Actualitté - Une page de caractère http://www.actualitte.com Les dossiers - Actualitté - Une page de caractère fr Copyright 2010 Actualitte. Tous droits réservés. contact@actualitte.com (contact actualitte) contact@actualitte.com(contact actualitte) Fri, 12 Dec 2009 13:52:35 +0200 http://www.actualitte.com/gfx/logo88x31.gif Actualitté - Une page de caractère http://www.actualitte.com 88 31 Librairie La Nicaise : Entre rareté et artisanat, l'importance d'être touché Avec un nom pareil, on n’imaginerait pas un meilleur environnement pour lui. Michel-Ange a beau tenir une librairie, les rayonnages contiennent des livres aux illustrations précieuses. Mais attention, il ne s’agit pas de beaux livres, ni même de livres d’art.

« Ces termes sont à rapprocher d’un rayon précis dans une librairie généraliste. Je préfère le terme de livre de dialogue », explique l’homme à la barbe noire fournie. Il précise : « Dialogue qui intervient entre l’auteur et l’artiste, entre l’auteur et le lecteur, ainsi que l’artiste ». Une jolie appellation, et il faut un sens aigu de la poésie pour exercer ce métier à la librairie la Nicaise.

Au royaume des livres, le libraire est roi

Gros volumes ponctués de gravures, petits formats fourmillant d’aquarelles, le seul point commun entre toutes les reliures est une édition, souvent prestigieuse, mais toujours illustrée et limitée. Pour le reste, il s’agit d’une sélection qui se fait par coup de cœur et une certaine connaissance des goûts des collectionneurs. De là à dresser un profil, le libraire expert comme le rappelle sa plaque, s’y refuse. « Je déteste ces mots de profilage, de tractations, il y a une certaine puissance que je ne ressens pas personnellement », explique-t-il en venant s’asseoir à la table qui ne comporte des livres que sous sa surveillance. « Ma clientèle est constituée de connaisseurs et possède un haut niveau d’exigence », indique-t-il. Dès lors, il s’agit un peu plus qu’un choix guidé ou d’une affaire pécuniaire.


Michel-Ange parle beaucoup de passion pour les belles choses et de l’ « importance d’être touché ». Dans ce plaisir, le libraire avoue qu’il y a une part d’égo à satisfaire un acheteur, d’autant plus quand il s’agit de faire découvrir de nouveaux horizons esthétiques et littéraires. Peut-être est-ce la raison qui pousse de jeunes étudiants d’art à pousser la porte du magasin et à recevoir un peu de l’émotion qu’il a en lui-même. Une tâche modeste en termes de profit qu’il détaille le plus naturellement du monde : « Humblement j’essaye d’aider à la constitution d’une bibliothèque. Je suis les modifications des collections déjà établies ou alors j’aide à en constituer une nouvelle. »

Une part d'élitisme assumée

Et au milieu des collectionneurs chevronnés qui ont compté parmi eux un chef d’État, le passionné initient les néophyte avec un tout premier achat, acte d’importance puisqu’ « une bibliothèque commence toujours par un premier livre ».


S’il ouvre son monde aux profanes, Michel-Ange n’en exclut pourtant pas une part d’élitisme. Il y a le prix des ouvrages bien sûr, quand bien même il ne s’agit pas d’éditions limitées de Picasso, certains prix de livres affichent les six chiffres. Mais certains opus sont suffisamment diffusés pour que Michel-Ange puisse proposer des achats en dessous de la centaine d’euros. Tant que le coup de cœur pour l’auteur est là, fait-il comprendre. Non, la part d’élitisme vient du système même du marché de livres de collections. De par leur diffusion limitée en nombre, les livres sont soumis à une cote, sur laquelle les libraires experts se fixent plus ou moins, mais qui font de l’achat, un acte résolument sacré. Le sympathique barbu confie sans honte que cela fait partie de cet univers, comme un garde-fou à une démocratisation trop grande pour ne pas perdre en valeur.


La question de la valeur marchande de l'art

Entre les volumes d’Éluard, qu’il n’apprécie pas vraiment, et son admiration pour les nouveaux poètes, le monde de Michel-Ange a parfois quelques similitudes avec le monde de la bourse. Cours des auteurs qui fait mentir l’idée selon laquelle l’art n’a pas un prix, « même s’il s’agit de celui que vous lui donnez », tempère le libraire  et de vrais pirates de la vente qui n’hésitent pas à revendre des livres quelques jours après une transaction faite à la Nicaise. Derrière ses lunettes, le regard du collectionneur se laissera aller à un instant de dureté. La limitation de la diffusion des œuvres, synonyme logique de prix plus cher ne le choque pas non plus. Il y en a bien quelques-uns qui font « un acte artificiel », constate-t-il, mais la plupart le font pour cibler un public particulier quand il ne s’agit pas d’un peu de réalisme.


