Actualitté - Une page de caractère http://www.actualitte.com Les dossiers - Actualitté - Une page de caractère fr Copyright 2008 Actualitte. Tous droits réservés. contact@actualitte.com (contact actualitte) contact@actualitte.com(contact actualitte) Fri, 04 Jul 2008 12:44:35 +0200 http://www.actualitte.com/gfx/logo88x31.gif Actualitté - Une page de caractère http://www.actualitte.com 88 31 Une éducation libertine, Jean-Baptiste Del Amo Décidément, le libertinage aura connu un engouement démesuré cette année. Si l'on veut bien se souvenir deL'Aérostat d'Élise Fontenaille, qui ne manquait ni d'humour ni de rebondissements, le livre de Jean-Baptiste prend cependant un tout autre chemin. C'est la voie du « À nous deux, Paris », de Rastignac, qui aurait mérité, par politesse, de figurer en exergue. Car en matière de roman d'initiation, y'a du Balzac là-dedans. Dommage qu'il n'y ait pas eu du Diderot, on aurait pu rigoler un peu mieux.

Gaspard a quitté Quimper et tel un étranger dans la Capitale, il entre en ville avec l'humilité des pauvres qui doivent se défendre des rats chaque nuit pour dormir entre deux rues sentant l'urine et la misère. En rencontrant Lucas, jeune garçon qui lui proposera un toit et un travail dans la Seine s'amorce pour Gaspard une série de rencontres qui seront pour cette chenille, autant de phases de chrysalides. Pour ne pas créer d'anachronisme, on parlera d'escalier social, et non d'ascenceur, dont chaque palier franchi par Gaspard mènera vers une situation plus confortable.

S'en suivront Justin Bullod, perruquier de son état, qui le prendra comme apprenti à son service. Puis le Comte Étienne de V. qui lui fera découvrir la tendresse d'une sexualité pédérastique. Notons également Emma, la prostituée, que Louis le malfrat quittera, abandonnant derrière lui une robe qui servira de pécule au jeune Gaspard. Fort de cet argent, il achètera des vêtements qui lui ouvriront le monde. Comme quoi, rien n'a changé, l'habit fait le moine. Le reste est connu, l'ascension sociale se fera par le biais d'autres rencontres et d'autres rapports homosexuels. Changé en giton, Gaspard se forgera une place dans la société...

Ah, non. Il aura un rapport hétéro, avec Emma. Et gratuitement. Sympa.

Si par libertin, le siècle entendait libre penseur, philosophe, ici, on se demande bien à quoi il peut être fait allusion. Et si le personnage du Comte ressemblera fort à un Mephistophéles, offrant à Faust un pacte de réussite et d'arrivisme, motivé par les pires et plus basses actions, au moins, avec Mephisto, on signe de son sang. Pour Gaspard, la signature sera bien sanguine, mais surtout mortelle. Quant à son âme...

Le style de Jean-Baptiste est assez ample, jouit d'une certaine souplesse, et sans nier une virtuosité du phrasé, il s'appesantit régulièrement en accumulant détails et fioritures ; des phrases vides s'agglutinent, s'amoncellent, tout aussi vaines que ce Gaspard pour lequel on ressent bien vite une antipathie farouche.

Sa quête de considération sociale passant par son propre corps qu'il offre en pâture à des bourgeois pédérastes n'a d'ailleurs pas grand intérêt. Si c'est pour montrer les ravages d'aspirations qui finissent par vous tuer : nous l'avons dit, Balzac s'en était déjà chargé. Et l'histoire de Gaspard, hormis cette dimension petitement faustienne, n'ajoute pas grand-chose. On découvre avec lui un siècle des Lumières bien sinistre, qui n'a ni l'humour de Sade, ni la grandeur d'âme d'un Rousseau. Finalement, qu'il ne soit que le jouet d'un Comte marionnetiste et machiavélique... bof !

