront pas là, ils sont pleins de ressources et nous sommes très curieux du bouillonnement créatif dont ils seront capables de faire preuve. Nous sommes aussi tout à fait prêts à les accompagner en ce sens.

ActuaLitté : Merci beaucoup pour cet entretien.

Actialuna : Avec plaisir. [NdR : Oui, je sais, tout le plaisir était pour moi...]
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http://www.actualitte.com/dossiers/1079-edition-livre-numerique-ebook-papier.htm http://www.actualitte.com/dossiers/1079-edition-livre-numerique-ebook-papier.htm ng@actualitte.com (Nicolas Gary) Dossiers Wed, 07 Jul 2010 10:01:54 +0200
L'édition est un artisanat qui se rêve industrie, le numérique, l'inverse Actialuna est une maison d'édition originale qui a vu le jour en janvier 2010, et se place en exploratrice, cherchant « approches éditoriales originales propres aux différents supports numériques, dans la dynamique des nouveaux comportements de lecture ». L'occasion d'aborder plusieurs questions esthétiques avec elle...


ActuaLitté : Actialuna se présente comme une société de design éditorial. Que pensez-vous à ce titre de l'interface du logiciel iBooks, d'un point de vue esthétique, de ces éternels six coins de pages de chaque côté ?

Actialuna : Je voudrais commencer par une remarque préliminaire. L'ordinateur, qui est un petit meuble, s'est démocratisé avec le couple clavier/souris. L'attitude adoptée est alors de s'installer devant pour interagir avec lui. L'ordinateur portable a changé ce rapport, mais le besoin de « s'installer devant » persiste. Alors que l'attitude face à un livre est de le prendre avec soi, pour l'emmener et l'utiliser dans des positions et des contextes très variés.

Le téléphone portable semble pouvoir le permettre lui aussi, mais son petit écran n'offre toutefois pas la possibilité d'afficher des compositions de page complexes, par exemple deux colonnes de texte. Les tablettes de lecture et maintenant l'iPad représentent donc un nouveau stade. En abandonnant les périphériques de saisie (clavier, souris, etc.) et en étant suffisamment compacts, ils offrent un nouveau type d'interaction – le rapport compacité, poids, puissance, autonomie est devenu acceptable. Ce nouveau support va permettre de reprendre toutes les expérimentations précédentes en terme de création de savoir explorées avec le CDRom, avec Internet, etc. Comme tous les nouveaux supports, on ne sait pas trop comment l'aborder, et on va chercher des références dans ce qui précède.

Pour répondre à votre question, le livre numérique commence par la force des choses par ressembler au livre papier. C'est fréquent dans l'histoire de l'art. Le cinéma par exemple a cherché ses codes dans le théâtre. À l'instar des peintres qui se sont détournés du réalisme à l’arrivée de la photographie, il faut néanmoins chercher des références sans les subir. Voilà tout le défi du livre électronique vis-à-vis de son pendant papier.

Au début des interfaces graphiques (le Lisa, le Macintosh, Windows 1), une artiste très importante du nom de Susan Kare a contribué à rendre l’espace de travail (le bureau de l’ordinateur) compréhensible. Elle a en effet designé toutes les icônes du Macintosh, puis de Windows. Son travail est absolument remarquable, simplement parce qu'il se situe dans la métaphore : une « corbeille » pour « effacer » un document nous semble désormais naturel.

Aujourd’hui, les possibilités graphiques et techniques sont telles que l’on tombe facilement dans l’excès d’effets. Les derniers choix d’Apple pour l’iPad sont en ce sens discutables. Dans ses GUI (Guidline User Interface), Apple conseille en effet de simuler des objets du quotidien. Le logiciel de note ressemble dès lors à un carnet de notes américain, et iBooks ressemble à un livre dont on tourne les pages. Mais métaphore et simulation réaliste sont deux concepts très différents : l'un fait recours au sens, tandis que l’autre fait recours au leurre.


ActuaLitté : Je vous ai déjà entendu dire que copier ou tenter d'imiter le papier ne donnait rien d'intéressant. Pourriez-vous développer cette idée ?


Actialuna : En effet, et cela me permet de continuer mon propos.

L’appropriation se passe quand on peut projeter son univers intérieur, et non pas lorsque l'on subit l’interprétation d’un autre. Évoquer le papier peut être une bonne idée, mais le simuler beaucoup moins. Que faire, dès lors que la simulation ne semble plus une si bonne idée ?

On peut voir, dans la presse ou chez des éditeurs axés numérique, un début de réflexion intéressante sur l’utilisation de la verticalité et de l'horizontalité avec une surface tactile. Un livre papier est en effet un objet en volume : son unique axe de progression est la profondeur. On suit avec l’auteur une intention, une démarche, un raisonnement ou le fil d’une histoire. Mais une surface tactile est fondamentalement différente. En perdant cette dimension de profondeur vis-à-vis du livre papier, la surface tactile peut en revanche utiliser à son avantage deux autres dimensions : l'évolution verticale aussi bien qu'horizontale au sein du texte, grâce au toucher du doigt.