Entre deux visites, Michel-Ange se rassoit pour évoquer les ventes très limitées du poète Michaux jusqu’au jour où les éditions se sont adaptées aux quelques dizaines de ventes régulières. « Il aurait pu gagner beaucoup en misant sur la rareté, il ne l’a pas fait mais rien ne l’en empêchait », s’amuse-t-il. Mais il y a des cas où la rareté est plus proche de l’artisanat que d’une manœuvre spéculative. Ainsi ce couple d’universitaires venu du Brésil qui s’émerveillent de petits livres-coffrets. D’apparence similaire, Michel-Ange rectifie le regard peu observateur. « Ce sont des joyaux, 30 exemplaires, tous réalisés à la main par l’auteur et artiste ». Pour ces touristes qui n’imaginaient pas venir à Paris sans s’arrêter boulevard Saint-Germain, « la passion est contagieuse ». Michel-Ange ne peut qu’approuver.


Plus tard s’engage une discussion avec un collectionneur dont les origines occitanes sont trahies par l’accent. Les mains tenant avec délicatesse des dessins sur papiers claques quasi centenaires, la barrière acheteur-marchand s’efface aussitôt. Commence alors un dialogue quasi théologique sur la distinction entre collectionneur, amateur et marchand. Une telle passion que la boutique continue d’entretenir 70 ans après son ouverture. Et nulle doute que cet héritage a sauvé la boutique, quand les librairies d’artistes sont rarissimes. Déjà en 1968, alors que le catalogue s’était spécialisé dans le surréalisme, l’échoppe d’Armand Nicaise n’était pas passée loin de la ruine.

Le gérant actuel relate un incident dans lequel « un étudiant avait armé son bras pour jeter un pavé contre le magasin ». Et ce n’est que grâce à un camarade, étudiant des beaux-arts et connaisseur des lieux, que la vitrine et les ouvrages resteront intacts. Depuis, le passage de flambeau s’est effectué plusieurs fois, mais l’amour du livre précieux est resté. Nul doute, Michel-Ange est bien le gardien d’un sanctuaire du beau et du rare. Il tient là sa chapelle Sixtine.
 
Librairie La Nicaise
Bibliophilie contemporaine
145, boulevard Saint-Germain - 75006 Paris
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http://www.actualitte.com/dossiers/1104-librairie-livres-rares-anciens-collectionner.htm http://www.actualitte.com/dossiers/1104-librairie-livres-rares-anciens-collectionner.htm bmorel.media@gmail.com (Bastien Morel) Dossiers Thu, 29 Jul 2010 11:13:26 +0200
Entre Platon, Dick et Cronenberg, le rêve et le réel, avec Inception La réalité, le rêve, les manipulations de l'esprit... des thèmes chers à la littérature de science-fiction, tout particulièrement et plus encore à des auteurs comme Philip K. Dick, pour qui l'introduction d'une réalité nouvelle ne marque pas forcément l'abandon des précédentes (voir Ubik...). Avec Inception, le cinéma hollywoodien nous gratifie d'un nouveau blockbuster, mais de talent. Celui de Leonardo DiCaprio, brillantissime, et qui pousse le bon goût jusqu'à ne pas éclipser les autres acteurs, leur laissant un véritable champ d'action...

L'intrigue se résume sur un ticket de métro : ce n'est pas cela qui compte. Un homme, Léo, en l'occurrence, est engagé pour implanter une idée dans l'esprit du futur héritier d'une supra-coproration. Pour ce faire, un kidnapping et hop, on va plonger dans ses rêves pour lui faire rentrer l'idée au plus profond de lui-même. On bascule de strate en strate, toujours plus profondément dans l'inconscient, pour que l'idée – il doit dissoudre l'empire de son père – prenne racine et grandisse, jusqu'à devenir sienne. Qu'elle soit ancrée jusqu'à l'appropriation complète.

Simplissime, non ? Et pourtant, la réalisation vous en met plein les yeux. Parce qu'il faut rendre dans l'esprit du spectateur une double réalité, spatiale et temporelle, tout cela dans des séquences oniriques qui glissent, glissent, glissent... Pour faire simple : on reprend La vie est un songe de Calderon, mais qui ne joue que sur une seule strate onirique. Mais là, réalité et rêve coexistent, dans une dualité simple. Avec Inception, on s'approche définitivement de K. Dick, et du Dieu venu du Centaure, où en prenant la drogue ramenée par Palmer Eldritch, on ne sait définitivement plus quand on a quitté les mondes fantasmés pour retrouver la réalité partagée par tous.