Et cette indolence passive qui parcourt la première moitié du récit, jusqu'à ce fameux achat de vêtements, lui confère un côté Éducation sentimentale raté. Quand Frédéric Moreaux passait son temps à rêver sa vie plutôt que de la vivre, il avait au moins le charme de nous faire partager ses rêveries. Ici, on ne partage que la médiocrité d'un être insipide, qui par quelque charme magique va devenir un redoutable Rastignac, s'automutilant pour se souvenir qu'il est vivant, et tenter d'arracher de lui-même cette autre misère dans laquelle il s'est plongé.

Alors quid de Une éducation libertine. Oh, le titre ne ment pas, même si c'est aux dépens de Gaspard et bien malgré lui que se fait cette formation. Mais l'on a l'impression de parcourir une réécriture sommaire, et un peu courte, de ses classiques, retrouvant à chaque coin de pages des artifices qui ne fonctionnent pas vraiment, des facilités un brin surfaites, et des revirements largement prévisibles.

Autant se replonger dans un Balzac ou un Flaubert, ou tout autre classique, qui sont justement, autant de motifs d'éducation littéraire, certes moins libertins – encore que ce libertinage ait des relents de XXIe siècle un peu glauques – mais bien plus consistants pour l'esprit. Une éducation libertine est notamment nommé pour le Goncourt de cette année.


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Ce livre faisait partie de l'offre proposée à la rentrée par ePagine et Bookeen, qui donnait aux libraires accès à un Cybook contenant quelque 40 romans de la rentrée littéraire.

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Journal : 1942-1944, Hélène Berr ; Préface de Patrick Modiano « En ce moment, nous vivons l'histoire. Ceux qui la réduiront en paroles... pourront bien faire les fiers. Sauront-ils ce qu'une ligne de leur exposé recouvre de souffrances individuelles ? »

On y pense. Et puis on oublie. On connaît les chiffres (60 millions de morts causées par le conflit, six millions de juifs assassinés, ainsi que des malades mentaux, prisonniers politiques, communistes, homosexuels, 200'000 à 500'000 Tziganes, la liste est longue), les dates, les histoires, et puis on oublie. À quoi bon ressasser nous disent certains. D'autres iraient même jusqu'à douter.

Et pourtant, ces petites voix sont là pour nous dire très simplement un quotidien que nous ne pouvons pas même lire ! Oui, ce que nous nous obstinons à oublier, d'autres l'ont vécu ! Ils ne nous en veulent pas. Simplement, ils racontent. Au jour le jour, ils témoignent de la haine, de la violence, de la barbarie. Et nous ne voudrions pas les entendre ? Et nous voudrions croire qu'aujourd'hui personne ne meure plus pour sa couleur de peau, sa religion ou ses croyances ?

Au mieux, des jeunes filles, comme moi à 16 ans, se cherchent une bonne conscience en pleurant sur quelques pages : Anne Franck, Etty Hillesum et Hélène Berr parce qu'elles ont laissé un journal derrière elles et qu'on a besoin de concret pour éprouver de la compassion.

Voilà, difficile de commencer une chronique sur le Journal d'Hélène Berr, car cette diariste nous bouleverse. Son intelligence, son acuité, son sens moral, son courage nous sidèrent.

En 1942, Hélène Berr a 21 ans. Jeune fille extrêmement cultivée qui a grandi dans une famille bourgeoise, elle nous raconte ses lectures, ses promenades dans Paris, ses amours. À mesure que l'étau se resserre, elle comprend qu'elle ne pourra rien dire. Elle voit très vite que ses paroles sont inaudibles pour ceux qui ne risquent rien.

Cette impuissance à témoigner de la barbarie la désespère. Un abîme se creuse entre elle et ses amis. Pas celui que creuse la souffrance. On dirait que les lois racistes et anti juives ont peu de prise sur elle. Non, ses amis proches refusent de tout simplement entendre l'horreur qui commence, les arrestations, les humiliations, l'innommable. C'est l'abîme de la solitude que creuse cette incompréhension. Elle ne sera plus jamais pareille à eux. Non parce qu’elle porte l'étoile jaune, mais parce qu'elle sait, qu'elle crie, mais que personne ne l'entend.

