Stanley Kubrick, filmographie complète, de Paul Duncan
Ce qui frappe au début du livre ce sont les prémices, le moment du basculement chez Kubrick. Ses débuts mêlés de maniérisme sur le modèle des Ophuls, Hitchcock… Et l’émergence des futurs lieux communs qui ont fait la force esthétique de ses films comme le fameux travelling dit « compensateur ».

Pléthore d’anecdotes incongrues aussi, comme lorsque Kubrick doit payer 20 dollars des agents de police pour pouvoir tourner une scène du Baiser du tueur à Wall Street alors qu’il n’a aucune autorisation. Et ce qui fait l’attrait principal de ce livre.

Par contre, on saute allègrement les passages où l’auteur s’évertue à nous résumer l’histoire de chacun des films. Exercice longuet, superflu et peu réussi. Alors que l’évocation des méthodes de travail de Kubrick, sa direction d’acteurs sont tout de suite plus intéressantes. On découvre ainsi que sur le tournage de Lolita, il faisait place nette sur le plateau pour essayer différentes versions des dialogues prévus avec Peter Sellers.

Par intermittence, l’auteur s’essaie à l’analyse filmique et là encore cela achoppe. Elle tient plus des poncifs que de la critique pertinente et nouvelle. Peut-être parce ce qu’elle n’a pas sa place ici, et qu’elle est toujours traitée en marge. On en revient donc toujours aux anecdotes et aux détails, plus riches et surtout plus aisées au sein d’une structure chronologique. Des aléas du tournage de Spartacus, entre luttes d’ego et multiples contretemps, jusqu’à l’absence de prise de son direct sur certains de ses premiers films en passant par sa manière de travailler la lumière, la source semble intarissable.

Puis dans un même flux, on trouve le projet avorté de film sur Napoléon, sa volonté d’avoir d’un grand contrôle sur toutes les tâches d’un film… Il est ainsi surprenant d’apprendre, pour qui connaît peu Kubrick, qu’il était à la fois réalisateur, scénariste et producteur de la plupart de ses films.

La qualité et la profusion de ces anecdotes mises à part, le dernier point fort, ce sont les photos, pourtant sur petit support. Taschen s’en fait une spécialité et ne déroge pas à la règle.

Le livre est donc globalement plaisant. Mais j’avoue que j’attendais davantage d’un ouvrage qui s’érige en anthologie. Si l’on soustrait la place prise par les nombreuses photos, le contenu est finalement bien maigre. Et pour qui est familier de l’univers de Kubrick comme moi, sans en être spécialiste, on trouve parfois le temps long alors qu’il n’y a que 30 pages à lire en tout et pour tout. On aurait aimé une analyse filmique plus développée et plus prenante, un traitement moins en surface des aspects techniques (choix des lumières…).

Bref, cette petite anthologie sur Kubrick est comme une fiche de révision d’examens, on y trouve tout en gros sans aller en profondeur. Un joli pense-bête sur Kubrick, qui orne joliment une bibliothèque, mais sans plus.


Rédigé par Mister K., le lundi 14 avril 2008
Editeur : Taschen France

Prix éditeur : 6,99 €
Nombre de pages : 96 pages (avec des photos...)

ISBN : 9783822831144



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