D'autant que le recours, dans le film, à un puissant sédatif qui permet de maintenir le rêve et de garantir la réussite de l'opération, rapproche plus encore de l'usage fait des stupéfiants dans ce livre du romancier américain.

Alors évidemment, un thème pareil ramène à un Matrix, nettement moins complexe, là encore, puisque toujours dual : la Matrice d'un côté, le monde réel de l'autre. Pilule bleue contre pilule rouge. Avec Inception, tout cela prend la dimension d'une poupée russe : elles s'imbriquent parfaitement les unes dans les autres, mais révèlent toutes une nouvelle réalité... rêvée. Et c'est particulièrement bon.

Difficile de passer également à côté du mythe de la Caverne de Platon dans cette histoire. La réalité que nous prenons pour vraie, n'est que la projection d'ombres sur une paroi et prisonniers de chaînes, nous sommes incapables de nous détourner de ces apparences que nous prenons pour authentiques. Là encore, Inception dépasse ce manichéisme : un plan, dans un plan, imbriqué dans un rêve, qui lui-même fait suite à d'autres... Tout cela se concrétise plus encore dans la fin du film, où le spectateur pourra enrager de se dire qu'il n'a pas toutes les cartes en main. Et c'est tant mieux.


Enfin, sans la dimension vidéoludique du film, mais avec cette connexion qui articule les actions des rêveurs, impossible de ne pas penser à eXistenZ. La console qui relie les personnes entre elles, pour les faire entrer dans un univers de jeu inédit, dont le réalisme est frappant. L'interactivité commune, les répercutions des actes sur les autres joueurs et la perspective d'un jeu dans le jeu rejoint complètement la thématique abordée dans Inception. Avec un budget de 200 millions $ pour sa réalisation, le film place toutefois la barre encore plus haut, non pas simplement en effets spéciaux (encore que la scène en apesanteur dans un hôtel à des échos de 2001 Odyssée de l'espace vertigineux), mais bien en action dramatique.

Enfin, immanquablement, on retrouve l'ambiance de manipulation si chère à Dark City, ce monde mouvant où des extraterrestres sont à la recherche de ce que peut être l'âme humaine. Ils structurent pour ce faire tout un monde, chaque nuit modifié, avec une dimension architecturale, au sens propre comme figuré, qui n'est pas si éloignée de celle d'Inception.

Pour conclure et élargir un peu, n'hésitez pas à replonger dans Les Invisibles de Grant Morrison, le monsieur qui avait signé avec Dave McKean un exceptionnellissime Batman, L'asile d'Arkham, dans lequel la réalité n'est plus vraiment celle à laquelle on peut se raccrocher... Un titre phare de l'auteur, immanquable pour approfondir le sujet...


Passer une vie à tenter de retrouver un passé quitté précipitamment, courir après des rêves et des rêveurs, des idées à voler, tout cela pour retrouver sa place au sein d'une famille déchirée par un suicide... Inception a définitivement tout d'un grand et magnifique film. Intelligent, fin, subtil et qui dissimule sous une apparente complexité, une formidable histoire sur le remord et la culpabilité qui rongent une existence – chose manifeste, à moins d'avoir le QI d'une huître faisandée sur le sable d'un désert saharien (lien vidéo, quand on n'est pas équipé, faut pas tenter de penser...) – le film de Christopher Nolan excelle sur tous les plans.

Et bien loin de nécessiter l'ensemble des références citées, quoiqu'assez classiques, le film n'est pas un patchwork de ces oeuvres. Il a son identité propre, forte et magnifique. Après tout, ce qui importe, c'est que les rêves auxquels on tient le plus parviennent à se réaliser... quel que soit le niveau de la réalité où ils y parviennent...

Wikipédia pour plus d'informations sur le film


Bibliographie conseillée

  • Philip K. Dick
    • Ubik
    • Le Dieu venu du Centaure
  • Bruno Bettheleim
    • Psychanalyse de contes de fées
  • Platon
    • L'Allégorie de la Caverne, Livre VII de La République
  • Calderon
    • La vie est un songe
  • Grant Morrison
    • Les invisibles
    • L'asile d'Arkham (rien à voir mais exceptionnel...)
Filmographie suggérée
  • eXistenZ, par Cronenberg
  • Matrix (dans l'idéal la trilogie, mais le premier volet suffira), parles frères Wachowski
  • Le Festin nu, adapté librement de l'oeuvre de William Burroughs, par David Cronenberg
  • 2001, Odyssée de l'Espace, de Stanley Kubrick
  • Dark City, de Alex Proyas
Les listes ne sont pas exhaustives, n'hésitez pas à ajouter des références dans les commentaires...