« À chaque heure de la journée se répète la douloureuse expérience qui consiste à s’apercevoir que les autres ne savent pas. »

Elle se réfugie dans la lecture, se dévoue aux plus démunis en devenant assistante sociale bénévole à l'Union générale des israélites de France, organisme communautaire servant d'interface avec l'occupant. Elle comprend qu'il ne lui reste plus qu'à tenir ce journal pour ceux qui resteront.

« Je sais pourquoi j'écris ce journal, je sais que je veux qu'on le donne à Jean si je ne suis pas là lorsqu'il reviendra. Je ne veux pas disparaître sans qu'il sache tout ce que j'ai pensé pendant son absence. »

Ce journal est un miracle. Conservé après la guerre par la famille d'Hélène Berr, il a été déposé en 2002 au Mémorial de la Shoah, est publié par les éditions Tallandier au début de cette année. Patrick Modiano en écrit la préface : « Au seuil de ce livre, il faut se taire maintenant, écouter la voix d’Hélène Berr et marcher à ses côtés. »

Je prends le parti de ne rien dire de sa vie, de sa mort, car son histoire n’est pas une anecdote. Marchons à ses côtés larmes aux yeux, tête haute et tentons de braver par l’intelligence et l’amour, malgré tout, de l’humanité les heures noires de notre histoire où la haine et la barbarie terrorisaient les justes.


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http://www.actualitte.com/dossiers/287-journal-Helene-Berr-Patrick-Modiano.htm http://www.actualitte.com/dossiers/287-journal-Helene-Berr-Patrick-Modiano.htm contact@actualitte.com (Cecile Fonfreyde) Dossiers Tue, 14 Oct 2008 11:00:00 +0200
Bernard Werber, 'Paradis sur mesure' Après avoir mis fin à une longue saga de romans avec le dernier volet de la trilogie des dieux, Bernard Werber revient avec cette fois-ci un recueil de nouvelles. C'est certainement pour l'auteur et pour ses lecteurs une façon de respirer un coup avant de se lancer dans un autre projet d'envergure. Un peu à la manière de ses romans, l'écrivain propose une pause récréative dans son oeuvre. Il affirme d'ailleurs dans l'avant-propos : « La nouvelle me semble la base même de l'artisanat d'auteur. C'est là qu'on peut tester des formes, des mécanismes, des points de vue, des procédés de narration différents. »

Ainsi nous voilà face à un recueil de 17 nouvelles classées en deux catégories « les futurs possibles » et « les passés probables ». Les nouvelles classées dans « les futurs possibles » sont généralement des nouvelles d'anticipations laissant une grande place à l'imaginaire. Celles classées dans « les passés probables » sont plus ancrées dans le réel avec quelques notes de cynisme.

Certains thèmes chers à Werber sont présents dans ce recueil. Ainsi on retrouvera la société des fourmis, l'humanité qui se détruit puis tente de se reconstruire, les vies antérieures, ou encore l'homme incompris par ses contemporains. Les métiers des personnages ont aussi une grande importance. C'est comme si on faisait une petite plongée dans des univers différents largement influencés par la profession des personnages. C'est même une sorte de fil conducteur dans le recueil. On découvre en partie le monde des détectives privés, des journalistes de campagne, des humoristes, des gardes du corps et on en passe.

Un ton trop didactique

Ce livre est dans une grande mesure distrayant, on y trouve de bonnes idées et des pistes de réflexions intéressantes. Malheureusement Werber utilise toujours les mêmes recettes et s'il révélait dans 'Le mystère des dieux' que tout est régi par le tour de main, il faut bien avouer et à regret que là, la mayonnaise n'a pas pris.

