Actualitté - Une page de caractère http://www.actualitte.com Les dossiers - Actualitté - Une page de caractère fr Copyright 2008 Actualitte. Tous droits réservés. contact@actualitte.com (contact actualitte) contact@actualitte.com(contact actualitte) Fri, 04 Jul 2008 12:44:35 +0200 http://www.actualitte.com/gfx/logo88x31.gif Actualitté - Une page de caractère http://www.actualitte.com 88 31 Les dix ans de l'Escale des Lettres, collection du Castor astral Cette semaine nous avions rendez-vous avec le Castor Astral... Ou plutôt Francis Dannemark, Jean-Yves Reuzeau et Marc Torralba avaient donné rendez-vous à qui souhaitait venir à « une renaissance », ou un anniversaire. La collection l'Escale des Lettres fêtait en effet sa dixième édition, l'occasion de revenir un peu sur le parcours de Francis, « éditeur accidentel devenu accidenté », ainsi qu'il l'a précisé.

J'ai dix ans, je sais que c'est pas vrai...

Et comme toute histoire, celle-ci commence en ouvrant un livre. Ce livre, ce pourrait être La Belle escale, un recueil de textes piochés parmi les dix années de publications, mais qui marquerait une étape dans la collection. Ce pourrait tout aussi bien être Le livre des Rabinovitch, de Philippe Blasband. « Il venait de se faire renvoyer de chez Gallimard, pour ne pas citer l'éditeur, qui lui avait refusé la parution et il m'a présenté ce livre », se souvient Francis. « Comme c'était tout simplement excellent, je lui ai proposé de le publier dans la collection L'Escale des Lettres. »

Une collection à l'anglais,
loin de la hiérarchie si française des genres

Tope là ! Et voici que l'aventure démarre. « Dans l'Escale, on publie de tout : des romans, des poèmes des essais. Je souhaitais une collection un peu à l'anglaise, enfin pas tout à fait. Je crois que cela s'est un peu imposé comme une évidence : nous allions tout publier, pas dans un fourre-tout, mais dans une optique d'ouverture. »


Et si tu m'crois pas, t'vas voir ta gueule

Depuis, on le constatera, les genres sont « côte à côte », et finalement « la hiérarchie des genres est quelque chose que je n'apprécie pas beaucoup. C'est assez français comme habitude », plaisante Francis. « Si l'on a bien fait notre travail, alors il n'est pas vraiment nécessaire de parler de la collection : tout est résumé dans La belle escale. » Le livre est déjà disponible gratuitement dans toutes les librairies qui ont envie de promouvoir le travail du Castor Astral. Un éditeur actif qui avait récemment repris à Plon les droits de publication de Bernanos, qui commençait à végéter, par exemple.

Une collection fête ses dix ans, et
une autre voit le jour pour une série de 12 tomes


10 ans, c'est aussi l'occasion d'apporter quelques modifications à la collection : on ne publiera plus de poésie au sein de l'Escale. Mais comme on aime bien être contrariant, deux derniers livres sortent tout de même, écrits l'un par Karel Logist, Tout emporter et l'autre par Denis Grozdanovitch, La faculté des choses. Et comme dans dix ans on ignore où l'on sera, on profite du moment présent pour annoncer le nouveau livre d'Hervé Picart, Le dé d'Atanas, premier tome d'une série qui comptera 12 livres.

C'est une collection à part entière que porteront ces livres, tournés autour des enquêtes de Frans Bogaert, un distingué et cultivé, antiquaire de son métier. Arcamonde, verra son premier tome sortir le 6 novembre, et en attendant, vous pouvez retrouver plus d'éléments sur la page qui lui est dédiée.
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http://www.actualitte.com/dossiers/278-Escale-Lettres-collection-Castor-Astral.htm http://www.actualitte.com/dossiers/278-Escale-Lettres-collection-Castor-Astral.htm nicolas.g@actualitte.com (Nicolas.G) Dossiers Sat, 04 Oct 2008 16:03:13 +0200
L'America Festival : le salon de toutes les Amériques Les petits salons,c’est avant tout une redécouverte de la convivialité, le plaisir de retrouver quelques éditeurs, des auteurs bien plus accessibles qu'au cours de grandes manifestations. Pourtant, même ramené à des proportions humaines – face au démesuré Salon du livre de Paris – et comptant un nombre raisonnable de maisons, l'America Festival pointe une vérité janusienne : d'un côté, on ne peut que se réjouir du nombre de livres présentés, de l'autre constater qu'il y en a décidément beaucoup.