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http://www.actualitte.com/dossiers/1102-inception-matrix-ubik-eXistenZ-platon.htm http://www.actualitte.com/dossiers/1102-inception-matrix-ubik-eXistenZ-platon.htm ng@actualitte.com (Nicolas Gary) Dossiers Tue, 27 Jul 2010 12:48:45 +0200
Je défie quelqu'un de lire sérieusement sur un lecteur ebook !
Alors que nous conversons, une passante s’arrête devant la porte et s’étonne de l’organisation des livres en piles. Elle regarde à deux fois avant de demander : « c’est une librairie ? »


Éclairez-nous sur votre librairie et son système de piles…

La librairie fait 33m2 et compte 23.000 livres, soit autant qu’une Fnac de province comme celle de Mulhouse. Les libraires s’occupent surtout des stocks, obnubilés par un souci de rentabilité des livres, avec un retour sur profit évident. Le système de piles a le gros avantage de contenir plus de livres et la rentabilité au mètre pèse moins. Les éditeurs comme Hachette ou Editis privilégient des stocks importants de livres qui se vendent bien. Ils préfèrent privilégier la quantité plutôt que la qualité : au libraire d’imposer ses choix.



Le système de piles ne dilue-t-il pas le regard de vos clients ?

Tous les titres sont facilement visibles en étant dans le même sens. Cela peut ne pas apparaître évident, mais chaque ouvrage est rangé selon une logique précise. Le 2e intérêt est, avec 23 000 livres en stock, de ne pas avoir à dire « désolé, je n’ai pas celui-là ». C’est quand même frustrant pour une librairie, non ? Dans une librairie, il doit y avoir des livres. Même si le catalogue de la littérature française est large (1,5 million de livres) j’essaye d’en avoir le plus possible.
Quand je passe devant des libraires en province, je suis toujours étonné de voir de grands rayonnages aux trois quarts vides. Je m’efforce donc de n’être jamais dans cette situation, en faisant notamment appel à un coursier régulier pour mes commandes.

Comment êtes-vous devenu libraire ?

Un vieux rêve d’enfant. J’étais, il y a plus de 25 ans, responsable de la branche marketing d’une grosse société automobile. On m’a un jour offert l’opportunité de partir aux États-Unis, j’ai choisi de devenir libraire. J’ai ouvert dans un premier temps une libraire en banlieue, dans laquelle je suis resté 13 ans. Face au succès j’avais dû embaucher 7 salariés. Mais gérer tout l’administratif me demandait en moyenne 120 heures par semaine. Et j’ai eu envie de retourner aux livres, plutôt que d’être livré à la seule gestion du personnel. J’ai donc décidé de me retirer et d’ouvrir une autre librairie sur Paris, avant de tomber sur ce local, initialement occupé par une boutique de vêtement. Le choix de l’organisation des piles s’est imposé de lui-même, mais j’avais déjà un système de rayons roulants sur 3 étages dans ma précédente librairie.

Avez-vous une conception particulière du métier ?
Le métier de libraire ne consiste pas, pour moi, qu’à gérer des stocks. Conseiller un livre c’est dresser un portrait psychologique du client en se basant sur peu de choses. Bien sûr, je prends davantage de risques dans les conseils de lectures s’adressant à ma clientèle habituelle.

Être libraire est un métier de vrai passionné. Voyez, toutes les librairies du quartier ont fermé. Servir d’intermédiaire entre le livre et son acheteur, c’est merveilleux. 50 % de la demande concerne des ouvrages évidents, des classiques, ou des succès très connus, que j’ai le plus souvent dans mes colonnes. Le plus difficile concerne le livre qui n’est pas encore un classique, mais qui marche plutôt bien. Je cherche à créer un équilibre dans mon stock.

Comment se compose votre clientèle ?

J’ai une clientèle fidèle, qui vient souvent me voir pour des livres difficiles tant à lire qu’à trouver. Ils font aussi souvent appel à mes conseils quand il faut faire un cadeau sans savoir les goûts de la personne. Curieusement, mes clients ne viennent pas chez moi acheter des livres « plus faciles », alors que je les vends aussi. J’ai l’impression qu’ils ont honte de venir les acheter chez moi alors que je ne me permettrais pas de les juger. On peut dire que c’est la rançon de la gloire (rires) !

