
Le père, la mère, l’enfant, le chien.
Une maison « au bout du cul de sac derrière le canal ».
La mère, elle essaie d’être le lien de la maison.
Parce que le père travaille tout le temps, en fait plus que tous les autres. Et s’il n’en fait pas plus encore, c’est parce qu’il est crevé. Alors, il manque de patience. Des fois même, la violence déborde.
Quand la violence ne déborde pas, il crie après tout. Après la mère. Après l’enfant. Après le chien. À la niche, le chien.
Alors, le chien va à la niche où il s’étend sur une couverture, la tête posée sur les pattes.
L’enfant, lui, ne dit pas grand-chose. Plutôt renfermé. À deux doigts de l’autisme. Mais il est bien avec le chien, il court avec lui sur les chemins de la colline.
Parce que le chien aime bien l’enfant et qu’il semble heureux de se promener avec lui et de se rouler dans les feuilles humides.
D’une manière générale, l’enfant aime bien les animaux qu’il observe avec attention.
Il aime bien la grand-mère aussi. Alors, il pleure, à l’école, le jour où la maîtresse lit le mot d’excuse, le mot d’absence parce que la grand-mère est morte.
Et cela ne l’encourage pas à parler à qui que ce soit d’autre qu’au chien.
C’est un récit noirci dans la pénombre de vies un peu rustres que nous propose ainsi Michel VIGNARD.
Des vies difficiles où les mots s’échangent peu et où la violence des adultes est présente partout, celle du père en particulier qui manie mieux la laisse tant à l’égard du chien que de l’enfant quand la colère le submerge.

Michel Vignard
© La chambre d'Echo
Et c’est cette violence, parfois, pas souvent, contenue, qui est présente tout au long des pages de ce livre, qui accompagne l’enfant partout (sauf lorsqu’il se promène avec le chien), qui ne sait faire qu’une chose, c’est s’auto-reproduire dans ce milieu confiné où
l’enfant tente de se crée un monde à lui que tout, autour de lui, lui refuse et que cette violence gangrène quand même.
Et le petit frère n’échappera pas, lui non plus, à cette violence tapie dans le quotidien, comme cette arme à feu cachée sous une pile de linge bien plié au fond de l’armoire des parents.
Toujours là. Menaçante. Prête pour un éclatement.
Difficile de sortir indemne de cette lecture taillée à grands coups de serpe, lourde de tous les non-dits, plombée par la pauvreté des échanges,
fermée comme le sont les personnages, triste comme leur vie besogneuse, hargneuse à cause d’absence d’espoir.