Des auteurs à en perdre son français

Abrité sous une grande toile blanche, le public défile devant les stands qui sont autant d'occasions de croiser un auteur venu pour une séance de dédicaces. Ainsi, on aura pu croiser Lionel Trouillot, qui sur le stand d'Actes Sud présentait deux livres : L'amour avant que j'oublie et Les enfants des héros. Un grand sourire, une signature, l'ambiance est détendue : « Oui, j'apprécie ces petites réunions, nous dit-il. On prend plus le temps d'échanger avec les gens qui aiment lire. » Évidemment. Et dans le coin, personne ne ratera une affiche pour Millenium, l'ultra-saga...


L'art de la couverture et de la présence

Juste en face, et bien que nous l'ayons raté, Plon met en avant Nathan Englander, pour Le ministère des Affaires spéciales, ou encore Jorge Volpi, pour La fin de la folie. C'est toujours dans ces moments que l'on prend conscience de l'importance d'une couverture. Jorge que l'on retrouvera également au Seuil pour deux autres romans : étonnantes ces coïncidences.


Au fil des allées – le Festival n'est pas si grand – on croise la maison Christian Bourgois qui met en avant, entre autres, plusieurs éditions de William Burroughs. Le public est curieux de cet auteur, nous dit-on sur le stand et manifeste un certain intérêt. « Le Festival permet de présenter les nouveaux auteurs, mais aussi de remettre en avant certains qui méritent de ne pas être oubliés. » Oublier Burroughs ? Non...

À travers les haut-parleurs, on annonce que chez Buchet Chastel, Daina Chavianno est disponible pour qui souhaiterait se faire dédicacer L'île des amours éternelles. Nous l'approchons à pas de loup : comment se déroule la manifestation ? « Je suis contente d'être ici. Je me rends compte que l'intérêt pour la littérature étrangère est important en France. » En France, impossible de le dire, mais en tout cas, sur les 676 romans de la rentrée littéraire, 210 sont des traductions, avec 109 anglo-saxons.


Un Stock très féminin

Un petit tour devant Stock, décidément très féminin cette année, puisqu'à l'honneur on découvre Nami Mun et Wendy Guerra. La première, d'origine coréenne, est maître de conférence à l'université du Michigan, l'autre est romancière et cinéaste cubaine, née à La Havane. Et puis, surtout, l'inévitable Colombe, dont on ne cessera de contempler le sourire. (Soupir...)


Des livres à découvrir...

Dans le désordre, on évoquerait aussi l'éditeur de Barrak Obama, Presses de la Cité, qui met discrètement en avant L'audace d'espérer. De bonnes ventes ? « Plutôt, oui. On s'intéresse beaucoup à cet homme ici, et ce livre est une bonne approche de sa philosophie. » Toujours en vrac, Héloïse d'Ormesson, qui met tout particulièrement à l'honneur Irvin Yalom, le psychiatre américain, né de parents russes. Mais on évoquera aussi la présence des Allusifs, et d'Horacio Moya, que nous vous avions récemment présenté, celle du Cherche Midi, ou de Liana Lévy...


Le phénomène Richard Ford

D'autant que... en se rendant à l'intérieur de la mairie, on assiste à un étrange attroupement : alors qu'un débat se tient dans la grande salle, plusieurs fans se sont regroupés autour... de Richard Ford. Probablement la vedette de ce Festival, largement sollicité et attendu et paru chez différents éditeurs. « J'ai lu tous ses livres », tremble d'émotion une femme juste devant l'auteur. Et la sortie à l'Olivier de L'état des lieux ne manque sûrement pas de raviver l'enthousiasme...


Une quatrième édition riche

Alors qu'en retenir ? Qu'il est amusant d'entendre parler tout à la fois anglais et espagnol sous la tente de cette grande librairie. Que décidément, les auteurs sont des gens comme les autres, l'un d'entre eux ayant fait un bref caprice, et que c'est à ce moment-là que l'on plaint réellement les attachées de presse. Mais dans l'ensemble « ils se prêtent très volontiers au jeu », nous explique un bénévole. « Ils se croisent, discutent, et s'arrêtent pour recevoir les félicitations d'une personne venue pour eux. C'est dommage qu'il fasse un peu chaud sous la tente, et puis avec le beau ciel bleu, on aurait pu faire ça dehors. »