Je dois cependant admettre que ma clientèle vieillit et qu’une partie n’est déjà plus. Le nombre de lecteurs baisse et je vends de moins en moins d’exemplaires de la Pléïade. Les jeunes ne lisent clairement plus autant que leurs aînés et il n’y a plus de grands lecteurs. Sauf quelques exceptions, comme l’une de mes clientes âgées de 17 ans et vient d’avoir 19,56 de moyenne au bac : ses parents m’achètent plusieurs fois par mois des dizaines de livres parfois très abscons pour elle, suivant le rythme de ses lectures.

Pour l’anecdote, ma plus grosse livraison privée a consisté en plus de 100 livres pour le même acheteur. Homme curieux de tout (géologie, mathématiques, histoire) je crois que sa bibliothèque personnelle se compose de 15 ou 20.000 livres. Un autre de mes clients, chercheur vétérinaire, était un véritable passionné de Flaubert et me demandait de lui mettre tout ce qui paraissait du ou sur le père de Madame de Bovary.

Il m’est arrivé de garder dans mes piles un livre pendant 11 ans. J’ai fini par le faire réexpédier à l’éditeur et, le lendemain, un client me l’a demandé…

Jean Capdeville
Avez-vous souffert de la crise ?

Beaucoup. Depuis septembre, nombre de mes concurrents ont fait faillite. Les choses reprennent peu à peu. À l’heure de la crise et des impôts, la lecture est un vrai refuge.

Quel est votre sentiment sur le livre numérique ?

Je n’y crois tout simplement pas. Les e-readers sont des gadgets destinés aux gens qui ne lisent pas. Je défie quelqu’un de lire sérieusement une seule page dessus. Les éditeurs autant que les libraires s’accordent pour penser qu’il s’agit d’une vaste blague. Il est pour moi hors de question de vendre du numérique et je suis convaincu que le phénomène ne va pas durer. Je nuancerais cependant sur l’utilisation du livre numérique pour la recherche. Là, le livre numérique est un outil de travail. Mais croyez-vous que les traducteurs, par exemple, renoncent aux dictionnaires papier ?

Comment voyez-vous la prochaine rentrée littéraire ?
Je peux dire que le cru 2010-2011 est à première vue plutôt bon avec de vraies valeurs sûres. Même si cela n’engage que moi.

La rentrée littéraire demande une logistique importante. Les éditeurs nous présentent leur programmation au mois de juin ce qui nous laisse le temps de lire une partie des livres à l’avance. Il faut tout de même renvoyer un stock de livres de l’année précédente. Et quand on me demande un livre que je viens de renvoyer, ça me fait rager.

Propos recueillis par
Adrien Aszerman et Bastien Morel
 
*Librairie Capdeville,
7 bis rue Fabre d'Eglantine 75012 Paris
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http://www.actualitte.com/dossiers/1097-portrait-libraire-capdeville-conseils-paris.htm http://www.actualitte.com/dossiers/1097-portrait-libraire-capdeville-conseils-paris.htm aaszerman@actualitte.com (Adrien Aszerman & Bastien Morel) Dossiers Thu, 22 Jul 2010 10:00:00 +0200
eBookZ 2 : le piratage de livres en France sous surveillance Exclusif : Le 20 octobre 2009, Le MOTif frappait fort, avec une étude EbookZ, portant sur le piratage de livres numériques, où Gilles Deleuze apparaissait comme le plus victime des réseaux internautiques... (en savoir plus)

Moins d'un an après, un prélude à la suite d'Ebookz vient de paraître, sous le vigilant regard de Cécile Moscovitz, réunissant les approches conjointes de Mathais Daval et Rémi Douine. Et elle propose cette fois de passer au crible les différentes plateformes, étudiées entre mai et juin 2010, à travers un échantillon de best-sellers. Premier constat, sur la somme des ouvrages inventoriés, un sur cinq est disponible en téléchargement, légal ou non.

Manque cruelle d'offre. Tout court.

« La conclusion est simple : d'un côté, l'offre légale, sur l'ensemble des ouvrages de référence dont nous nous sommes servis, est trop faible et représente très peu, alors que nous avons volontairement choisi des livres issus des classements meilleures ventes. D'autre part, l'offre illégale vient vraiment concurrencer celle des plateformes, et pallier ses manques. Trop de titres sont encore disponibles en version illégale sans que l'on ne trouve leur pendant légal », explique Mathias Daval. Et l'on en revient toujours au même constat, ce qui est piraté ce sont les best qui n'ont pas d'offre légale.