Certaines formules déjà trop utilisées dans les autres livres de l'auteur réapparaissent. Ce qui pouvait lui être pardonné tant qu'elles étaient employées dans un cycle dont les codes et les bases étaient posés depuis plusieurs romans. Là ça devient un peu trop redondant et on finit par avoir l'impression de suivre un cours magistral. Pire même parfois Werber nous pose les résultats de ses réflexions comme ça à l'état brut avec des petits un, petits deux et petits trois. Le lecteur n'est-il pas capable de comprendre tout seul sans explications...? Bien loin de soutenir l'histoire cette intervention casse le lecteur dans son élan, détruisant pour un temps l'univers qu'il s'était construit. Pour se remettre dans l'histoire, il est un obligé de prendre sur lui et de faire un grand effort. C'est le cas notamment pour la nouvelle 'La stratégie de l'épouvantail'. Et c'est vraiment dommage car la nouvelle en elle-même est assez savoureuse et sans prétention.

Publicité intempestive

Enfin dernier point négatif, qui lui aussi était présent dans 'Le mystère des dieux', l'autopromotion. Bon dans 'Le mystère des dieux' on voulait bien fermer les yeux étant donné qu'il s'agissait de la fin d'un grand cycle et que l'on se trouvait en quelque sorte face à une synthèse de tout ce qui avait été créé par l'auteur. Ce n'était même pas foncièrement une mauvaise idée. Malheureusement dans ce recueil ça tombe un peu comme un cheveu sur la soupe. D'autant plus que c'est fait dans une nouvelle d'anticipation qui se penche sur les évolutions possibles des grandes marques, ces entreprises géantes auxquelles rien ne résiste. Se faire de la publicité dans un texte comme ça c'est un peu décalé, non...

Bref, dans ce recueil on trouve quand même quelques perles, et généralement les idées et les histoires sont intéressantes. Hélas, les interventions didactiques et promotionnelles gâchent tout. De plus les recettes de l'auteur commencent à être usées et le risque de lasser les lecteurs est de plus en plus grand. C'est dommage parce que Bernard Werber a le talent de savoir créer des univers cohérents avec des histoires passionnantes. On espère vraiment qu'il saura se renouveler dans son prochain livre.


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http://www.actualitte.com/dossiers/286-Bernard-Werber-nouvelles-Paradis-mesure.htm http://www.actualitte.com/dossiers/286-Bernard-Werber-nouvelles-Paradis-mesure.htm mario.g@actualitte.com (Mario) Dossiers Mon, 13 Oct 2008 11:01:01 +0200
Parfum d'Enfer, Anne Rambach Aube, c'est le nom d'une boîte de cosmétiques, figure de proue du luxe français dans le pays et à l'internationale, qui envoûte les foules et charme les femmes. Aube qui a racheté Sable noir, maison de couture, pour se donner plus de prestige encore, étendre la gamme de ses produits et conquérir le monde. D'ailleurs, le monde tourne autour de son égérie : Angelina Jolie.
 

Si. Parfaitement. L'actrice ayant quasiment plus fait pour l'adoption d'enfants orphelins – quand elle et son mari ne pratiquent pas la reproduction effrénée – que pour le cinéma, est le symbole de leur nouveau parfum : d'Enfer. Et après six mois de retard, la maison dirigée encore, mais de loin, par la croupissante Anne La Horraine, s'apprête à lancer le parfum d'Enfer sur le marché. Enfin...

 

L'hôtel Biron, qui accueille la collection du musée Rodin servira de cadre. Et quoi de plus sensuel que la porte des Enfers, sculptée selon les images invoquées par Dante pour assurer la promotion de la marque, de son parfum et de la femme qui va l'incarner ?