Ce qui a une conséquence directe : une page peut devenir une entité signifiante. Par exemple, un article d’une revue peut se lire verticalement, tandis que le passage à l’article suivant s’effectue par un glissement horizontal. Et en littérature, cela peut devenir un choix éditorial ou un exercice de style de la part de l'auteur, de mettre un terme à sa page à un endroit plutôt qu'à un autre. Et ainsi donner du sens, travailler le rythme de lecture d’une nouvelle façon en choisissant la longueur de ses pages.

Les possibilités sont tellement vastes que les usages des auteurs comme des lecteurs vont évoluer progressivement. Nous sommes toujours leurrés par les micro-mises à jour rapides du monde technologique. Mais les usages sont toujours plus lents à changer. Pour trouver les nouvelles façons d'interagir avec du contenu textuel, il faut aussi bien de l'expérimentation et de la créativité que de la recherche scientifique, qui examine et valide l'ensemble de ces expérimentations. L'un de ces enjeux serait notamment le feuilletage et la mémorisation de la géographie d'un livre, donc la façon de se repérer au sein d'un texte. Il y a encore beaucoup de travail dans ce domaine.


Que vous inspire le formatage auquel on peut assister quand on lit un livre numérisé sur n'importe quel logiciel ? Comment aborder l'idée de livres qui se ressemblent finalement tous ?


Actialuna : Quand le Macintosh est arrivé les typographes l'ont souvent méprisé, car les finesses qu’un compositeur pouvait obtenir étaient sans commune mesure avec ce qu'une « vulgaire » machine pouvait faire. Une concurrence déloyale, une uniformisation se faisait jour au nom de l'économie de temps et d’argent. Aujourd'hui, la typographie n'est toujours pas en mesure de produire les mêmes résultats que le plomb, mais elle fait d'autres choses. Il y a d’abord une démocratisation de l’acte d’« imprimer ». Sur le plan artistique, on commence également à voir des raffinements en terme d'espaces, de variations de caractères totalement inédits et impossibles à faire en plomb… Des caractères conditionnels qui se modifient selon le contexte.

Le livre change de nature en se dématérialisant. L’erreur serait de considérer qu’un livre imprimé est la même chose qu’un livre électronique. Sa nature profonde change.

L’édition n’est pas une industrie dès lors que, contrairement à la production d’une barre d’acier, il existe un grain de sable qui s’appelle l’artiste ou l’auteur, dont les exigences vont demander à l’éditeur une adaptation permanente. L’édition est un artisanat qui se rêve industrie. Pour l’édition numérique, c’est l’inverse : ce sont des algorithmes, du code... bref, une force de frappe industrielle au sein de laquelle il faut réintroduire ce travail artisanal.

C’est l’essence même de l’existence de Actialuna.

Le mot « hacker » a été détourné de son sens initial : il désigne originellement des « bidouilleurs » qui maitrisent si bien l'outil informatique qu’ils sont en mesure de le soumettre à leur volonté humaine. D'une certaine façon, et sans nous revendiquer hackers, nous cherchons pareillement à plier le livre numérique et son formatage - implicitement critiqué dans votre question - à des exigences artistiques, et donc humaines.


(fin de la première partie de l'entretien)
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http://www.actualitte.com/dossiers/1078-design-editorial-actialuna-graphisme.htm http://www.actualitte.com/dossiers/1078-design-editorial-actialuna-graphisme.htm ng@actualitte.com (Nicolas Gary) Dossiers Tue, 06 Jul 2010 10:00:00 +0200
Eden Reader est voué à soutenir l'achat d'ebooks en librairies Mais pour nous, les conditions d'exploitation commerciale des œuvres, telles que prévues au contrat, ne répondent pas aux impératifs de maîtrise des fichiers et de fixation unilatérale des prix par l’éditeur. », explique Alban Cerisier de Gallimard.

En outre, le contrat de mandat qui, aujourd’hui, régit les relations entre éditeurs et libraires sur le marché du livre numérique (faute de loi sur le prix unique dans ce domaine) fait peser la responsabilité de la gestion des fichiers et de leur accès pérenne au mandant ; ce n’est pas exactement le cas dans le cadre de l’accord Apple, qui gère le stockage et la mise à disposition des fichiers. « La question mérite d’être examinée. Bien sûr, ce serait plus simple de confier ses fichiers et de délaisser la question du stockage, mais pour Eden, et donc Gallimard, ces questions sont essentielles », ajoute-t-il.