Pour les réseaux choisis, dans l'offre légale, on retrouvera les plus classiques, depuis FNAC, en passant par Virgin, Apple, Lekti-Ecriture, Bibliosurf, et ainsi de suite. Seul Éden Reader pour iPad n'est pas comptabilisé, puisque présenté plus tard. Pour le moment, si les plateformes légales se multiplient, et que l'on en verra d'autres sortir, les catalogues restent humbles. Tous éditeurs confondus, cela représenterait moins de 10 % des titres papier disponibles – entre 60 et 70.000 titres, soit 2,4 % du chiffre d'affaires...

Apporter des outils de compréhension

Sauf que tout cela avance : « Le numérique devient un marché à part entière, et nous sommes entrés dans l'année 1. L'intérêt du MOTif aujourd'hui est d'étudier et donner aux professionnels des outils pour réagir », précise Vincent Monadé, le président. « Il s'agit d'apporter, avec ce cadre de recherches que nous souhaitons mettre en place, qui est quasi opérationnel, des données objectives, avec une visée neutre. »

Dans le cadre des plateformes illégales, l'étude note également plusieurs points : si l'on ne ressent pas d'exclusivité des catalogues – on trouve tout – l'accès à un livre dépend (dans le cadre des réseaux Torrent) à la demande et l'offre. Or, si d'un côté, on peut facilement accéder à un ebook, ce n'est qu'une fois que l'on a pu se rendre sur ces plateformes. Leur caractère illégal les contraint à un minimum de discrétion, sur les moteurs de recherche. Et la pérennité des liens n'est pas toujours assurée, là où FNAC offrira toujours l'achat de l'ebook en question.

Expérimenter, rater, recommencer, rater mieux...

À ce titre, une triple expérience est menée : se procurer un ebook à partir de trois types de site : vente légale, depuis un site grand public (FNAC), depuis un appareil mobile et depuis une plateforme illégale. Le constat est simple. Si depuis Fnac, on peut acheter des livres numériques, on n'est pas encore arrivé au moment de la lecture après avoir payé. Plusieurs étapes sont nécessaires pour y parvenir, rendant l'achat pénible et décourageant l'être bien intentionné. En revanche, le même test sur iBookstore et un site illégal n'offre pas du tout les mêmes contraintes.


À ce titre, l'observatoire du MOTif publiera prochainement une étude sur les comportements des pirates, que ce soient les téléchargeurs ou ceux qui offrent les livres après numérisation. « Notre intention est également de comprendre comment le téléchargement s'effectue, explique Rémi Douine. Nous aimerions déterminer le périmètre d'action et les variations de la demande. Un tel regard croisé sur les usages pourrait montrer comment se pratique le téléchargement illégal, et selon quels critères il réagit. »

Formats et tarifs

A ce jour, l'offre n'est pas vraiment changée : on retrouve toujours le PDF en format principal dans l'offre illégale, bien que l'ePub, souvent issu d'un fichier craqué, se développe. Le PDF représente 20 % en légal, contre 61,6 % en illégal, tandis que le ePub pèse 48,4 % du légal contre 20,6 % de l'illégal. « Leur présence sur les réseaux ne découle encore que d'actes individuels, voire militants », observe Mathias Daval. Alors pour lutter, les vendeurs proposent des alternatives, encore réduites, pour optimiser et valoriser leur offre :
  • Couverture 100 %
  • Sommaire 14,3 %
  • Extrait 71,4 %
  • Feuilletage 67,8 %
Bien des efforts à faire pour donner avancer une offre attractive et plus encore quand on intègre les commentaires (36,7 %), les recommandations (16,7 %) et le paratage d'informations (16,7 %). Tout cela reste encore sous-exploité, et nécessairement à développer pour améliorer l'offre.

Reste enfin la disponibilité des titres : nous évoquions un ouvrage sur cinq, parmi l'échantillon. Au final, 17,3 % des livres du panel sont disponibles en offre légale, contre 27,9 % en offre illégale. C'est d'ailleurs en BD que l'on remarque le plus important écart, avec 10 % des best-sellers en légal, contre 53,3 % en illégal (cette dernière fait d'ailleurs plus cas de téléchargement direct que du peer to peer).