 

Au milieu de tout ce beau monde, Diane Harpman, décidément toujours fourrée au mauvais endroit, enquête sur le traitement des hôtesses d'accueil au cours de ces grandes présentations. Elle tient là un papier génial après plusieurs mois d'infiltration et d'observations. Elle va pouvoir dévoiler les sinistres conditions de travail, les mauvais traitements, les harcèlements... Quelle noble cause !

 

Puis vient la présentation. Le discours. L'arrivée de la star. Ses jambes longues. Le souffle coupé des invités. L'estrade. Le discours. Deux coups de feu. Et Angelina Jolie qui tombe, morte. Assassinée. Diane a presque vu l'assassin, et sans ce fichu camion poubelle, elle aurait presque mis la main dessus. Dès lors, les hôtesses attendront : elles ne vont pas s'éveiller à une conscience syndicaliste du jour au lendemain. Diane se met en chasse et se fait engager chez Aube pour découvrir ce qui se trame.

 

Messieurs les écrivains, ceci est un appel à la vendetta. Puisqu'Anne Rambach a cru malin de tuer Angelina Jolie, je propose que l'un d'entre vous fasse périr un sex-symbol masculin pour que nous soyons vengés ! Mme Rambach, a-t-on idée d'ainsi frapper le coeur des hommes, si sensible et si prompt à s'émouvoir de disparitions soudaines et violentes ? Aviez-vous dans l'âme que de nous accabler de douleur en privant la gent masculine, qui, certes, ne manque souvent pas de raisons de se retourner dans la rue, mais enfin, tout de même, Angélina Jolie...

 

Ce polar reprend le personnage de Diane que certains auront pu découvrir chez Albin Michel, dans Bombyx. Et si le premier ne manquait pas d'humour, on retrouvera ici quelques pointes bien senties qui allègent le récit. L'intrigue ? L'intrigue, c'est une de ces intrigues dont on n'attend pas forcément que vous la deviniez, puisque les indices restent éparpillés de façon brouillée et que tout le plaisir est dans la quête, pas dans le fait d'atteindre son but.

 

De même, les personnages ne manquent pas d'identité, quoique les stéréotypes ne traînent jamais bien loin, et finalement donnent un peu plus de goût qu'ils ne rendent le récit fade. Quelques bonnes idées ponctuent d'ailleurs l'ensemble et, même si cela me fend le coeur, je dois avouer que tuer Angélina Jolie, en est une très bonne. Et très drôle.

 

Alors pour l'amateur, doit-on conseiller ? Eh bien, on murmurerait volontiers de patienter l'édition de poche ou de le chercher en occasion : malgré certaines qualités évidentes, on tire toujours un peu la langue devant un livre un peu cher. Il est bien fait, c'est certain, tant visuellement que graphiquement, que dans son fond... mais enfin, il y a peu de chances qu'il soit relu, car à moins de souffrir du syndrome du poisson rouge, on n'oubliera pas de sitôt la résolution de cette affaire.

 

À découvrir si vous n'avez rien à lire sous la main, ou à traquer en seconde main, si vous êtes actuellement un peu à court. Ben oui, c'est la crise pour tout le monde...


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http://www.actualitte.com/dossiers/283-Anne-Rambach-Parfum-Enfer-Angelina.htm http://www.actualitte.com/dossiers/283-Anne-Rambach-Parfum-Enfer-Angelina.htm nicolas.g@actualitte.com (Nicolas) Dossiers Fri, 10 Oct 2008 11:00:00 +0200
Arkansas, Pierre Mérot « Y'a des détails, qui trompent pas, j'crois qu'Houellebecq est entré chez moi », pourrait-on dire pour reprendre Bénarbar. Certes, oui, l'écrivain français qui a publié un recueil de lettres échangées avec BHL n'avait pas besoin de cela, mais Pierre Mérot lui a fait l'honneur de quelques pages. Enfin quelques... trop eu égard au sujet, d'ores et déjà et puis trop bien écrites pour celui qu'elles désignent.