Pour sa quatrième édition, le Festival America aura bien été celui de toutes les Amériques.
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http://www.actualitte.com/dossiers/272-America-Festival-salon-Ameriques-auteurs.htm http://www.actualitte.com/dossiers/272-America-Festival-salon-Ameriques-auteurs.htm nicolas.g@actualitte.com (Nicolas.G) Dossiers Sun, 28 Sep 2008 12:21:43 +0200
Bernard Laporte, secrétaire d'État, se passionne pour la BD Non loin de la Bibliothèque nationale de France, le curieux trouvera le ministère de la Jeunesse, de la Vie associative et des Sports, dans l'ordre que vous voulez. Étrange lieu pour annoncer un partenariat avec la maison Emmanuel Proust Éditions ? Pas tant que cela. L'éditeur présentait en effet une nouvelle collection axée... sur le sport. Le sport, parent pauvre de la BD, le thème n'échappera à personne ; pourtant, avec les deux titres déjà parus, et deux autres prévus pour novembre, c'est une approche différente qui émane.

Promouvoir le sport ? Non, parler de vies simples, par le sport

Pourtant, la maison n'en est pas à son coup d'essai. « En 2000, nous avions publié Carton jaune, qui racontait l'histoire d'un footballeur juif déporté suite à la rafle de Vélodrome d'hiver. » Intrigante initiative, qui ne manquera pas de laisser perplexe : le sport dans la BD pourrait donc avoir sa place ?

«Auparavant, il n'existait rien de tel, si ce n'est pour les jeunes. Nous avons voulu introduire des histoires, tournant autour du sport, mais qui révélaient d'autres dimensions, pas avec du sport dans chaque case, créer une aventure humaine autour d'une aventure sportive », nous explique Emmanuel Proust.


Deux titres sont déjà sortis : Match Décisif et Le marathon de Safia. Didier Quella Guyot, scénariste de cette dernière s'explique : « Safia, c'est l'histoire d'une adolescente dont le père musulman refuse de voir sa fille pratiquer la course, qu'il considère comme un sport d'homme. Dans ce récit, j'ai voulu pousser les complications aux extrêmes, pour qu'en ressortent plusieurs éléments sociaux. C'est une façon de traiter de problèmes de société, ce que le sport soulève souvent, mais que l'on évoque finalement moins que le strass et les paillettes. »

Et Bernard Laporte d'ajouter dans un communiqué : « La bande dessinée est un vecteur privilégié pour véhiculer des valeurs du sport, de la jeunesse et de la vie associative. [...] Quoi de plus logique alors que de vouloir contribuer à la rencontre et au renforcement des liens entre les deux univers du sport et de la bande dessinée. »


Méfiance de l'univers BD par rapport au sport

Ces BD s'accompagnent d'un traitement particulier : aucunement oeuvres de commande, elles souhaitent montrer combien le sport peut offrir un autre regard sur nos sociétés, présenter des tensions et des conflits, offrir une perspective nouvelle. Jérôme Félix, scénariste de Match décisif abonde : « Il existe une méfiance du monde de la BD à l'égard du sport. C'est un risque que peu souhaitent prendre, mais un domaine où tout est à faire. »

Car si l'on évoque les sportifs comme des vedettes, ces titres sont là pour montrer que l'on peut revenir à la vie réelle et faire redescendre le mythe de la réalisation sociale à travers la pratique sportive à un niveau plus pertinent : celui des appréhensions communes, loin des caméras. On ne s'en sert pas comme d'un prétexte, on se sert de lui pour mettre en scène la vie de tous les jours et les conflits auxquels des héros simples font face. Mieux, on aborde des perspectives historiques, comme ce titre qui sortira sur le cyclisme et qui se déroule avant la guerre d'Algérie.

« Créer une aventure humaine autour d'une aventure sportive »
Emmanuel Proust, éditeur

Certes, mais alors quelle place pour le ministère dans cette collection. Emmanuel nous l'explique : en tant qu'institution, le ministère aura à charge d'informer les associations et les fédérations sportives, de promouvoir ces titres. Entamé avec Jean-François Lamour, ministre des Sports de 2004 à 2005, c'est aujourd'hui avec Bernard Laporte que le projet se poursuit. En face, Eurosport est également partenaire du projet, et assurera une diffusion médiatique pour Atmosphère sport, la collection d'Emmanuel.