Alors, reste la question du prix. L'écart moyen, note l'étude, est de 18 % entre le prix papier (grand format) et le prix numérique, comme suit
  • Romans 31,4 %
  • Essais 20,3 %
  • Jeunesse + 2,7 %
  • Pratique + 6,2 %
  • BD 47,7 %
Dans le cas du livre de poche, le prix du numérique est inférieur de 6,8 %. Pour Vincent Monadé, seule l'apparition d'un prix unique du livre numérique pourra permettre de fixer l'ensemble de l'industrie. « Je me souviens qu'Alain Absire, l'ancien président de la SGDL estimait que 30 % moins cher pour un fichier homothétique était raisonnable. On a encore une marge de manoeuvre importante là. L'État doit faire vite, parce que les ventes sont conditionnées par cette loi. La commodité du téléchargement illégal découle aussi de ce que l'on fait une offre attractive. Dans tous les sens. » Et surtout permettre aux éditeurs de lutter intelligemment contre le piratage et non en se lançant dans des initiatives qui ne font pas sens.

L'idée reste bien de parvenir à ce que ce monde décolle, confortablement, tout en offrant le meilleur confort pour les utilisateurs... Rendez-vous en septembre pour tout savoir de leurs conclusions.


Ce prélude à l'étude sera à retrouver dans son intégralité samedi 17 juillet
sur le site du MOTif
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http://www.actualitte.com/dossiers/1088-ebooks-piratage-legal-illegal-offre.htm http://www.actualitte.com/dossiers/1088-ebooks-piratage-legal-illegal-offre.htm ng@actualitte.com (Nicolas Gary) Dossiers Fri, 16 Jul 2010 10:00:00 +0200
Rapport d'activité SNE 2010 : TVA, Google, numérique, etc... I. Le marché du livre s’est maintenu en 2009.

A 2,8 milliards d’euros, le chiffre d’affaires de l’édition s’inscrit à -0,1% par rapport à 2008 : les ventes de livres (2,7 milliards €) augmentent de 0,1%, tandis que les cessions de droits (126 millions €) reculent de 3,1%. 465 000 exemplaires ont été vendus (-0,8%). 75 000 titres ont été produits (-1,9%), dont moitié de nouveautés et moitié de réimpressions. La production en volume s’est fortement contractée avec 609 000 exemplaires produits en 2009 au lieu de 740 000 en 2008 (-17,6%). Le tirage moyen passe, lui, de 9700 à 8150, soit une diminution de 16%.

On observe des variations très contrastées entre les secteurs éditoriaux en 2009 : le livre de jeunesse détient la palme avec un bond de 21,5% en valeur. La littérature, premier secteur éditorial avec 23,6% du chiffre d’affaires total de l’édition, progresse de 4,6%. Les beaux livres et livres pratiques, ainsi que la bande dessinée sont stables. Tous les autres secteurs voient leur chiffre d’affaires reculer, surtout les dictionnaires et encyclopédies (-26%) et les sciences humaines et sociales (-8,9%).

Le fait le plus marquant sans doute en 2009 est la percée du livre numérique : encore insignifiant en termes de part de marché en 2008, il représente en 2009 2,7% de notre chiffre d’affaires, en progression rapide.

Cependant, le début de l’année 2010 laisse augurer une année moins bonne que 2009.

Bureau du SNE Crédit photo SNE

II. Dans ce contexte qui se tend, le SNE a poursuivi depuis un an son activité à un rythme soutenu. Tout d’abord, notre action a été couronnée de succès sur deux dossiers importants : Google et les délais de paiement.
  • Google : une grande victoire pour le droit d’auteur dans un contexte de plus en plus difficile
Le jugement du tribunal de grande instance de Paris du 18 décembre 2009 a condamné Google pour avoir numérisé des livres sous droits sans autorisation des ayants-droits. Après trois ans de procédure, le TGI de Paris a donné raison aux plaignants et condamné Google, qui interjette appel de ce jugement. La portée de ce jugement est d'autant plus forte, qu'au-delà du préjudice commercial reconnu au groupe La Martinière, le tribunal a aussi reconnu un préjudice au SNE et à la SGDL, qui s'étaient joints au procès, et à travers ces syndicats, à l'ensemble des éditeurs et des auteurs qu'ils représentent.

Quant au projet de Règlement entre Google et des éditeurs et auteurs américains, qui tentait à l’origine, par une politique de fait accompli, d’imposer sa loi aux ayants-droits du monde entier, le Syndicat a fait valoir ses objections à deux reprises, en septembre 2009 puis en janvier 2010.

Parallèlement, le combat au niveau européen et international pour les droits d’auteur se poursuit. Le SNE et la FEE ont plaidé contre l’idée du Parlement européen d’instaurer une exception pour harmoniser la gestion des oeuvres orphelines. L’arrivée de Michel Barnier comme nouveau commissaire européen chargé du marché intérieur (qui comprend l’unité droits d’auteur), est une bonne nouvelle. Une délégation du Bureau sy SNE le rencontrera le 30 juin.