Alban Cerisier, Salon du livre 2010 Crédit photo

Au-delà de cet aspect lié à la structure juridique du contrat de mandat (ou contrat d'agence), d'autres interrogations naissent : comment garantir l'accès pérenne aux œuvres, dans la perspective d'un service de streaming ? Ou cloud computing ? Qui a dit Google ? Non, parce que les autres vont également s'y mettre : Apple et Amazon sont déjà sur le métier à remettre leur ouvrage... « Que Google propose d'assumer seul un accès pérenne à ces fichiers est bien aimable, mais la société peut changer de mains, de positionnement, de modèle, voire s’affaiblir gravement... Dans ces conditions, déporter nos fichiers vers l'un ou l'autre des acteurs ne nous semble pas très raisonnable dans les conditions actuelles du marché. D'ailleurs, a-t-on réellement intérêt à le faire ? »

Entendons-nous bien : la diffusion/distribution, cette petite chose qui semble disparaître dans l'univers numérique, à tout du moins devenir financièrement moins présente, « a encore un rôle à jouer et compte parmi les éléments de rentabilité de la chaîne du livre, imprimé ou numérique », explique Alban Cerisier. « Cela entre en compte dans le modèle économique des éditeurs, et participe au financement de la création, comme les ventes. En perdant leur souveraineté sur ces éléments, les éditeurs modifieraient le modèle de financement des structures, et donc de la création... »

Eden Reader
 
De là, l'apparition d'Eden Reader. La fameuse application. « Eden Reader, c'est avant tout l'outil de lecture d'Eden, prolongé sur l'iPad. C'est tout. Et c'est en même temps très compliqué à faire comprendre. » Dans l'esprit de tous, le seul moyen d'acheter des ebooks, c'était de passer par l'iBookstore, ou d'acheter une application validée par l'AppStore. Mais la voie plus complexe, c'est le passage par la librairie, celle qu'Eden n'était pas disposée à sacrifier. « Le passage par la librairie dans Eden Reader s'avère complexe, nous le savons. Il faut encore améliorer l’expérience utilisateur, ce que nous avons commencé à faire. Cependant, Éden Reader n'est pas voué à être un outil de vente directe. C’est un moyen de soutenir l'achat des livres directement chez des libraires, qui sont à ce jour les meilleurs prescripteurs de nos catalogues ; c’est donc une fonctionnalité complémentaire à la lecture classique en téléchargement pour le livre numérique. Un acheteur du prix Goncourt sur Epagine.fr peut ainsi le télécharger sur son PC mais aussi le lire sur son Ipad, via l’appli Eden Reader. C’est pour nous un point important. »

Bien sûr, il est plus commode de livrer son numéro de carte bleue une fois pour toutes à Apple et de ne plus se soucier de ce qui se passe. « Mais nous estimons qu'il est plus qu’urgent de faire une place à tous les acteurs de la vente du livre, qu'ils soient petits ou grands, avant qu'il ne soit trop tard pour qu'ils l'occupent, en toute légitimité. » Trop tard ? Oui : que l'un des grands acteurs ne ramasse l'ensemble, en faisant adhérer le plus grand nombre à sa solution, par commodité. « Mais pourquoi systématiquement privilégier Apple, qui ne vend même pas de livres papier, et défavoriser le réseau de libraires déjà actifs sur ce secteur, comme la Fnac, Epagine, Immatériel ou le Furet du Nord, par exemple ? »

En France, l'existence d’un réseau dense de libraires et la diversité de l’offre éditoriale nécessitent que l'on trouve une articulation intelligente entre le monde physique et l’univers numérique. « Si Eden n’a pas contourné la complexité du renvoi aux revendeurs, c’est que l'on estime nécessaire de donner sa chance à tous, et non de volontairement exclure certains acteurs qui ont des arguments à défendre dans ce nouvel écosystème. » Et de conclure : « D'autres applications de librairies arriveront sur l'iPad d’ici quelques mois ; nous nous en réjouissons, car c’est essentiel pour la représentation de nos catalogues ; nous soutenons notamment l'initiative 1001libraires.com qui fédérera après l’été un assez grand nombre de libraires et bénéficiera de l’interopérabilité des plateformes de distribution, effective depuis la semaine dernière. Il faut que cette structure dispose très vite d’une application iPad, afin que les lecteurs puissent acheter des ouvrages par ce biais. Il faut que la richesse du marché français (offres et revendeurs) puisse se retrouver dans l'univers numérique. C’est là que se joue l’avenir culturel de l’édition ; c’est un enjeu à long terme, non un effet d’annonce. »

Et en parlant de cet univers, que pense Gallimard de la nouvelle annonçant que Potter basculerait du côté ebook de la Force ? (Rires) « Je ne peux rien vous dire à ce sujet, tenu à une obligation de confidentialité la plus stricte. Gallimard serait bien évidemment heureux de pouvoir proposer cette version numérique comme celles d'autres oeuvres, mais il y a beaucoup d'enjeux autour de ces textes. En attendant, nous proposerons tout Saint-Exupéry en ebooks à la rentrée, y compris le plus fameux longseller du vingtième siècle, Le Petit Prince ! » En somme, les droits numériques d’Harry Potter n'ayant jamais été vendus par contrat, tout reste à acheter, et donc à négocier. Quand on sait le succès que Twilight a pu connaître en version numérique, on imagine aisément ce que pourrait rapporter Harry Potter, même en version homothétique...

Et par conséquent, ce qu'il coûterait à acheter...
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http://www.actualitte.com/dossiers/1073-eden-gallimard-librairie-soutien-ebook.htm http://www.actualitte.com/dossiers/1073-eden-gallimard-librairie-soutien-ebook.htm ng@actualitte.com (Nicolas Gary) Dossiers Wed, 30 Jun 2010 10:00:00 +0200