On regrettera que rien ne soit mis en place par les ministères, notamment avec celui de M. Darcos, pour mettre à disposition ces titres dans les CDI des collèges et lycées. Bien que tout à la fois les histoires et les dessins s'adressent à un public large, les plus jeunes y puiseront peut-être une source de réflexion qu'il n'aurait pas été plus dommageable de retrouver dans les établissements...
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http://www.actualitte.com/dossiers/270-BD-ministere-sports-jeunesse-Laporte.htm http://www.actualitte.com/dossiers/270-BD-ministere-sports-jeunesse-Laporte.htm nicolas.g@actualitte.com (Nicolas.G) Dossiers Fri, 26 Sep 2008 06:31:00 +0200
Horacio Castellanos Moya : 'Je n'aime pas me répéter !' Elle était salvadorienne hier, la Maison de l'Amérique latine, alors qu'Horaio Castellanos Moya publié aux Allusifs, présentait son dernier livre Là où vous ne serez pas. Connu tout particulièrement depuis Le bal des Vipères, c'est son sixième livre à paraître, bien que sorti en 2003. On aime bouleverser les habitudes, aux Allusifs...

Quitter le Salvador, pour trouver la sérennité

De son premier livre Le dégoût, paru en 97 en Espagne, Horacio retiendra qu'il est facile de tuer quelqu'un dans son pays, le Salvador, et qu'il est préférable de se tenir loin des choses dangereuses. N'écrit-il pas que c'est un horrible pays, dans cette Amérique centrale où l'on ne sait que s'entretuer ? Certes, la tradition de critique à l'égard du Salvador est un thème littéraire choyé, mais la prudence est de mise : il a choisi depuis quelques années de s'installer à Pittsburgh, aux États-Unis. Il y enseigne la littérature d'Amérique latine.

Auteur de l'oreille, pas des yeux

Un point commun à tous ses livres reste le principe de monologue. Pourquoi ? C'est qu'il a besoin d'entrer dans ses personnages, de parler par leur voix pour leur donner vie. « Je ne suis pas un écrivain visuel, plutôt un écrivain de l'oreille », ajoute-t-il. Une des raisons qui le pousse à voyager vers Los Angeles pour retrouver l'oralité de sa langue, et lutter contre la perte de sa musicalité.


Justement, il décrit volontiers son oeuvre comme moins tragique que tournée vers la désolation et l'échec. Et si on le qualifie de mélancolique, il le reconnaît avec humour, mais ne sait pas d'où ça sort. Pour sortir de cette image, Horacio aime à rompre les formes, changer de style, varier les plaisirs de l'écriture. « Je n'aime pas me répéter », plaisante-t-il.

Horatio varie les formes de ses récits
« Je n'aime pas me répéter », dit-il

 
Interrogé sur les poèmes qu'il a pu rédiger, Horacio explique qu'il s'agit d'une auto-édition et que seul un ami en possède encore un exemplaire. C'est l'époque où il a découvert qu'il n'y avait pas de maison d'édition au Salvador. Quant à les republier, pas question ! Il a tout brûlé et son ami lui a promis comme une menace qu'il les diffuserait si jamais ils venaient à se brouiller tous deux.

L'inspiration ? Cela dépend en grande partie des livres

Et Le bal, alors, est-ce une histoire vraie ? Partiellement, en tout cas. Durant un séjour à Mexico, en 95, après la faillite d'un journal pour lequel il travaillait, il croisa « un clochard qui habitait dans une voiture déglinguée ». Et l'obsession de savoir ce qu'il y avait dans ce véhicule a donné lieu au livre, écrit d'une seule traite en quelques semaines. Un livre qui lui valut des critiques de la part de certaines amies, qui, sous les traits sensuels des vipères, ont cru se découvrir...
Deux ans sans écrire... la reprise est dure
 
 
Les conditions d'écriture de Là où vous ne serez pas furent très différentes. Certes le personnage principal est à moitié authentique, mais son expérience de la boisson et du delirium tremens dépasse largement celle d'Horacio. Mais le livre découle d'une période de deux ans passés sans écrire une ligne, alors qu'il était responsable éditorial d'un journal. Deux ans de travail acharné, qui, lorsque le journal disparut, le laissèrent seul face à une page blanche, quand il voulut se remettre au roman. « Je n'avais plus personne à qui donner d'ordre, je faisais les 100 pas dans mon appartement et rien ne sortait de l'ordinateur. » Descente immédiate vers une papeterie : il achète un stock de crayon et finalement, après une semaine, le livre vient progressivement.