 L'astuce de Pierre Mérot aura été de ne jamais nommer l'écrivain, et de lui substituer le prénom Kurtz (en référence au mentaliste canadien ? Vaguement au chanteur grunge suicidé ?)... Mais y'a vraiment des détails qui ne trompent pas. Cette allusion à la façon de tenir ses cigarettes, qui s'affiche si bien sur la couverture des Particules élémentaires, par exemple. Ou une description physique bien envoyée. Voire un portrait moral tout aussi efficace...

De page en page, Traum (-atisé ? -atisme ?) raconte son expérience de vie avec Kurtz : leurs rencontres, leurs échanges. La pertinence de l'un devant l'admiration de l'autre. Et en parallèle, se déroule la vie de Kurtz, en Arkansas, « un ranch abandonné qu'on ne sait quel excentrique américain avait baptisé » ainsi. Dans ce Houellebecqland, des fans affluent. Dédié au culte de l'écrivain, chacun vient y faire les frais de son avarice, en payant, comme à un gourou de secte, le confort matériel et physique de Kurtz...

Fulgurance intéressante, Kurtz, qui a écrit Clonages, a perdu « la moitié de ses lecteurs », alors qu'au cinéma, La possiblité d'une île a eu le mérite de rendre les commentaires unanimes : c'est nul.

Alors quid de cet Arkansas, utopie dérisoire et morne, morne plaine, oserait-on presque ? S'il faut démasquer sous le personnage de Kurtz des traits appartenant également à Pierre Mérot, comme certains le suggèrent, reste qu'une impression écrasante vous saisira : Houellebecq hante les pages, les lignes, et même les vides entre les lignes. Et c'en est éprouvant.

Pire, on ne parviendra plus à se dégager de cette grille de lecture dès lors qu'on l'aura eue en tête, et nous vous l'avions annoncée de longue date. C'est dire si pour nous, la possibilité d'une chronique pas franchement orientée devenait complexe. Les adorateurs du demi-dieu littéraire Wel-bec n'y trouveront sûrement pas leur compte, les connaisseurs de Pierre Mérot seront probablement gênés de cette insistance... et pourtant.

L'indigence du sujet n'a d'égale que l'intelligence qui le traite. Le style est fluide, les pages se tournent sans vous – faudrait pas en plus demander au lecteur de participer à cette mascarade, non, mais ! Pierre Mérot, voilà un poncif, écrit très bien. Sa langue est agréable, ses tournures enlevées et jouissives l'humour qui s'en dégage avec une subtilité reptilienne.

Mais non. Impossible. Le thème n'a vraiment aucun sens. Consacrer un livre à ausculter, détailler, mettre en scène dans un paradis de bungalows sous-loués à des lobotomisés préfrontal, qui n'ont de vie qu'à travers Kurtz, c'en est trop. Et frapper sur Michel Houellebecq plus encore, c'est tout à la fois un peu trop régulier aujourd'hui, conforter sa sensation d'être victime d'un lynchage médiatique, et malgré la plume de Pierre Mérot, un peu pénible...

D'autant qu’Extension du domaine de la lutte était plutôt une réussite, et que si l'homme en prend actuellement pour son grade, et que son film n'a pas convaincu, il y aurait, dans cet acharnement – thérapeutique ? On retrouvait déjà la présence de Houellebecq dans Mamifères, du même Mériot, non ? – à décrypter l'auteur et en dresser un portrait d'égotiste forcené, quelque chose de trop systématique pour être intéressant. En dépit de la pertinence que cela peut avoir. On connaît l'affection de Michel pour Rael...

Juste dommage, comme nos jeunes diraient aujourd'hui.



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http://www.actualitte.com/dossiers/281-Arkansas-Pierre-Merot-gourou-Houellebecq.htm http://www.actualitte.com/dossiers/281-Arkansas-Pierre-Merot-gourou-Houellebecq.htm nicolas.g@actualitte.com (Nicolas) Dossiers Wed, 08 Oct 2008 11:00:00 +0200