Sixtine Derval a hérité, depuis longtemps de ses parents, d’un prénom très peu académique qui a pu, parfois, lui paraître lourd à porter et, depuis tout récemment d’un parent éloigné, d’une coquette somme d’argent qui lui a fait regarder l’avenir d’un œil un peu différent sans pour autant l’amener à remettre en question le petit boulot qu’elle a dans un centre équestre de la presqu’île d’Arvert, heureuse de la proximité des chevaux et des soins qu’elle peut leur prodiguer.
D’un caractère un peu sauvage, elle « squatte », depuis quelque temps déjà, la maison d’une amie, en parfaite connaissance de la précarité de la situation puisque celle-là est visitée régulièrement par des agents immobiliers en charge de la vendre.
Dalton, lui, a passé les six dernières années avec quelques congénères, enfermé derrière les grilles d’une prison, ne recevant régulièrement que la visite d’une brave employée chargée de lui apporter sa pitance et de nettoyer un peu les locaux.
Abandonné à l’âge de un an et accueilli dans ce chenil où, depuis, il traîne sa grande carcasse de Setter Gordon approximatif à la généalogie incertaine, il est au moins autant étonné que l’employée lorsque Sixtine s’arrête devant sa cage et le choisit, lui, pour en faire son compagnon en l’extrayant de ce cadre restreint, confiné, triste, presque sordide auquel tant de jours identiques l’ont tellement habitué.
Jeanne Diamond, elle, arrive en Charente Maritime en provenance de New York où son mari, notablement plus âgé qu’elle, vient de décéder, la laissant seule, sans enfant, en train de noyer progressivement dans l’alcool l’immense chagrin où l’a plongé cette perte.
Née Derval et de 20 ans l’aînée de Sixtine, encouragée par des amis new-yorkais qui ne tenaient pas particulièrement à rester les témoins de son naufrage, elle a entrepris de revenir sur le vieux continent à la recherche de sa jeune sœur, son dernier lien familial, perdue de vue et de contact depuis de très nombreuses années.
Tout au long de son roman, Fanny BRUCKER va faire converger ses personnages vers un épilogue étonnant et, malgré tout, un peu inattendu, chacun vivant, au fil des pages, ses diverses rencontres et expériences de la vie à l’aune de ses propres critères ou convictions et de ses espérances.
C’est un ouvrage sans prétention, mais bien écrit, rafraîchissant, sans mièvrerie, qui se lit avec beaucoup de plaisir (malgré quelques dérapages de vocabulaire un peu grossier –je ne suis pourtant pas dépaysé par l’usage de ces termes – alors que, limpide et agréable par ailleurs, il n’a absolument pas besoin de cela pour tenir ses promesses) et d’un seul coup à grandes lampées.
J’ai pris un réel plaisir à aimer les chiens et les chevaux avec Sixtine, à redécouvrir les marais charentais et ses huîtres avec Jeanne, la liberté avec Dalton.
De même, j’ai aimé cet enchevêtrement des parcours qui s’éloignent au fur et à mesure qu’ils se rapprochent, tant dans l’espace que dans le temps, et qui dévoilent deux sœurs qui n’ont finalement plus rien en commun, même plus leur nom de famille.
Il reste à se demander s’il n’y a pas plus d’humanité dans un évident « plus je connais les hommes, plus j’aime les bêtes » que dans un non moins évident égoïsme exacerbé qui n’avance que caché.
Un très agréable moment de lecture aux senteurs iodées des bords de l’Océan.
Prix éditeur : 17,00 €uros
ISBN : 9782709629539