« L'aura de l'écrivain qui peut exister en France
n'a pas cours
» en Amérique latine

Et comment est-il considéré en Amérique centrale ? « L'aura de l'écrivain qui peut exister en France n'a pas cours là-bas » et si la maison d'édition espagnole qui le publie diffuse ses livres outre-Atlantique, ces ouvrages restent chers. Le continent n'est d'ailleurs pas un très grand marché pour le livre qui reste globalement assez inaccessible. Pourtant, des initiatives comme le festival du livre à Parati montre une demande évidente. Mais c'est un certain marasme qui règne, et l'exemple du Venezuela, décrit par Juan Carlos Santaella est à ce titre plutôt significatif.
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http://www.actualitte.com/dossiers/269-Horacio-Castellanos-Moya-Salvador-conference.htm http://www.actualitte.com/dossiers/269-Horacio-Castellanos-Moya-Salvador-conference.htm nicolas.g@actualitte.com (Nicolas.G) Dossiers Thu, 25 Sep 2008 15:00:00 +0200
Paul Fournel, Le prix du texte Si vous avez le goût des livres, vous connaissez la valeur des textes que vous lisez. Ceux qui ont le plus de valeur sont ceux qui vous procurent les plus grands plaisirs de lecture. Vous vous épuisez à convaincre votre entourage des charmes de Modiano et des ruses de Roubaud. Vous relisez vos classiques, vous étalonnez vos modernes, vous montez la gamme de tous les plaisirs que peut procurer la lecture, mais avez-vous la moindre idée du prix du texte que vous lisez le soir avant de vous endormir ? Quel est le prix de vos bonheurs ?

Si vous donnez au libraire les vingt euros qu’il vous demande pour le premier livre sur la table en entrant et qui vient tout juste de sortir, l’auteur touchera dix pour cent du prix hors taxe soit un peu moins de deux euros.

Avec un peu de chance, vous devriez pouvoir trouver le même livre à moitié prix chez le bouquiniste qui revend les services de presse des critiques submergés (dans ce cas, l’auteur ne touchera rien).

Si vous pouvez patienter quelques jours, vous le trouverez d’occasion chez Gibert ou chez votre Amazon électronique préféré qui pratique désormais le bouquinisme à l’échelle planétaire. L’auteur ne touchera pas davantage.

Dans quelques mois, le livre sera en promotion dans votre club favori. Là, l'auteur partagera un petit quelque chose avec son éditeur ; et, quelques semaines plus tard, vous le trouverez soldé au quart de son prix chez Maxilivres, là, l’auteur ne touchera plus rien du tout.

Si votre livre chéri a connu le succès qu’il mérite, il paraîtra bien vite en format de poche. Il ne vous coûtera plus que 6 ou 7 euros et l’auteur n’en touchera plus que cinq pour cent, soit un peu plus de cinquante centimes.

Bien entendu, si votre impatience a été trop grande, vous l’avez déjà emprunté pour rien à la bibliothèque. Là l’auteur devrait toucher un petit quelque chose, mais très peu (quelques petits centimes) et dans longtemps.

Vous connaissant, je sais que vous l’avez déjà piqué à votre amie Mireille qui est la seule de vos copines à ne pas trouver que les livres sont chers. Elle ne parvient pourtant toujours pas à comprendre pourquoi les textes les plus fragiles, les plus jeunes, les plus fugaces coûtent cinq fois plus cher que les plus solides et les plus classiques. Elle ne comprend pas pourquoi elle peut trouver son Calvino préféré pour six euros alors qu’il lui en faut débourser vingt pour découvrir le premier roman d’un jeune homme dont elle a déjà oublié le nom et le prénom. Ce qu’elle comprendrait encore moins si on tentait de lui expliquer, c’est que si elle n’achète pas ce malheureux livre à vingt euros, elle n’a aucune chance de le trouver un jour en poche à six, puisque seuls les livres qui se sont correctement vendus dans la première édition « passent » en poche !

Heureusement que dans notre pays le livre est très sérieusement encadré par une loi qui fixe très sévèrement son « prix unique » sinon, vers quelle complexité irions-nous ?

Imaginez qu'en Angleterre où le prix du livre est « libre », on vous en donne un gratuit chaque fois que vous en achetez deux
. Imaginez l'angoisse de l'auteur anglais qui se demande chaque fois qu’il entre dans une librairie si le gratuit est le sien...


Paul Fournel s'est déjà distingué dans nos colonnes pour deux livres que l'on ne peut rater : Les mains dans le ventre et Les animaux d'amour. En plus d'avoir beaucoup d'humour, au point de vivre en Angleterre, il est très sympathique et écrit fort bien.
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http://www.actualitte.com/dossiers/256-Paul-Fournel-prix-texte-Lang.htm http://www.actualitte.com/dossiers/256-Paul-Fournel-prix-texte-Lang.htm contact@actualitte.com (Paul Fournel) Dossiers Thu, 11 Sep 2008 11:00:00 +0200