  • Les délais de paiement : une victoire décisive
Après plus d’un an d’intense lobbying, avec les libraires, le Sénat a voté le 13 janvier dernier l’exemption du livre de l’application de la réduction des délais de paiement prévue dans la loi LME du 4 août 2008. Le livre est le seul secteur exempté. Nos remerciements vont particulièrement à Hervé Gaymard, Michèle Tabarot, Jean-François Copé, Jacques Legendre et Gérard Longuet.


III. Le livre numérique a inspiré de nombreux rapports publics (Zelnik, Tessier, Albanel, Gaillard)


Les quatre principaux chantiers sur le livre numérique sont : la TVA, les œuvres indisponibles, la maitrise du prix et l’accès aux plateformes.

La TVA réduite

Les éditeurs européens ont déjà obtenu, par une directive européenne du 5 mai 2009, la possibilité pour les Etats d'étendre le taux réduit de TVA aux livres audiovisuels et numériques sur support physique. La France l’a transposée –avec certaines conditions- depuis l’automne 2009. La pétition lancée par Antoine Gallimard a recueilli plusieurs milliers de signatures au 15 janvier 2010.

A la suite du rapport Zelnik (janvier 2010), qui évoque « le caractère politiquement et économiquement intenable du maintien de deux taux de TVA distincts, imposé par le droit communautaire », le Président de la République s’est prononcé en faveur d’un taux réduit de TVA pour le livre numérique lors de ses vœux au monde de la culture le 7 janvier. C’est en effet une question de principe (l’oeuvre intellectuelle prime sur le support) en même temps qu’économique (un taux réduit permettra aux éditeurs de proposer des offres tarifaires attractives pour les livres numériques, tout en assurant la meilleure rémunération possible de tous les acteurs de la chaîne du livre).

Les Œuvres indisponibles
Un groupe de travail a été formé avec le ministère de la culture et un projet a été présenté à la Commission Ricol en vue du financement par le Grand Emprunt de la numérisation des œuvres indisponibles du XXe siècle.

La maîtrise du prix des livres numériques par les éditeurs
La question d’un prix unique pour les offres de livres numériques fait l’objet d’un travail en commun avec les libraires et le ministère de la culture. Le périmètre d’une possible loi n’est pas encore clarifié. Cette question a aussi une dimension européenne et internationale complexe.

L’accès unique aux trois plateformes

Les trois plateformes depuis cette semaine donnent accès à l’ensemble des catalogues.


IV. Les autres principaux dossiers suivis par le SNE


L’exception pédagogique prévue par la loi DADVSI d’août 2006, qui devait entrer en vigueur le 1.1.2009, ne l’est toujours pas à ce jour. La convention de mars 2006, qui instaurait un régime de gestion collective volontaire moyennant une faible compensation financière a été prolongée jusqu’à la fin de 2009. Depuis 2010, les usages de scans d’extraits d’œuvres protégées par les enseignants ne sont plus encadrés, mais sont dans un vide juridique.

Le 30ème Salon du Livre a été inauguré par Frédéric Mitterrand le 25 mars 2010. 90 auteurs étaient mis à l’honneur et le caractère international du Salon était renforcé grâce à la célébration particulière des littératures africaine, turque et russe. Pour la deuxième fois, les Champs Elysées étaient pavoisés aux couleurs du Salon du Livre, grâce à un partenariat avec la Ville de Paris.
La professionnalisation du Salon s’est poursuivie en 2010, avec le 2e marché des droits audiovisuels, la création d’un centre de droits, la « Carte blanche » donnée à la petite édition sur le stand du SNE.

Sur l’initiative des Commissions des Usages commerciaux et Circuit du Livre, ainsi que d’un collectif d’« éditeurs écolo-compatibles”, le Syndicat a décidé de créer une Commission Environnement, qui aura pour objectif notamment de faire un bilan carbone de l’édition en France, impliquant tous les acteurs de la chaîne du livre et l’ADEME.

Les groupes et commissions du Syndicat ont eu une activité intense : je laisse à leurs présidents et présidentes le soin de vous en résumer la teneur. Qu’ils en soient vivement remerciés, ainsi que l’équipe permanente du SNE.

Je souhaite enfin remercier mes collègues du Bureau -actuels et anciens- pour ces 25 ans passés ensemble, dont 19 ans de présidence.]]>
http://www.actualitte.com/dossiers/1065-activite-numerique-tva-google-sne.htm http://www.actualitte.com/dossiers/1065-activite-numerique-tva-google-sne.htm contact@actualitte.com (SNE) Dossiers Thu, 24 Jun 2010 15:54:05 +0200